
La récente partie de Cluedo médiatique autour l’escherichia coli, cette bactérie fécale qui a provoqué la mort de 38 personnes en Allemagne, aura été une fois encore particulièrement révélatrice de la systémique de crise qui prévaut régulièrement dès qu’un accident alimentaire survient dans nos sociétés occidentales. A la quiétude sociale rompue, succède aussitôt l’inquiétude collective forcenée et un matraquage médiatique d’envergure dans lesquels la traque du coupable devient l’obsession.
Chaque acteur ou groupe d’acteurs monte alors au créneau avec une question lancinante : « Comment en est-on arrivé là ? ». Chacun s’efforce de bâtir sa propre explication, de trouver des boucs émissaires et de comprendre les failles pour tenter de restaurer la normalité, ou du moins la normalité telle qu’il la conçoit et qu’il veut la façonner. Devant la contamination fulgurante des consommateurs, les concombres hispaniques, les graines germées de soja d’une ferme bio de Basse-Saxe et mêmes les salades et les tomates ont donc été tour à tour incriminés avant d’être innocentés. Résultat : des tonnes d’aliments jetés à la benne, des cultivateurs désemparés, des consommateurs suspicieux, une ardeur médiatique sans précédent en Europe, des autorités germaniques sous pression à l’affût du moindre indice et au final, un ultime rebondissement le 18 juin, cette fois dans une étonnante discrétion médiatique. Le germe pathogène serait en fait issu d’un ruisseau près de Francfort servant à l’irrigation de cultures.














