Risque & Progrès : L’effet papillon est parmi nous (9/12)

par Olivier Cimelière
Effet Papillon (photo levolduvariable.blogspot.com)

Provoquées par la main de l’homme ou simplement subies, les catastrophes ont toujours rythmé le cours des activités humaines. Plus ou moins bien vécue sur l’instant selon son degré de gravité, l’impact de la catastrophe a longtemps eu tendance à s’estomper progressivement au fil du temps qui passe comme viennent de le retracer les épisodes précédents du dossier « Risque & Progrès ». Il en reste certes des traces dans les livres ou dans les témoignages mais la charge émotionnelle n’a plus la puissance de celle qui avait pu prévaloir à l’instant où l’accident s’était déroulé. Les années 70 vont marquer un nouveau tournant dans la perception des risques liés au Progrès. Avec instantanéité, ubiquité et durabilité.

Depuis quarante ans, l’information planétaire est devenue une réalité plus que tangible. Le fameux « village global » cher à Marshall McLuhan dans ses ouvrages, s’est urbanisé à vitesse galopante, d’abord avec l’avènement de la télévision et de la radio puis aujourd’hui avec celui d’Internet et de ces vidéos instantanées que l’on échange et diffuse à la demande via le téléphone et des sites spécialisés comme You Tube, Daily Motion ou encore via Twitter. Lointaines ou proches géographiquement, les catastrophes et les drames peuvent maintenant être vécus en direct (ou presque) et perdurent ensuite dans la mémoire collective.

 Wikileaks : renaissance du journalisme ou imposture médiatique ?

par Olivier Cimelière
Wikileaks Logo

Pour les assoiffés d’investigation journalistique, Wikileaks est le canal médiatique hype du moment. Depuis quelques semaines, le site d’information participatif est sous les feux des projecteurs pour avoir balancé sur la place publique plus de 90 000 documents internes sur les opérations de l’armée américaine en Afghanistan. Cautionné et repris en exclusivité par un trio de médias chevronnés et renommés (The Guardian, Der Spiegel et The New York Times, excusez du peu !), Wikileaks a soudainement gagné ses galons de journaliste enquêteur là où il apparaissait jusqu’à présent comme un ovni éditorial faisant certes bouger les lignes de l’information mais aux intentions parfois difficiles à cerner.

Fondé en décembre 2006 par Julian Assange, ce site entend révéler au public des vérités sensibles ou estampillées « confidentiel défense » qu’institutions, entreprises et médias classiques s’échineraient à bâillonner. Avec le récent coup d’éclat des « warlogs » américains sur l’Afghanistan, le démiurge de Wikileaks joue maintenant dans la cour éditoriale des grands. A tel point qu’il est célébré par d’aucuns comme le nouveau héraut de la démocratie et de la transparence totale. Mi-août, il fut ainsi invité à s’exprimer sur le reportage d’investigation devant les étudiants de la prestigieuse école de journalisme de l’université de Berkeley en Californie. Autre signe d’adoubement institutionnel : Julian Assange écrit des tribunes éditoriales pour le quotidien suédois Aftonbladet. Enfin, il reçu de la branche britannique d’Amnesty International, le Prix des Médias pour saluer son œuvre de défense des droits de l’Homme.

Julian Assange est désormais le tribun qu’on s’arrache pour parler journalisme, investigation et censure dans les colloques les plus prestigieux ou celui qu’on cite volontiers pour parler de liberté de l’information. Cet engouement pour ce justicier épris de transparence suscite pourtant quelques questions épineuses et non des moindres. N’est-on pas au final en train de propulser un peu vite l’énigmatique Julian Assange en preux chevalier des temps éditoriaux ou nouvel Albert Londres des réseaux numériques ?

 Communication politique et sécurité : « Un petit clic vaut mieux qu’un grand choc »

par Olivier Cimelière
Crédit Photo AFP

Ce titre a été le slogan évocateur d’une campagne de la Sécurité Routière dans les années 70. Il entendait signifier qu’un simple geste de bon sens (boucler sa ceinture) peut éviter une grosse catastrophe (un accident mortel). A la suite des saccages perpétrés par des gens du voyage à Saint-Aignan et les agressions commises par des voyous contre des policiers à Grenoble, la communication du gouvernement et de sa majorité aurait été récemment bien inspirée d’en reprendre la substantifique moelle et se livrer à une réaction à froid.

Pourtant, face à ces inadmissibles exactions, la ligne empruntée a au contraire privilégié l’argumentation lourde tous azimuts en surfant allègrement sur les angoisses que l’insécurité génère dans l’opinion publique. Or, à agiter les chiffons de la peur (avec boucs émissaires inclus et chambre d’écho médiatique assuré), cette posture communicante recèle plus de dangers latents que de solutions pérennes sur le long terme. Au final, c’est l’ensemble de la politique sécuritaire qui n’est pas près de progresser tellement les clivages se radicalisent de part et d’autre.

La ficelle de la grosse matraque n’est pas en soi totalement nouvelle. Nicolas Sarkozy s’en est même fait une spécialité régulièrement dégainée lorsqu’il fut ministre de l’Intérieur. A coups de rodomontades et de formules lapidaires telles que celle du célébrissime Kärcher, il s’est forgé une image monolithique d’homme à poigne à l’égard de la criminalité. Un justicier inflexible et impitoyable capable dans l’heure de pondre de nouveaux textes répressifs, d’expédier des convois massifs de CRS et des préfets « tape-dur » ou encore de déployer des réseaux de caméras de vidéosurveillance tout en morigénant ceux qui ont failli à leur mission. Combien de magistrats et de policiers ont ainsi subi les foudres comminatoires du « premier flic de France » sans parler des préfets révoqués illico sous l’œil parfois un peu trop complaisant des médias.

Or, à vouloir à tout prix répondre à l’exigence effrénée de sécurité totale de la société, les pouvoirs politiques entretiennent une surenchère sécuritaire dont les dernières semaines de juillet et d’août ont été une fois encore l’apanage inquiétant. L’astuce peut certes rapporter gros électoralement parlant pour le politique qui s’y aventure avec virulence. Pour autant, elle ne contribue pas à rasséréner les esprits sur un sujet qui mériterait vraiment autre chose que des arguties populistes et binaires d’un côté et des indignations angéliques et laxistes de l’autre.

 Risque & Progrès : La confiance s’ébrèche au cours du 20ème siècle (8/12)

par Olivier Cimelière
Explosion industrielle

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les pronostics optimistes face à la perception du progrès et du risque s’inversent dans l’inconscient collectif occidental. Avec ce conflit, l’humanité prend peu à peu conscience de son hallucinant intrinsèque pouvoir d’autodestruction. La Première Guerre Mondiale avait déjà révélé quelques indices troublants avec notamment l’utilisation du tristement connu gaz moutarde par l’armée allemande, pour anéantir les tranchées ennemies à grande échelle tout en essayant de limiter les pertes dans ses propres rangs. Le conflit qui vient de s’achever en 1945, met en lumière des perspectives encore plus brutales.

Pendant la guerre, les nazis n’ont effectivement pas hésité à froidement dévoyer la science et la technologie pour exterminer les populations juives, tsiganes, les opposants au régime hitlérien et tuer ainsi des millions d’innocents à travers l’organisation industrielle horriblement huilée des camps de concentration.

Parallèlement, forts de leurs récentes avancées scientifiques dans la maîtrise de l’énergie atomique et de tests réussis dans le désert du Nouveau-Mexique en juillet 1945, les Américains décident d’utiliser l’arme nucléaire pour accélérer la reddition du Japon. Le 6 août 1945, une bombe pulvérise la ville d’Hiroshima, puis une seconde récidive trois jours plus tard sur la ville de Nagasaki causant au total la perte de centaines de milliers de civils et la capitulation immédiate et sans conditions de l’empire du Soleil Levant. L’administration américaine, le président Truman en tête, justifie alors ce bombardement au nom du « mal nécessaire ». Sans le recours à ces bombes, l’invasion de l’archipel japonais aurait coûté des milliers de vies supplémentaires aux soldats de la bannière étoilée.

Deux événements destructeurs que le penseur et essayiste allemand Günther Anders qualifie ainsi dans son ouvrage L’Obsolescence de l’Homme : « L’humanité est devenue capable de se détruire elle-même et rien ne fera jamais qu’elle perde cette « toute-puissance négative », fût-ce un désarmement général, fût-ce une dénucléarisation totale du monde. L’apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c’est de retarder indéfiniment l’échéance. Nous sommes en sursis ».

 Communication politique : Du vacancier « méditatif » au vacancier « média-actif »

par Olivier Cimelière
Sarkozy jogging - Photo Kamm-AFP

A l’heure où la France se glisse avec délice dans les torpeurs estivales aoûtiennes, journalistes, communicants et politiques succombent à un marronnier inoxydable de l’agenda médiatique : la mise en scène des vacances des dirigeants. Une opportunité de communication où se dénoue l’officielle cravate et tombe l’austère costume du pouvoir. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la ficelle de l’ « estivant politique » ne date pas des années Sarkozy où yachting, jogging, randonnée à vélo, masque et tuba ont été déroulés avec abondance pour et par la presse qu’elle soit « people » ou plus institutionnelle.

Pour les politiques, c’est souvent l’occasion de se refaire une virginité d’image et apparaître au final comme n’importe quel Français lambda même si la vigilance laborieuse doit rester de mise en toutes circonstances. On est dirigeant ou on ne l’est pas ! Petit tour d’horizon des grandes figures en bermudas et en mocassins au fil des décennies grâce à quelques pépites glanées sur le site de l’INA.

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