Affaire Johnny/Dr Delajoux : Allumer la com …

par Olivier Cimelière
Johnny - Nouvel Obs couverture

« … Et voir grandir la flamme dans vos yeux » ! Et de flamme, le « satané » docteur Stéphane Delajoux a dû effectivement affronter quelques retours dans sa rocambolesque controverse avec le vénéré rockeur Johnny Hallyday. L’entourage du chanteur a particulièrement bien su exploiter à son avantage les ressorts d’un canevas médiatique récurrent et redoutable pour qui se voit précipité du mauvais côté de la barrière : l’indissociable binôme « victime – coupable ». Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à transformer le Dr Delajoux en bouc émissaire idoine, abondant ainsi dans le sens de la communication du chanteur visant à protéger des enjeux qui sont largement au-delà du bulletin de santé défaillante du Jojo national.

Le canevas médiatique « victime-coupable » repose sur un mécanisme largement rôdé et à l’impact médiatique toujours efficace. Comme dans les contes enfantins, la répartition des rôles est bien bordée et particulièrement binaire avec d’un côté, les bons, les gentils et les vertueux, et de l’autre, les mauvais, les méchants et les vicieux. A partir de là, toutes les combinaisons sont possibles pour rendre l’histoire croustillante ou le débat émoustillant.

Dès qu’une échauffourée commence à poindre dans les médias, celle-ci fonctionne invariablement sur l’axiome qui veut qu’à toute victime doit correspondre un ou des coupables. Pré-requis accusateurs et clichés victimaires prennent vite le pas sur toute autre considération éditoriale. Les journalistes jonglent alors dangereusement entre le brevet « d’innocence » et le délit de « sale gueule ».

 Webjournalisme : dis-moi ce que tu lis et j’écris ce que tu veux ?

par Olivier Cimelière
News at Seven

Lorsque j’étais étudiant en journalisme, on m’a copieusement (mais utilement) rabâché qu’il fallait écrire impérativement pour son lecteur. Un judicieux précepte qui semble aujourd’hui rester lettre morte dans les rédactions tellement le consensus mou et protéiforme règne trop souvent abusivement en maître au point de faire fuir le lecteur gavé de toujours retrouver la même chose partout à des prix de surcroît prohibitifs.

Avec les outils statistiques que le Web procure aux éditeurs, le lecteur revient en force et au centre des préoccupations. Objectif : dénicher la martingale éditoriale qui fera renouer durablement le lecteur et à sa suite, la publicité et les profits tout en optimisant les coûts de production de l’information. Rien de blâmable en soi sauf que ces techniques émergentes peuvent paradoxalement accentuer le conformisme éditorial ambiant si l’information est uniquement traitée comme une chaîne d’aromatisation et de remplissage de pots de yaourt.

A terme, c’est véritablement toute la pertinence de la chaîne de l’information qui risque d’en pâtir en matière de qualité des contenus, de diversité des sources, de pluralisme des opinions et de hiérarchisation des informations. Attention, terrain très glissant !

 Marée noire BP : ce que les communicants devraient retenir

par Olivier Cimelière
BP

Même si BP vient d’enfin marquer un point crucial en jugulant la fuite de la plateforme d’extraction qui ravage le golfe du Mexique depuis trois mois, l’image du pétrolier est durablement dégradée et irrémédiablement souillée. Pour la communauté professionnelle des communicants, cette catastrophe doit constituer un incontournable cas d’étude et un précieux gisement d’enseignements applicables en toute circonstance et dans d’autres secteurs.

L’impact dévastateur qui déstabilise aujourd’hui l’entreprise de fond en comble, n’est pas uniquement dû aux errements de la communication qui s’est mise en place juste après l’explosion de Deepwater Horizon. Les gaffes et les erreurs commises n’ont certes pas aidé à redresser une situation déjà intrinsèquement difficile à défendre auprès de l’opinion publique, du gouvernement américain et des concurrents. Mais elles ne sont qu’un épiphénomène additionnel face au bluff communicant beaucoup plus vaste induit par les promesses vertes de BP depuis 2000. Promesses qui se sont avérées être au bout du compte des images usurpées et qui ont définitivement coulé avec la catastrophe.

Cette crise de la marée noire est en effet l’illustration parfaite des ravages qu’une communication cosmétique et sublimée peut engendrer lorsqu’elle est découplée des véritables fondamentaux de l’entreprise. Entre l’image clamée et voulue par BP et la réalité nettement plus prosaïque et aventureuse que la compagnie pétrolière menait, il s’est ouvert un béant décalage d’image que l’explosion de Deepwater Horizon a achevé de creuser et de jeter à la face du monde entier. Décalage d’image qui place aujourd’hui l’entreprise dans une position périlleuse où elle joue carrément sa survie. Comme le note Peter Hutton, analyste chez NCB Oils (1) : « Le BP qui émergera de la marée noire sera différent de ce qu’il était avant ». A la condition que BP existe encore en tant qu’entreprise maître de son destin, serait-on tenté de dire !

 Communication politique : Je twitte donc je suis transparent !

par Olivier Cimelière
Image Le volontaire.fr

C’est le dernier truc en vogue chez certaines personnalités politiques : raconter en « live » les coulisses d’une réunion à ses « followers ». En twittant à tire-larigot, ces « chroniqueurs » numériques d’un nouveau genre ont érigé le principe de transparence comme moteur de leur action. Diffuser ce qui n’était pas initialement censé sur retrouver sur la place publique, devient leur geste de bravoure au nom de la démocratie et des citoyens. Et si pourtant on tournait sept fois son clavier dans sa main avant de twitter ? La question n’est pas si anodine.

Dans un univers où tant de mensonges et de bluff cosmétique faussent les relations et opacifient les décisions, comment effectivement ne pas applaudir des deux mains à la tentation de la transparence dont d’aucuns se font les chantres ? Comment ne pas célébrer en effet Twitter qui permet de se glisser dans les interstices et de savoir ce qui se passe véritablement ? Ces dernières années, la transparence est devenue la vertu qu’on exige et qu’on revendique. En cela, la Toile et ses gènes 2.0 ont largement permis de contourner et d’ébrécher les chapes de silence que des décideurs politiques s’ingéniaient à échafauder.

 Communication & Information : 2 observations sur Mediapart et l’affaire Bettencourt–Woerth

par Olivier Cimelière
Affaire Woerth - UMP vs Mediapart

Le scandale de l’affaire Bettencourt–Woerth largement alimenté par le site Mediapart appelle deux observations en tant que communicant. Cette abracadabrante histoire constitue d’abord un emblématique cas de communication de crise tant la cadence imperturbable des révélations de Mediapart perturbe systématiquement les considérations tactiques du camp mis en cause. Désarçonné dans un premier temps, ce dernier est ensuite passé par tous les états classiques du déni, de la citadelle assiégée puis du bouc émissaire pour tenter de sortir de la nasse de la crise.

Cette histoire marque ensuite à n’en pas douter l’avènement de la presse en ligne en dépit du haro général édicté par le camp gouvernemental qui veut voir dans Internet et dans Mediapart en particulier, la pire des horreurs éditoriales. Une émergence qui intervient au moment même où le gouvernement est régulièrement accusé de vouloir tirer les ficelles de la presse traditionnelle avec par exemple, la nomination du président de France Télévisions, l’éviction des humoristes Didier Porte et Stéphane Guillon de France Inter ou plus récemment le coup de billard avorté dans la recapitalisation du quotidien Le Monde. Analyse et explications de ces deux observations.

Force est de reconnaître que l’affaire Bettencourt-Woerth et le bras-de-fer avec Mediapart ne surgissent vraiment pas au meilleur moment pour le pouvoir élyséen. Pour autant, ces tensions exacerbées n’arrivent pas ex-nihilo. Pour s’en convaincre, il suffit de remonter un peu en arrière dans le temps pour comprendre que couvait déjà sérieusement la crise qui a conduit l’actuel ministre du Travail dans la posture particulièrement délicate qui est la sienne aujourd’hui.

 Risque & Progrès : Premières lézardes dans la confiance (7/12)

par Olivier Cimelière
Accident ferroviaire gare Montparnasse 1895

Au 18ème siècle, le Progrès entame son inexorable et triomphante marche en avant mais les premières catastrophes ne vont guère tarder à émailler le mythe. En France, la plus mémorable d’entre elles car la toute première du genre, survient dès septembre 1794 à Paris avec l’explosion de la poudrerie de Grenelle. Et si le Progrès n’était pas la promesse attendue du Risque Zéro ? Poudre, déraillement de train et coup de grisou vont tour à tour alimenter le doute.

Située au cœur d’une zone urbaine (à l’emplacement actuel de la rue Desaix et de la place Dupleix dans le XVème arrondissement), la poudrerie de Grenelle venait d’inaugurer de nouvelles méthodes de production pour augmenter ses capacités de production. En septembre 1794, une violente déflagration retentit. La majeure partie des bâtiments est détruite provoquant plus de 1000 victimes parmi les employés et les riverains. Le lourd bilan de la catastrophe interpelle les pouvoirs publics. Ceux-ci prennent conscience que des activités industrielles peuvent engendrer des risques majeurs pour les populations.

Quelques années plus tard, le décret impérial du 15 octobre 1810 marque le fondement de la réglementation française sur les établissements dangereux. Résultat : le législateur décide d’éloigner les sources de risque industriel du centre des villes. Désormais, les rouages sulfureux du couple progrès-risque sont enclenchés. A chaque nouvel accident, profonde remise en cause et débats passionnés surgissent autour du bien-fondé ou non de telle ou telle avancée.

 3 règles simples pour sortir de la culture « coup de com’ »

par Olivier Cimelière
Communication haut-parleur

J’ai participé comme auditeur au 1er Campus de la Communication qui s’est déroulé du 1er au 2 juillet à Paris à l’initiative d’une douzaine d’associations professionnelles de la communication. A la lumière des débats de la première matinée sous la houlette rafraîchissante du sociologue Dominique Wolton, je suis ravi de constater que le métier de dircom s’organise et réfléchit sur son essence. Enfin s’élèvent les voix pour refuser d’être réduit aux caricatures méprisantes si souvent jetées en pâture par les médias et l’opinion publique. Enfin s’affirment les convictions pour faire de la communication, une véritable fonction stratégique ancrée dans le long terme plutôt qu’un gadget de bonimenteur court-termiste pour dirigeants en mal de gloriole.

Combien de fois en effet avons-nous entendu claquer l’expression « c’est de la com ! » pour désigner une action menée en interne ou en externe. Une expression qui ne fleure pas le compliment appuyé, loin s’en faut ! Elle tombe au contraire comme un verdict péjoratif où la communication est synonyme de vaste escroquerie intellectuelle, voire de manipulation de la pire espèce pour travestir la réalité des faits à l’avantage exclusif de quelques-uns.

Il faut bien avouer que certains communicants ne font rien pour enrayer le mythe tenace et dévalorisant qui colle aux basques de la communication. Si la com’ « petits fours, strass et paillettes » est globalement révolue, le « coup de com’ » continue lui à se porter comme un charme. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer l’effet d’annonce créé par l’Elysée avec l’annulation de la garden-party du 14 juillet puis la flopée de mesurettes anti-dépenses ministérielles que le Chef de l’Etat a dégainée les jours suivants pour vanter une République vertueuse et soucieuse de ses deniers. Un contrefeu habile pour éteindre la polémique des appartements, des cigares, des hôtels de luxe et tutti quanti. Sans parler de la livraison de l’Airbus présidentiel flambant neuf à près de 180 millions d’euros pièce.

 Risque & Progrès : Quand un mythe chasse l’autre (6/12)

par Olivier Cimelière
Mains-planete

L’empreinte de la philosophie des Lumières est énorme dans la perception moderne du risque. Ce dernier perd en effet son caractère exogène, longtemps issu du divin et du surnaturel, pour revêtir un caractère endogène où l’Homme détient seul les outils et la gestion du risque. Cette révolution dans la représentation du monde est fondamentale car elle précipite désormais l’Homme dans un monde désacralisé. Ce « putsch » philosophique investit les hommes d’une responsabilité immense. Ils sont dès lors, invités à vivre à l’abri des dangers, à tout mettre en œuvre pour les éviter, les réduire ou les faire reculer et non plus à s’en remettre avec soumission et passivité aux châtiments divins.

L’Homme est donc devenu l’artisan unique de sa destinée et du monde dans lequel il vit, grandit et meurt. Ce transfert de responsabilité est écrasant car maintenant, les hommes sont face à eux-mêmes et sans recours possible à des dieux vengeurs et tout-puissants.

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