Laurent Jalabert : Maillot jaune du « Ni oui, ni non » !

Longtemps épargné par les révélations scabreuses qui ont décimé les podiums de la Grande Boucle de ces 15 dernières années, Laurent Jalabert est à son tour suspecté de prise d’EPO en 1998. Connu pour son panache offensif dans les cols hors-catégorie, l’ancien champion cycliste adopte pourtant une communication zig-zag pas très convaincante.

A l’heure d’aborder le 100ème Tour de France en qualité de consultant pour France Télévisions et RTL, Laurent Jalabert aurait sans doute rêvé meilleur scénario que le scoop lâché par le quotidien sportif L’Equipe au sujet de sa positivité à l’EPO lors de l’édition de 1998.

Quand le mythe sportif déraille

Abandon d'antenne pour l'ex-champion cycliste
Abandon d’antenne pour l’ex-champion cycliste

Lui dont les commentaires précis et mesurés sur les subtilités tactiques du peloton ont toujours été unanimement salués pour leur professionnalisme, vient désormais rejoindre la honteuse cohorte des grands noms du cyclisme ayant tâté de la piqûre à dopage. Lui qui incarnait un cyclisme tricolore encore vierge de toute tricherie aux substances dopantes et un art spectaculaire d’avaler avec combativité les lacets montagneux de la Grande Boucle pendant les années 90, doit maintenant mettre pied à terre dans la foulée de la commission d’enquête sénatoriale contre le dopage. Parmi les échantillons de 1998 rétroactivement analysés en 2004, figure bien celui qui est un des derniers hérauts du cyclisme français.

Conscient de cette distorsion d’image qui lui colle maintenant brutalement à la peau, Laurent Jalabert a eu l’honnêteté sportive de descendre rapidement de sa selle de commentateur pour le Tour 2013. Avec  cette affaire qui entache désormais le CV du vaillant grimpeur et ex-numéro 1 mondial qu’il fut, Laurent Jalabert choisit la prise de recul pour sans doute mieux préparer sa future contre-attaque réputationnelle. Dans L’Equipe en date du 25 juin, il déclare d’ailleurs : « Je prends acte de ce qui se dit aujourd’hui. Evidemment, ça me porte un coup. A cinq jours du Tour, j’aurais préféré autre chose ». Et d’ajouter dans un communiqué à l’AFP : « Afin de pouvoir préparer une défense sereine le moment venu, j’ai décidé en toute liberté de suspendre dès aujourd’hui mes collaborations en tant que consultant auprès des différents médias ». Sur ce point, Laurent Jalabert parvient à conserver une certaine cohérence.

Maintenant que son nom est amalgamé au peloton des dopés patentés que furent Richard Virenque, Bjarne Riis, Alberto Contador, Marco Pantani et tant d’autres encore, il aurait été effectivement extrêmement douteux de le voir continuer à garder micro ouvert sur les ondes de France Télévisions et RTL pour commenter les « exploits » de ses congénères actuels en ayant dans le dos, cette poisseuse histoire d’échantillon d’EPO positif. Surtout dans l’hypothèse où une nouvelle affaire de dopage viendrait de surcroît émailler le centenaire d’un Tour de France à l’image décidément bien mal en point question éthique sportive.

Ni oui, ni non, mais encore ?

Attention à ne pas devenir un second "guignol de l'info" après Richard Virenque !
Attention à ne pas devenir un second « guignol de l’info » après Richard Virenque !

Si Laurent Jalabert a vite changé de braquet en adoptant un humble retrait, il n’en a pas moins dangereusement tâtonné lors de ses premières déclarations. Chacun garde encore en mémoire la poilante et ridicule dénégation de Richard Virenque qui clamait à tue-tête qu’on l’avait dopé « à l’insu de son plein gré » à l’issue de l’affaire Festina. Il s’en était ensuivi un concert de moqueries et de critiques où l’image de Richard Virenque fut sérieusement écornée à force de nier obstinément la force des preuves qui s’accumulaient à charge.

Sitôt la nouvelle de sa consommation d’EPO révélée, Laurent Jalabert a frôlé une embardée similaire. Il s’est d’abord placé en victime de fuites émanant de la commission sénatoriale (1) : « Je n’ai jamais rien reçu des sénateurs. Au contraire, on m’a dit que l’annonce au sujet des échantillons de 1998 ne concernait pas Laurent Jalabert (…) Aujourd’hui, il n’y a que mon nom qui est sorti et c’est ma réputation qui est entachée ». Feindre la surprise n’est pas forcément la meilleure tactique défensive lorsqu’on apprend dans la foulée que le même Jalabert s’est montré nettement plus évasif et sibyllin sur son possible dopage face aux sénateurs.

Conséquence de ce saut de chaîne malvenu, Laurent Jalabert a alors entonné d’hallucinantes contorsions verbales pour tenter de se disculper sans pour autant insulter l’avenir dans le cas où d’autres éléments concrets viendraient alourdir son dossier. C’est ainsi que dans le JT de France 2 du 24 juin, le champion cycliste a tout benoîtement déclaré : « Je ne peux pas dire que ce soit faux, je ne peux pas dire que ce soit vrai ». Il s’est ensuite lancé dans des justifications sur sa confiance aveugle dans les prescriptions des médecins qui le suivaient. Avant d’esquiver avec une ratiocination énigmatique expliquant qu’on était aujourd’hui en 2013 et qu’on parlait de faits datant de 1998 et analysés en 2004. Comme si le poids du temps avait forcément valeur d’absolution éternelle si jamais son cas était avéré.

Gare au dérailleur qui s’emballe

Laurent Jalabert a longtemps couru pour la décriée équipe ONCE
Laurent Jalabert a longtemps couru pour la décriée équipe ONCE

Bien qu’il ait eu l’intelligence de cesser séance tenant son activité de consultant, Laurent Jalabert ne s’est pas pour autant placé dans les meilleurs dispositions pour sauvegarder une réputation actuellement malmenée. Quiconque ayant un peu suivi l’actualité sportivo-judiciaire du cyclisme, sait que Laurent Jalabert a évolué pendant plusieurs années dans la formation espagnole ONCE dont l’affaire Puerto a mis à jour les pratiques dopantes. De même, le nom du coureur français apparaît dans des documents saisis par la police italienne chez le sulfureux docteur Ferrari (2). Enfin, lors du scandale Armstrong, Laurent Jalabert a toujours été très édulcoré dans ses remarques à l’égard de l’incroyable imposteur texan.

Il y a pourtant quelques jours, c’est une autre figure notoire du peloton et du palmarès du Tour de France qui a fini par se confesser. Vainqueur en 1997, le coureur allemand Jan Ullrich a avoué avoir pris des produits interdits pour augmenter ses performances. Dans l’intérêt du cyclisme qui n’avait guère besoin de cet énième piètre rebondissement comme dans celui de sa propre réputation, Laurent Jalabert devrait plutôt cesser de biaiser en alternant vaseusement le « oui » et le « non ».

Les faits étant prescrits, le natif de Mazamet ne risque aucune sanction disciplinaire. En revanche, il pourrait regagner de l’estime en disant clairement la réalité des faits. Président de la fédération française de cyclisme, David Lappartient l’y encourage (3) : « Si effectivement, il sait ce qu’il s’est passé, il faut qu’il le dise. Ça n’empêchera pas d’avoir toujours du respect pour le commentateur sportif et l’homme qu’il est. A l’époque, c’était un égarement collectif. Dans la vie, on fait tous des erreurs. En avouant, on peut être pardonné ». A moins que cette réalité dite révolue ne continue de sévir ? Dommage pour ceux qui aiment le vrai vélo à l’eau claire. Jalabert est-il de ceux-là ?

Sources

(1) – David Opoczynski et Ronan Folgoas – « Son étrange stratégie de défense » – Le Parisien – 25 juin 2013
(2) – Stéphane Mandard – « Quand Jalabert confond « docteur Citroën » et docteur Ferrari » – Le Monde – 25 juin 2013  (3) – David Opoczynski et Ronan Folgoas – « Son étrange stratégie de défense » – Le Parisien – 25 juin 2013

7 commentaires sur “Laurent Jalabert : Maillot jaune du « Ni oui, ni non » !

  1. Carnet publicitaire -

    Bonjour,
    J’aimerai juste faire une remarque sur le « maillot jaune », c’est un tee-shirt publicitaire très efficace dans le monde des sports. En effet quand on parle de maillot jaune tout le monde se réfère à Laurent Jalabert et son équipe. Et si on parle de carnet publicitaire à qui réfère t-on?

  2. DAYDE -

    Je tiens a apporter mon soutien total à Laurent .Pour moi c’est un grand champion , je regrette sa décision de ne pas être consultant du tour 2013, mais en même temps je le comprend .J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour le champion et l’homme. Bravo et merci Laurent pour tout ce que tu a fait . J’espère que tu reviendra vite car le cyclisme a besoin de toi .
    amitié

  3. Daniel Lemoine -

    Ce qui m’étonne, c’est que Laurent Jalabert ait été engagé comme consultant par France 2 alors que les journalistes spécialistes du cyclisme savaient sûrement. Mais c’est comme s’il ne s’était rien passé. Pas un mot. Le spectacle continue.
    C’est humain. Tromper et tricher est humain.
    Jalabert, dans une situation intenable, a eu l’élégance de se retirer. Tout le monde ne peut pas en dire autant.
    DL.

    1. Olivier Cimelière -

      Il est vrai qu’il convient de saluer le retrait. En leur temps, Bernard Thévenet et Laurent Fignon avaient continué à commenter le Tour de France alors qu’ils avaient admis avoir recouru au dopage …

  4. hacquard -

    Arrêtons de s’en prendre au cyclisme .J’aimerais que le tennis, le foot et la formule1 soient soumis aux mêmes contrôles.
    Vous nous manquez sur ce Tour de France. J’imagine que vous avez mis toute votre énergie dans votre rééducation pour être présent sur le Tour. Mais ne laissez pas ces imbéciles vous pourrir la vie, vous êtes plus forts qu’eux.
    Isabelle

    1. Olivier Cimelière -

      Bonjour

      Je crois que vous interprétez faussement mon billet. Je ne m’en prends pas spécifiquement au cyclisme. Je m’efforce de décrypter une communication hasardeuse d’un sportif. S’il s’agissait d’un footballeur, rugbyman, tennisman ou que sais-je encore, j’opérerais de même. Je n’ai jamais dit ou écrit que le cyclisme était le seul sport vérolé par le dopage. Même s’il est probablement plus gangrené que d’autres du fait (entre autres) de la dureté physique des épreuves. Mais je ne suis ni dupe, ni partial pour les autres sports.

      1. FRANCOIS Gilbert -

        « la dureté physique »….à qui la faute…???
        Les organisateurs…pour attirer les médiats,les médiats…pour vendre plus…et ne pas oublier… le public qui en veut toujours plus.
        Les coureurs ne sont QUE des humain…pas des machines.
        La course c’est leur gagne pain et si on veut pouvoir travailler il faut être au top….il suffit d’un qui commence et tout le monde suit…logique…il faut « bouffer chaque jour de la semaine »….ou bien ANPE.
        Alors les donneurs de leçons le cul dans leurs fauteuil,les » y a qu’à faut qu’on. »…merci.!!
        Et les fédérations… sourdes ,aveugles et muettes….on fait quoi..???
        LE SECRET DU BONNEUR……….!!!

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