DSK

Quelle image peut désormais espérer DSK ?

Entre une pseudo « interview » conspirationniste publiée dans le Guardian et une soirée d’anniversaire avec des ténors du PS dans un bar-club de la rue Saint-Denis, DSK a de nouveau fait irruption à la Une de l’actualité. Ne devrait-il pas plutôt se faire oublier ?

Il y a un an, pas un observateur de la vie politique française ne doutait un seul instant que l’ex-patron du FMI allait débouler sous les ors de la République.  Serein, DSK soignait alors sa promise mise en orbite présidentielle dans un reportage de Canal + où il grillait son T-bone steak sous l’œil complice de son épouse. Et puis patatras ! De carrure de présidentiable patinée sans relâche par une grande agence de communication parisienne, le champion hors catégorie des sondages a finalement endossé le costume de prévenu désormais ostracisé par son propre camp politique et honni par une majorité de femmes.

Persona non grata

DSK en goguette à la sortie du bar. Photo postée sur Twitter par un participant de la soirée

Après un vaudeville politico-médiatico-libertin aux incessants rebondissements judiciaires et en dépit d’une stratégie communicante acharnée pour sauver la face, la réputation élyséenne DSK s’est inexorablement  diluée dans celle d’un compulsif amateur de réseaux interlopes sur lesquels la justice s’efforce toujours de faire actuellement la lumière. Bref, pas vraiment la posture idéale pour continuer à espérer dans l’avenir exercer une influence de premier ordre.

De fait, avec les affaires du Sofitel et du Carlton, tout le monde (à commencer par ses anciens camarades de parti) a vite administré l’extrême-onction politique à l’ancien directeur du FMI au point que ce dernier s’est même vu relégué ces derniers temps à l’isolement médiatique dans une campagne électorale où la mitraille des coups bas tombe dru et où sa présence pourrait faire « tâche ».

Le bien-nommé bar où DSK a créé le buzz !

Or, c’était sans compter l’imprévisible DSK qui joue la « guest star » dans la soirée d’anniversaire d’un cadre du parti socialiste (ayant lui-même subi certaines avanies dans un passé récent), dans un bar au nom à peine ironique (« J’Ose ») compte-tenu du contexte actuel (voir la vidéo et le commentaire qui l’accompagne !), dans une rue au passé sulfureux (la rue Saint-Denis fut longtemps le lieu central de la prostitution parisienne) et en présence de nombreuses personnalités engagées par ailleurs dans la campagne de François Hollande. Aussitôt, ses proches montent pourtant au créneau pour l’absoudre (1) : « Dominique s’est rendu à cette soirée parce qu’il y était invité. Il n’a pas fait gaffe, il est dans un tel état d’isolement depuis des mois ». A d’autres !

 

Quelques jours auparavant, le quotidien anglais The Guardian avait déjà pourtant remis DSK sur la selle médiatique avec un article se voulant plus ou moins le résultat d’un entretien journalistique au cours duquel l’ex-cador du PS réactivait la thèse du complot ourdi par ses adversaires pour l’éliminer de la course à la présidentielle. DSK n’aurait-il donc pas cessé de caresser l’espoir de revenir sur la scène politique française ? François Hollande s’est en tout cas immédiatement empressé de mettre les points sur les « i » à l’issue de la virée festive médiatisée de l’ex-champion de la gauche. Sur le plateau de Dimanche Plus, il a asséné sans ciller (2) : « DSK n’est pas dans la campagne et il n’a pas à y revenir de quelque manière que ce soit ».

Quelle image maintenant ?

En mars 2012, DSK a dû affronter l’hostilité des étudiants de Cambridge lors de sa conférence

De deux choses l’une. Soit DSK entendait flanquer un croche-pied vachard à ses anciens comparses politiques entre deux tours de la présidentielle et d’un point de vue polémique et médiatique, c’est plutôt réussi tant PS et UMP confondus ont multiplié les cris d’orfraie. Soit DSK doit définitivement prendre du champ, régler ses affaires judiciaires en cours et passer à autre chose au risque de continuer à traîner longtemps une réputation peu flatteuse.

En revanche, que pourrait être cet « autre chose » lorsqu’on a dédié des décennies entières de sa vie à l’adrénaline du pouvoir, des responsabilités de haut niveau et de la conquête de postes prestigieux. On pourrait éventuellement imaginer DSK en conférencier international à l’instar des Bill Clinton, Tony Blair ou encore Mikhail Gorbatchev. Ceux-ci se font payer des ponts d’or pour venir deviser sur la marche de ce monde et partager leurs expériences d’anciens puissants de la planète.

L’option aurait pu avoir du sens si l’image de DSK n’était pas si calamiteuse. En mars dernier tandis qu’il devait intervenir à la célèbre université de Cambridge à propos de l’état de l’économie mondiale, DSK a suscité une belle zizanie parmi les étudiants. 200 manifestants l’avaient accueilli en scandant «DSK, va-t’en, justice pour Diallo» ou encore « Honte à toi, DSK. Nous sommes tous des femmes de chambre ».

Disgrâce éternelle ou pas ?

Alors que faire lorsqu’on est ainsi conspué ? L’ex-patron du FMI peut-il raisonnablement envisager un retour en grâce ? La réponse est clairement non. En tout cas, pas dans l’immédiat et pas tant que les affaires judiciaires en cours n’auront rendu leurs conclusions. Ensuite, il lui faudra enfin sans doute admettre que son œuvre politique est derrière lui. Il ne sera pas le premier acteur politique à devoir entamer une reconversion loin des bancs parlementaires et du fumet électoral.

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Sources

(1) – Philippe Martinat & Charles de Saint-Sauveur – « A une semaine de l’élection, DSK revient troubler le jeu » – Le Parisien – 30 avril 2012 (2) – Eric Hacquemand & Nathalie Schuck – « Le dîner de cons exaspère les socialistes » – Le Parisien – 30 avril 2012

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