Foot français : Et un, et deux, et trois zéros de conduite !

par Olivier Cimelière
New Dream

La crise surréaliste que s’est offerte le football français pendant son piteux séjour en Afrique du Sud est un concentré phénoménal des erreurs d’attitude les plus classiques en matière de communication de crise. Erreurs qui ont conduit le football tricolore dans une apocalyptique débâcle. Il reste désormais à espérer que celle-ci soit à l’aune du concept de l’économiste autrichien Schumpeter : la destruction créatrice. Revue de détail d’un désastre annoncé.

La tragi-comédie malsaine dont le monde entier a pu se gausser pendant deux semaines, n’est en fait que l’aboutissement logique d’une crise qui couve depuis la précédente coupe du Monde de 2006. A cet égard, le coup de boule hallucinant de Zidane sur l’inélégant Materrazzi en pleine finale résonne comme une sorte d’augure des sables mouvants délétères dans lesquels le football français ne va plus cesser de s’enfoncer jusqu’à l’Afrique du Sud.

Si mythique fut-elle, cette finale fut pourtant une divine surprise. Qualifiée laborieusement pour la phase finale, la France démarre le tournoi de manière tout aussi pataude et sans génie. Un homme cristallise le ressentiment général : le sélectionneur Raymond Domenech. Déjà ! La suite est connue. Les leaders du vestiaire tricolore que sont les Zidane, Thuram, Gallas, Makelele, prennent le pouvoir, isolent le sélectionneur et font parler le talent sur la pelouse jusqu’en finale contre l’Italie.

 Au secours ! La symbolothérapie revient et la garden party s’en va

par Olivier Cimelière
A - Garden Party

La symbolothérapie est une branche déviante de la communication cosmétique. Une astuce qu’on dégaine dans l’urgence de la situation ou pour parer à l’absence de véritable discours fondé. La décision de la présidence de la République d’annuler la traditionnelle garden-party du 14 juillet procède de cette symbolothérapie. On sauvegarde les apparences et on colmate les brèches ouvertes sans pour autant ouvrir un dialogue de fond. Avec de pareils artifices, la communication risque une fois de plus d’être épinglée et affublée des pires intentions aux yeux du public et des médias.

Un fois encore, le décideur politique a cédé aux sirènes du symbole communicant aguicheur. Jamais les outils de la publicité et du marketing n’ont été autant consommés par les décideurs politiques pour s’efforcer d’enrayer l’imprévisible horlogerie médiatique. Il est vrai que ces derniers temps, les auspices médiatiques n’ont guère été tendres avec la supposée exemplarité gouvernementale. Voyages express en jets privés, chambres d’hôtel luxueuses, bombance de cigares raffinés, cumul juteux de revenus et de retraites, hébergements généreux sous les toits de la République et on en passe ! Tout a été étalé dans les journaux avec luxe de détails jusqu’à la nausée devant tant d’incurie ministérielle dispendieuse !

 Marée noire vs Obama : Yes Jerrican ?

par Olivier Cimelière
BP Oil spill Obama - Reuters

La catastrophe de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon constitue une épreuve délicate pour la présidence de Barack Obama. Une épreuve à l’aune de l’ouragan Katrina qui avait ravagé la Louisiane en 2005 et accéléré la déliquescence de l’administration Bush incapable de gérer correctement la catastrophe. N’en déplaise aux nombreux contempteurs de Barack Obama, la stratégie de communication de la Maison Blanche n’est pas si indigente et décalée que d’aucuns s’échinent à la qualifier. En obtenant récemment de grosses concessions de la part de BP, Obama dispose désormais d’une opportunité unique mais fragile pour relancer le débat sur le tout-pétrole. A condition de maintenir fermement le cap dans la résolution de la marée noire.

Depuis le 20 avril, date de l’explosion de Deepwater Horizon au large du golfe du Mexique, Barack Obama est sur la corde raide. Loin de l’état de grâce qui l’avait porté à la tête des Etats-Unis dix-huit mois plus tôt, le 44ème président patauge désormais dans les eaux engluées du Golfe du Mexique face à une marée noire qui n’en finit pas de s’étendre et de rompre le fragile équilibre environnemental, social et économique de toute une région.

D’un côté, il est décrié par les militants écologistes, l’aile gauche des Démocrates et une partie de la population pour son retard à l’allumage et sa complaisance supposée envers BP et plus globalement les « Big Oil », le surnom donné au lobby formé par les plus grandes multinationales pétrolières (dont beaucoup sont précisément américaines). Cette frange déplore qu’Obama n’ait pas cogné plus durement sur BP dès les premiers instants de la catastrophe.

De l’autre côté, les investisseurs et industriels de l’or noir, une grosse portion des Républicains historiquement liés aux premiers et une partie non négligeable de la population de Louisiane s’inquiètent, voire dénoncent avec virulence l’acharnement d’Obama à l’encontre de BP et du secteur pétrolier en général. A leurs yeux, l’attitude vindicative du président menace les fondements économiques intrinsèques du pays où le pétrole irrigue l’ « American way of life » depuis des siècles.

 Risque & Progrès : le mythe Progrès gagne des points (5/12)

par Olivier Cimelière
Encyclopedie

C’est une catastrophe qui va définitivement sceller la notion moderne du risque et dès lors précipiter les hommes dans un monde désacralisé. Cette catastrophe se produit le 1er novembre 1755, jour de la Toussaint à Lisbonne sous la forme d’un tremblement de terre terriblement meurtrier où plus de 100 000 personnes perdent la vie.

D’une puissance inouïe (que les sismologues actuels estiment à une magnitude de 8,5 sur l’échelle de Richter), la secousse tellurique fut suivie d’un raz-de-marée gigantesque. Avec les chutes des cheminées des habitations, des incendies se déclenchèrent dans la capitale portugaise détruisant la quasi-totalité de la ville. Le séisme fut ressenti quasiment partout en Europe et en Afrique du Nord. Ce tremblement de terre reste encore jusqu’à aujourd’hui l’un des plus violents de l’histoire de l’Humanité et il perturba profondément le rayonnement économique et militaire du Portugal au 18ème siècle.

Cette catastrophe va également avoir un effet collatéral fondamental. L’événement survient en effet en pleine période des Lumières, un mouvement intellectuel qui défend un savoir fondé sur la raison éclairée de l’Homme et qui milite par conséquent pour un progrès raisonné du monde après des siècles d’irrationalité et de superstition. Voltaire est le premier à commenter le séisme : « Ce ne sont pas les dieux qui sont responsables d’une pareille catastrophe mais des hommes qui ont construit hâtivement des habitations de mauvaise qualité, trop proches les unes des autres et en ont favorisé l’incendie qui a tué plus que le tremblement de terre ».

 Equipe de France : 5 reproches et une image en berne

par Olivier Cimelière
France - Eire - Main de Thierry Henry

Ils sont célèbres, ils sont riches, ils vont disputer la plus prestigieuse et la plus enviée des compétitions sportives. Certains sont des gravures de mode que s’arrachent les magazines féminins. D’autres sont courtisés par les publicitaires pour vanter des voitures, des confiseries, des téléphones ou des banques. Pourtant à l’aube de leur premier match de la Coupe du Monde 2010, c’est un canardage public en règle qui s’abat sur l’équipe de France de football. Panorama des 5 reproches majeurs qui ne sont pas si nouveaux qu’on le croit.

En mai dernier, le quotidien sportif L’Equipe et l’institut de sondage IFOP ont mené une enquête d’opinion auprès de 5400 personnes dans 9 pays pour mesurer la cote de popularité des équipes en lice pour la Coupe du Monde de football qui démarre le 11 juin en Afrique du Sud. Le résultat est impitoyable pour les Bleus de Raymond Domenech. Si la France monte effectivement sur un podium du sondage, c’est pour le classement peu glorieux de la sélection la moins aimée : 2ème derrière l’Argentine. En revanche, au tableau des équipes chéries, la France se traîne en queue de peloton avec 4% des voix, loin derrière le fantasmatique Brésil (28% des suffrages).

Etrange pari pour un sponsor des Bleus

Du côté des parieurs, le climat n’est guère plus serein. Les sites de pronostics sportifs ont fait leurs estimations. Verdict de Betclic et Bwin (1) : la probabilité qu’ont les Bleus d’ajouter une deuxième étoile à leur maillot, est fixée à 15 contre 1. Loin des deux grandissimes favoris, le Brésil et l’Espagne qui recueillent chacun 5 contre 1. Un pessimisme statistique qui a incité deux enseignes de distribution à ouvertement parier sur une défaite de la France. Pour attirer le chaland et doper les ventes, Saturn et Carrefour offrent aux acquéreurs de téléviseurs, le remboursement intégral de leur achat si la France décroche le trophée ultime. Un plan marketing surprenant surtout de la part de Carrefour qui est par ailleurs l’un des sponsors officiels de la sélection tricolore !

L’opportunisme commercial vachard d’un des sponsors n’est qu’un avatar supplémentaire du désamour que la France nourrit à l’égard des Bleus. Plus ou moins latent depuis 2006 mais prioritairement focalisé sur la personnalité complexe et provocatrice du coach, Raymond Domenech et sur sa stratégie sportive plutôt erratique, le fossé s’est clairement accru depuis la qualification bien peu éthique obtenue aux dépenses de l’Eire, le 18 novembre 2009. En l’espace de quelques mois, des reproches d’origine diverse mais unanimement acerbes ont convergé autour de l’équipe de France pour aboutir au déficit d’amour et de soutien qui prévaut à quelques heures de France-Uruguay. D’ailleurs, Pizza Hut ne s’y est pas trompé. En Irlande, la célèbre enseigne offre jusqu’à 350 pizzas gratuites pour chaque but encaissé par l’équipe de France pendant la compétition.

 Marée noire : la communication de BP engluée

par Olivier Cimelière
BP-Pelican-mazoute-2

A mesure que les nappes de pétrole souillent massivement les eaux du Golfe du Mexique et les côtes américaines avoisinantes, les communicants de BP éprouvent autant de difficultés à replâtrer une image sérieusement engluée que ses ingénieurs en ont eu à obstruer la capricieuse fuite de la plateforme Deepwater Horizon. Depuis le 22 avril, la communication du géant pétrolier apparaît de plus en plus décalée et à contretemps des enjeux réels qui menacent l’entreprise, des questions soulevées par le corps social et des pélicans mazoutés.

Depuis l’explosion de Deepwater Horizon et ses milliers de barils de brut déversés dans le Golfe du Mexique, la communication de BP a de quoi laisser pantois la communauté des communicants. Bien que l’entreprise ait réussi à temporiser dans les premiers instants de la catastrophe en déclarant prestement qu’elle nettoiera les dégâts environnementaux et qu’elle paiera rubis sur l’ongle les préjudices causés aux populations locales, la communication du pétrolier britannique s’est ensuite encalaminé dans un hiatus croissant. Un hiatus devenu terriblement flagrant lorsque la marée noire a commencé à très concrètement lécher les rivages, envahir les bayous et mazouter les pélicans, symboles emblématiques et populaires de la Louisiane.

Tant que le pétrole s’écoulait dans les fonds sous-marins et dérivait dans les eaux profondes du Golfe du Mexique, la perception de la catastrophe restait en effet encore aléatoire même si les prédictions des spécialistes et l’expérience des marées noires précédentes laissaient présager du pire. Dans cette course contre la montre et l’avancée inexorable de la nappe, BP a d’abord tenté de jouer l’écran de fumée rassurant en exhibant son expertise technologique qui viendrait forcément bout de cette fuite récalcitrante.

 Exclusif : la conseillère com’ de Jérôme Kerviel décrypte sa stratégie média

par Olivier Cimelière
Jérôme Kerviel - portrait AFP

Patricia Chapelotte conseille le trader le plus célèbre de France depuis deux ans. Pour le Blog du Communicant 2.0, elle revient dans une vidéo exclusive sur l’élaboration de la stratégie de communication de Jérôme Kerviel face à son ex-employeur, la Société Générale, et sur les enjeux médiatiques à la veille du procès en correctionnelle qui s’ouvre le mardi 8 juin. Un procès où l’ex-trader encourt potentiellement 5 ans de prison et 375 000 euros.

L’affaire Kerviel marque incontestablement un virage dans l’histoire de la communication et des médias. Jusqu’à présent, peu de communicants étaient immiscés avec autant de proximité dans le monde complexe et feutré des prétoires et des tribunaux. La plupart du temps, ils travaillent en filigrane pour « simplement » canaliser les demandes de la presse et élaborer une plateforme argumentaire, laissant souvent l’apanage de la parole médiatique à l’avocat chargé de la défense du prévenu ou de la victime. Avec le dossier Kerviel contre Société Générale, c’est une ère nouvelle qui vient de s’ouvrir à travers une communication réfléchie et professionnalisée dans laquelle chaque mot est soupesé, chaque geste étudié avant de débouler dans l’arène médiatique.

Si la Société Générale a d’emblée sorti la massue communicante lors de la révélation de l’affaire, la banque a ensuite oscillé entre une communication a minima très technique et un silence forcené face aux attaques et aux polémiques suscitées par l’attitude du PDG de l’époque et l’annonce d’autres pertes liées à des actifs toxiques. Avec la nomination du nouveau PDG, Frédéric Oudéa, en mai 2009, l’établissement financier s’est alors plus que jamais protégé derrière la confiance affichée envers l’instruction judiciaire tout en évitant au maximum d’avoir à évoquer l’affaire lors des interviews accordées à la presse.

En face, Jérôme Kerviel n’a pas l’intention de jouer les victimes expiatoires (1) « d’un système qui ne fonctionne que sur le mensonge et le trucage » dont la règle est : « pas vu, pas pris ! ». Dès le début du tourbillon médiatico-judiciaire, il s’est entouré d’avocats mais aussi de communicants chevronnés dont le rôle est précisément de bâtir une stratégie de communication au même titre que les avocats l’accompagnent dans le dossier de sa défense. De janvier à juin 2008, il travaille avec Christophe Reille, ancien journaliste et consultant en communication sensible. Depuis juillet 2008, c’est Patricia Chapelotte qui a pris le relais (lire sa bio à la fin de l’article). Fondatrice de l’agence Albertine et Media, elle connaît bien le monde de la justice pour avoir été la conseillère en communication du Garde des Sceaux, Dominique Perben. Pour le Blog du Communicant 2.0, elle commente la communication de l’ex-trader.

Première partie de l’interview (vidéo ci-dessous) :

 Risque & Progrès : Le grand écart entre science et sacré se poursuit (4/12)

par Olivier Cimelière
Newton Pomme

Au fil des décennies postérieures à Copernic et Galilée, le débat s’intensifie autour de la compréhension du monde. La multiplication des voyages et des échanges commerciaux entre l’Europe et les continents récemment découverts conjugués aux avancées scientifiques, encouragent des modes de pensée nouveaux et la remise en question des principes traditionnels et religieux. C’est l’apparition du rationalisme impulsé au départ par le philosophe français René Descartes.

Bien que Descartes préfère éviter la polémique avec les autorités religieuses en éludant quelque peu la question de l’héliocentrisme chère à Copernic et Galilée, la contribution de Descartes va malgré tout dans le sens d’une compréhension scientifique du monde plus affirmée. Il expose sa vision fondatrice dans le célèbre « Discours de la méthode » en 1637 où il affirme que l’univers est susceptible d’une interprétation mathématique. Selon lui, tous les phénomènes doivent pouvoir s’expliquer par des lois mathématiques. Un raisonnement qu’il pondère toutefois en attribuant un fondement théologique à la connaissance en écrivant ses « Méditations Métaphysiques » en 1641.

Toutefois, la science grignote désormais sur le sacré dès lors qu’il s’agit d’expliquer le monde. Un autre philosophe français, Fontenelle se lance à son tour dans la vulgarisation scientifique avec son « Entretien sur la pluralité des mondes » en 1686. Par le biais d’un dialogue ludique avec une marquise, il explique le système de Copernic, décrit les planètes et les étoiles et avance même l’idée qu’il existe d’autres mondes habités.

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