Victime je pense donc victime je suis ! (1/3)

par Olivier Cimelière
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Longtemps réduites au silence et reléguées à l’arrière-ban, les victimes se sont progressivement structurées ces vingt dernières années au point d’occuper aujourd’hui un rôle fondamental. L’expression des victimes est devenue prépondérante et leur pouvoir redoutable. Les politiques les courtisent sans modération tandis que les médias les enluminent avec compassion. Quant à la justice, celle-ci subit sans relâche le feu de quelques associations actives résolues à ce que le droit s’oriente et se façonne à leur profit exclusif, quitte à parfois raboter ou à renier des lois élaborées jadis pour préserver l’ensemble de l’équilibre social et les droits de tous.

La psychanalyste Caroline Eliacheff et l’avocat Daniel Soulez Larivière ont baptisé ce phénomène victimaire avec beaucoup d’acuité « Le temps des victimes », titre par ailleurs de leur ouvrage éponyme (1) publié en 2007. Grâce à une prise de parole tenace et déterminée et une irruption permanente sur la scène médiatico-politico-judiciaire, les victimes jouissent d’une image incontournable et pourtant quelquefois totalement disproportionnée par rapport à leur représentativité véritable. Or, si la société (et la justice en particulier) continue d’accepter implicitement ces logiques duales où celui qui hurle le plus fort et arrache des larmes l’emporte systématiquement sur tout le reste, elle s’expose dangeureusement à des déviances terribles et des crises certaines. Premier volet de l’analyse d’une tendance qui n’est pas prête de s’estomper.

 Marques et médias sociaux : faut-il en être ou pas ?

par Olivier Cimelière
Digital Branding

J’ai participé comme auditeur à une intéressante conférence intitulée « Digital Branding: The Latest Trends and What You Need to Do About Them » qui s’est tenue le 20 octobre à Paris à l’initiative de l’association IABC France et de l’American University of Paris (AUP). Les médias sociaux sont en effet au cœur des préoccupations des communicants. Qu’ils soient en charge de marques produits ou de marques d’entreprise, la question lancinante demeure identique : faut-il céder à la « mode » des réseaux sociaux ? En d’autres termes, doit-on engager la conversation avec les internautes ou doit-on finalement se taire quand on n’a rien à dire ou à partager, voire qu’on a guère la volonté de s’investir ?

Sous la houlette de Matthew Fraser, professeur associé à l’AUP et auteur d’un ouvrage sur le sujet (Throwing Sheep in the Boardroom: How Online Social Networking Will Change Your Life, Work & World), trois experts ont débattu des dernières tendances et enseignements des expériences menées par différentes entreprises dans l’univers fascinant et fluctuant du Web 2.0. Le Blog du Communicant 2.0 vous propose un substantifique (à ses yeux !) résumé des principales interventions de Yann Gourvennec, directeur Internet & médias numériques chez Orange Business Services (ainsi que membre fondateur de l’association Media Aces en France), Hervé Kabla, président fondateur de l’agence de communication stratégique Blog Angels (et autre membre fondateur de Media Aces en France) et enfin Stanislas Magniant, directeur de stratégies digitales de Publicis Net Intelligenz.

 Kerviel contre Société Générale : Agios éternels ou erreur de la banque ?

par Olivier Cimelière
Kerviel - Cartoon SG vs Kerviel

Dans l’affaire Kerviel contre Société Générale, le verdict est tombé froid et implacable comme une guillotine effilée : 5 ans de prison dont 3 ferme et surtout 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à rembourser par le trader déchu à la banque plaignante. Dans ce procès hors normes, l’établissement financier a remporté une victoire judiciaire totale en faisant assumer l’intégralité du préjudice commis sur les épaules de son ex-employé indélicat.

Tous les chefs d’inculpation reprochés à Jérôme Kerviel (abus de confiance, faux et usage de faux, introduction frauduleuse de données dans le système informatique) ont été punis au maximum des sanctions prévues par la loi. Les dirigeants de la Société Générale auraient pourtant été bien avisés de souvenir du personnage historique de Pyrrhus 1er. A l’époque de la Rome triomphante, le roi d’Epire avait réussi le tour de force d’infliger deux cuisantes défaites aux invincibles légions romaines. Au bémol près que cet exploit militaire avait été accompli au prix de telles pertes humaines parmi ses propres soldats que son royaume ne s’en est jamais remis par la suite.

Malgré un premier round judiciaire remporté haut la main, la banque est aujourd’hui confrontée à la résolution d’une délicate et explosive équation d’image institutionnelle. Il y a d’autant plus péril en la demeure que l’avocat de Jérôme Kerviel, Maître Olivier Metzner a décidé de faire appel du jugement prononcé le 5 octobre. Fort d’un contexte troublé où la réputation de la Société Générale ne sort guère grandie, l’avocat entend fermement appuyer sur les faiblesses du groupe bancaire pour inverser les rôles. Autant dire que la banque n’a pas fini de traîner une image délabrée qui peut compromettre l’avenir.

 Insulter les journalistes fait-il mieux exister ses idées ?

par Olivier Cimelière
Insulte - Bonhomme

Calomnier les journalistes est devenu une technique communicante actuellement très en vogue chez de nombreux acteurs de la vie politique. Le gourdin de l’injure est en soi loin d’être inédit et même une antienne usitée depuis des décennies à l’encontre des reporters jugés trop importuns ou critiques. Mais ces derniers temps, quelques figures notoires s’y adonnent avec une gourmandise énervée assez surprenante.

Pourquoi tant de virulence à répétition à l’égard d’une profession qui certes n’est pas exempte de reproches mais qui s’efforce malgré tout de faire son métier d’information ? Faut-il y voir une astuce manipulatoire pour susciter ce fameux buzz médiatique dont beaucoup sont friands pour exister sur la place publique ou bien une tendance lourde de la dégradation d’un métier malmené et vilipendé ? Quelques éléments de réponse dans le fatras des insultes !

« Il y a désormais un droit à l’insulte ouvert dans ce pays, ce qui laisse augurer d’une campagne présidentielle « très agréable » pour les journalistes » (1). Ce constat mi-amer, mi-ironique émane de Thierry Thuillier, le directeur de l’information du groupe France Télévisions suite aux insultes proférées quelques jours plus tôt par le sénateur et leader du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon à l’égard du présentateur du JT de 20 heures de France 2, David Pujadas.

 Héros un jour, haro l’autre jour : le cas José Bové

par Olivier Cimelière
Bove-portrait-pipe

Le 16 novembre prochain, José Bové et trois de ses compères faucheurs volontaires seront fixés sur leur sort judiciaire. Soit ils écopent d’une amende de 6000 € pour avoir fauché des plants de maïs transgéniques près de Marmande en 2006, soit ils sont relaxés. En d’autres temps, la nouvelle aurait fait grand bruit et l’objet d’une tapageuse couverture médiatique.

Cette fois, l’histoire n’a pas fait vraiment recette hormis quelques images dans les JT de 20 heures et de bien classiques reportages. Onze ans plus tôt, le moustachu rebelle avait pourtant déchaîné les passions en démontant un restaurant McDonald’s à Millau. A l’époque, les caméras de télévision avaient déboulé en force pour suivre les combats de l’Astérix écolo contre les légions consuméristes et productivistes de la malbouffe.

Entre ces deux épisodes, comment expliquer que José Bové soit passé du statut de « héros médiatique » à celui de quasi quidam de la vie publique. Dans les deux affaires, l’homme a commis des dégradations passibles de sanctions judiciaires similaires. Pourtant, l’information est aujourd’hui renvoyée au rang de sujet de « seconde zone » là où elle phagocytait les unes des journaux et les plateaux de télévision quelque temps auparavant. Décodage d’un phénomène pipolo-médiatique récurrent à travers le cas José Bové.

 Risque & Progrès : Principe de précaution ou principe d’inaction ? (12/12)

par Olivier Cimelière
Risque-et-Progres-Precaution-Parapluie

Aujourd’hui face au progrès et au risque inhérent, un décideur politique et/ou économique est systématiquement confronté à un tryptique épidermique où se mêlent exigence forcenée de sécurité absolue, refus inflexible du changement et méfiance viscérale à l’égard de l’innovation. Dans une société où la confiance réciproque n’est plus de mise à cause de scandales comme le sang contaminé, l’allergie à l’incertitude a atteint un niveau de paroxysme tel que chaque produit doit quasiment afficher 100% de bénéfice et 0% de risque pour être acceptable aux yeux de ses utilisateurs.

Aucun secteur n’échappe à ce schématisme certes abusif et binaire mais tellement plus rassurant et facile à comprendre au bout du compte pour ceux que la peur anime avant tout. Au lieu de questionner ouvertement et en profondeur, d’intégrer les risques par un raisonnement éclairé et amendé au fur et à mesure des connaissances nouvelles, on préfère souvent répondre dans l’immédiat, en surface et à grand renfort d’agitation médiatique, de décision péremptoire, voire de sanction judiciaire, pour exiler le risque le plus loin possible et s’efforcer ainsi de préserver à tout prix l’illusion de la sécurité totale.

Apparu dans les années 80, la notion de principe de précaution visait initialement à redonner une certaine sérénité aux nécessaires débats liés au progrès technologique et aux risques. Rattrapée par le contexte anxiogène de la société, cette notion a été progressivement détournée de sa substance. D’un principe d’encadrement éclairé des avancées technologiques, elle est souvent devenue un principe d’interdiction au nom de l’illusoire risque zéro. Itinéraire d’un principe gâté.

 Faut-il dissoudre l’édito de Christophe Barbier au lieu du PSG ?

par Olivier Cimelière
PSG - Logo et stade

Le vibrionnant éditorialiste de l’Express, Christophe Barbier, s’est fendu d’une vidéo dans laquelle il appelle sans ambages à la dissolution du Paris Saint-Germain. A ses yeux, il s’agit de la seule issue pour éradiquer définitivement la violence qui entoure le club de football et émaille les jours de match.

Son recours au Kärcher footballistique s’articule autour de trois idées musclées : débaptiser le Paris Saint-Germain pour lui attribuer un patronyme enfin signifiant, quitter l’historique Parc des Princes pour investir le Stade de France, et impliquer financièrement les collectivités locales pour permettre à des jeunes d’Ile-de-France de suivre des filières de formation et devenir footballeur. Avec tout le respect que je lui dois, j’ai eu néanmoins envie de répondre en tant que communicant … et fan du PSG !

 Communication politique : Frédéric Lefebvre peut-il être autre chose qu’un « tonton flingueur » ?

par Olivier Cimelière
Frederic-Lefebvre-Logo-UMP

C’est un discret entrefilet paru récemment dans Les Echos qui le révèle. Frédéric Lefebvre a décidé de se faire plus discret et moins véhément. Archi-connu pour sa promptitude à dézinguer verbalement les adversaires de sa formation politique, le porte-parole de l’UMP veut désormais prendre du recul et modifier le regard clivant qu’on porte à son encontre. Objectif supputé par le quotidien économique : corriger une tenace image de sniper binaire pour tenter de décrocher un maroquin ministériel à l’aube du prochain remaniement gouvernemental.

Derrière cette tentative de repositionnement d’image sur l’échiquier politique, le cas Frédéric Lefebvre est un bon exemple de certaines impasses communicantes auxquelles peuvent se heurter ad vitam eternam les acteurs de la vie publique qui fondent leur image de manière monolithique. Si Frédéric Lefebvre a incontestablement gagné ses galons médiatiques en canardant à tout va les opposants au sarkozysme, il s’est également forgé une image de pitbull hargneux et sectaire qui n’est pas du meilleur effet lorsqu’on veut ensuite prétendre durablement à une carrière gouvernementale. A cultiver toujours la même posture, on risque de dévisser aussi vite que l’ascension le fut.

Frédéric Lefebvre est aujourd’hui à la croisée des chemins médiatiques. Revue de parcours dont le schéma peut s’appliquer à bien d’autres figures actuelles de la vie politique et économique. De droite comme de gauche.

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