
Longtemps réduites au silence et reléguées à l’arrière-ban, les victimes se sont progressivement structurées ces vingt dernières années au point d’occuper aujourd’hui un rôle fondamental. L’expression des victimes est devenue prépondérante et leur pouvoir redoutable. Les politiques les courtisent sans modération tandis que les médias les enluminent avec compassion. Quant à la justice, celle-ci subit sans relâche le feu de quelques associations actives résolues à ce que le droit s’oriente et se façonne à leur profit exclusif, quitte à parfois raboter ou à renier des lois élaborées jadis pour préserver l’ensemble de l’équilibre social et les droits de tous.
La psychanalyste Caroline Eliacheff et l’avocat Daniel Soulez Larivière ont baptisé ce phénomène victimaire avec beaucoup d’acuité « Le temps des victimes », titre par ailleurs de leur ouvrage éponyme (1) publié en 2007. Grâce à une prise de parole tenace et déterminée et une irruption permanente sur la scène médiatico-politico-judiciaire, les victimes jouissent d’une image incontournable et pourtant quelquefois totalement disproportionnée par rapport à leur représentativité véritable. Or, si la société (et la justice en particulier) continue d’accepter implicitement ces logiques duales où celui qui hurle le plus fort et arrache des larmes l’emporte systématiquement sur tout le reste, elle s’expose dangeureusement à des déviances terribles et des crises certaines. Premier volet de l’analyse d’une tendance qui n’est pas prête de s’estomper.




















