Bygmalion & spin doctors : Il faut absolument changer de logiciel communicant !

A l’heure où l’affaire Bygmalion n’en finit plus de déborder comme une gouttière trop pleine avec ses factures fictives et ses conflits d’intérêt scandaleux, je m’étonne du silence presqu’assourdissant de la profession. Nous avions déjà à nous coltiner les spin doctors et leur vision faustienne de la communication qui pollue l’image de notre métier. Maintenant, les communicants sont amalgamés à la pompe à fric peu regardante qu’est l’agence Bygmalion et ses entités satellites. Il est urgent de se bouger et rejeter sans concession, ni merci ces dérives intolérables qui souillent le travail honnête et consciencieux de milliers de communicants en France. Coup de gueule !

Même si le métier de la communication est encore relativement jeune à l’échelle du temps des sociétés et des entreprises, il n’a jamais vraiment cessé de trimballer une image spécieuse aux yeux de nombreux observateurs et surtout dans la presse. Déjà en 1999, Ignacio Ramonet, journaliste et ancien directeur du Monde Diplomatique, s’insurgeait dans un brûlot éponyme contre « la tyrannie de la communication ». Avec une infinie contemption, il qualifiait celle-ci de (1) « grande superstition de notre temps. En s’imposant comme obligation absolue, en inondant tous les aspects de la vie sociale, politique, économique et culturelle ».

Communication = poison démocratique ?

Bygmalion - PinocchioPour l’intransigeant professionnel de l’information, la communication est l’ennemi à débusquer en toutes circonstances (2) : « Information et communication tendent à se confondre. Trop de journalistes continuent à croire que leur profession est la seule à produire de l’information quand toutes les institutions et organisations de la société se sont mises frénétiquement à faire la même chose. Il n’y a pratiquement plus d’organisme (…) qui ne soit doté d’un service de communication et qui n’émette, sur lui-même et ses activités, un discours pléthorique et élogieux. Tout le système dans les démocraties cathodiques, est devenu rusé et intelligent, tout à fait capable de manipuler astucieusement les médias, les journalistes et de résister savamment à leur curiosité ».

Cette acception extrêmement noire continue d’imprégner majoritairement la vision des journalistes (mais aussi une large partie de la société civile) à l’égard des communicants toujours plus présents dans leur quotidien. En dépit d’une professionnalisation accrue et nombre de colloques et d’instances appelant à plus d’éthique et de responsabilité, les praticiens de la communication demeurent globalement perçus comme de vénéneux démiurges, souvent prompts à triturer la réalité et à enfumer l’ensemble du corps sociétal au bénéfice d’intérêts pas toujours très collectifs.

En avril 2013, le journaliste d’investigation et fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, en a remis une large couche en évoquant son bras-de-fer finalement victorieux contre le ministre du Budget déchu, Jérôme Cahuzac et sa garde prétorienne communicante (3) : « Ces communicants, ce sont profondément un des poisons de notre démocratie. Ce sont les adversaires de ce que nous devons faire, nous journalistes. Nous devons être au service du droit de savoir des citoyens, pas de ces techniques qui essayent de cacher, de voiler, de mentir ».

Accomplissons notre révolution intellectuelle !

Bygmalion - Nuage motsSi le propos d’Edwy Plenel est sans nul doute excessif (voire caricatural), il doit néanmoins nous inviter, nous les communicants de la nouvelle génération et vous les managers et dirigeants, à nous interroger collectivement, sans concessions et avec acuité sur le sens, les valeurs et les missions de notre fonction. A l’heure où l’irruption irréversible des médias sociaux et de la connectivité numérique permanente a bouleversé de fond en comble la donne et complexifié les stratégies d’image et d’information, le communicant n’a paradoxalement jamais été autant en première ligne des enjeux qui chahutent la réputation des entreprises, des institutions, des marques, des dirigeants et des experts. Il est donc urgemment temps de ranger à la cave l’attirail éculé des ficelles de la communication de papa et de faire de notre métier autre chose qu’une poule pondeuse de messages tellement calibrés et ripolinés que plus personne ne daigne ni les écouter, ni les croire.

Qu’on ne se méprenne pas ! Je ne remets absolument pas en cause la technicité et la capacité à concevoir et déployer des stratégies qui sont les critères indispensables de tout communicant qui se respecte. Il est d’ailleurs de notre responsabilité première que de se former, être curieux, expérimenter, se confronter, corriger et apprendre en permanence. En revanche, si pointus et performants soient-ils, les outils ne sont et ne seront rien sans l’adoption d’un état d’esprit et de valeurs intrinsèques où la communication est enfin délivrée des oripeaux cosmétiques des marchands du temple avec Rolex au poignet, bronzage et dents blanches. Un habeas corpus où la communication est libérée des slogans incantatoires de propagandistes de salon, où la communication est expurgée des manœuvres intoxicantes des spins doctors et des maniaques de l’agenda médiatique.
C’est cette vision de la communication que nous devons porter collectivement avec conviction et passion pour que notre métier puisse répondre efficacement aux défis sociétaux qui lui sont lancés. Elle s’inspire pleinement de la citation du chercheur en sciences de la communication, Dominique Wolton (4) : « Communiquer c’est autant partager ce que l’on a en commun que gérer les différences qui nous séparent ».

Débarrassons-nous de la com’ de papa !

Bygmalion - com papaJusque dans les années 80/90 et même à l’orée de l’an 2000, les choses étaient relativement simples. D’un côté, les détenteurs du savoir et du pouvoir délivraient leurs messages. De l’autre, les médias se faisaient les réceptacles et les relais plus ou moins conciliants de ce que la France d’en haut disait aux citoyens d’en bas. Même si çà et là, un reportage insolent pouvait sporadiquement écorner la réputation d’untel, les effets collatéraux restaient relativement circonscrits. C’était l’époque où dans un contexte budgétaire plutôt florissant, les entreprises et leurs dirigeants se vedettisaient à tour de bras comme des stars du show biz.

C’était aussi l’apparition des premiers « homo communicatus » dans les organigrammes des sociétés et des lieux d’influence. C’était un temps « bénit » où il suffisait d’affirmer et de mettre en scène pour faire adhérer et rêver. A charge pour les communicants de dresser la table en conséquence, de distribuer les petits fours événementiels à des journalistes en mal de « bons papiers », de célébrer l’ode onirique des grandes réussites et de s’assurer que l’écho médiatique perdure aussi longtemps que nécessaire. Forts de leurs paillettes, de leur entregent et de leur faconde, les « dircoms » et des agences ayant pignon sur rue ont alors pris racine dans l’agora bavarde de la société de l’information. Bygmalion est l’émanation typique de cette bouillabaisse indigeste mais ce n’est pas la seule.

Trois décennies plus tard, les dircoms siègent souvent dans les comités de direction et des agences pèsent lourds en termes d’influence. L’image et la réputation sont clairement devenues des enjeux hautement stratégiques. A tel point qu’elles sont désormais décortiquées, commentées, sondées et même valorisées par des agences de notation financière qui hésitent de moins en moins à les inscrire à la colonne des actifs d’une entreprise au même titre que ses outils de production, ses biens immobiliers ou son cash-flow.

Pas étonnant dans ces circonstances que la communication soit effectivement devenue un viatique incontournable pour encenser la réputation des grands noms de la société. Pour certains qui ne reculent devant rien, la communication peut même servir à faire avaler toutes les pilules et à valoriser à l’envi le discours ou l’action de l’entité qu’ils représentent. Tout est bon pourvu que l’histoire soit belle ! Et si jamais une crise vient gripper le scénario, dircoms et agences se transforment alors de peintre en bâtiment en soldat du feu pour allumer les contrefeux idoines, voire couler le béton du bunker médiatique.

Débranchons les spin doctors

Bygmalion - panneauAujourd’hui, il est plus que crucial de débrancher cette lénifiante et vaine mécanique quantique de la com’ vieille époque. Il est temps que les imposteurs à paillettes et autres obsédés du contrôle psychorigide fassent place à une génération de managers et consultants communicants alertes, empathiques et connectés sur le monde. A l’heure où la récusation des élites et des entreprises est prompte à s’enflammer à la moindre étincelle, à l’heure où le culbuto médiatique versatile adore un jour ce qu’il peut vite brûler le lendemain, à l’heure où n’importe qui peut s’arroger la parole grâce aux réseaux numériques et répandre n’importe quoi avec fracas, il est urgent que les « dircoms » et les agences envisagent leur métier autrement qu’au titre de décorateur en chef, pompier de service et hygiaphone officiel.

En 2013, l’organisme professionnel américain Global Alliance for Public Relations and Communication management a publié une plateforme de réflexion autour du rôle que les communicants vont endosser dans les années à venir. Le triptyque indique clairement que la mallette du spin doctor va devoir céder le pas à des considérations autrement plus subtiles :

  • Nourrir les valeurs et l’identité intrinsèques de l’organisation
  • Bâtir une culture de l’écoute et de l’engagement qui n’est plus uniquement centrée sur le département communication mais à travers toute l’organisation
  • Instiller et accentuer la responsabilité de l’organisation dans toutes ses dimensions : organisationnelle, sociétale, personnelle et professionnelle

A l’époque président d’Entreprises et Médias, une association professionnelle française qui rassemble une centaine de directeurs de la communication, Jacques Suart avait précisément commencé à esquisser cette voie nouvelle à emprunter (5) : « Il n’y a plus de magistère de la parole. L’entreprise doit en tenir compte et ses communicants, plutôt que de camper sur une position défensive, doivent accepter de recevoir la contradiction de façon plus sereine (…) C’est la seule façon de faire progresser le débat sur de grands enjeux, développement durable, employabilité, mesure de la valeur où l’entreprise a un rôle de premier plan ».

Urgence à se bouger !

Bygmalion - emergencyPourtant aujourd’hui, que véhiculent les médias au sujet de notre métier et que retient le corps citoyen à notre égard ? La réponse est cinglante. Nous sommes des carambouilleurs tout gonflés de leur morgue qui refourguent des conseillers communication à la botte dans les ministères et les grandes entreprises. Nous sommes des tripatouilleurs qui alignent les euros et les zéros comme on fait une collection de timbres, en violant si besoin toutes les règles régissant les appels d’offres et en s’asseyant sur les conflits d’intérêt. Est-ce vraiment cette réputation calamiteuse que nous voulons voir continuer de perdurer, nous les professionnels de l’image ?

Qu’on coupe enfin ces branches pourries qui dévoient la valeur ajoutée apportée au quotidien par des centaines d’agences de communication et de dircoms où le sens et l’éthique sont des piliers non-négociables dans leurs relations avec les clients et les dirigeants. Que l’affaire Bygmalion soit l’opportunité de nettoyer le plancher et de mettre au rebut ces Diafoirus de la com’ tout juste bons à pérorer sur les plateaux de télévision, jouer du carnet d’adresses et s’étourdir de liaisons dangereuses dans d’improbables missions de communication. Que les obsédés de la Rolex à 50 ans qui voient Internet comme la plus « grande saloperie de tous les temps » cèdent la place à des esprits plus subtils et chevronnés où la communication ne se résume pas à jouer les oracles sous les lambris élyséens et dans les talk-shows en vogue. La communication est un métier qui mérite immensément mieux que les errements pitoyables de Bygmalion ou bien les forfanteries de quelques grandes gueules qui n’ont pas dû rédiger depuis longtemps une recommandation stratégique tant ils pensent que le carnet d’adresse reste le meilleur extincteur. A tous cela, il faut dire de partir, d’éteindre la lumière et de laisser ceux qui œuvrent avec des valeurs pour leurs clients. C’est urgent !

Sources

1 – Ignacio Ramonet – La tyrannie de la communication – Edition augmentée – Gallimard – 2001
2 – Ibid.
3 – « La grande édition » – i>Télé – 17 avril 2013
4 – Dominique Wolton – Informer n’est pas communiquer – CNRS Editions – 2009
5 – Jacques Suart – « Entreprises : communiquer dans la crise » – Les Echos – 17 novembre 2009

Pour en savoir plus

– Marc Endeweld – « Bygmalion : le listing intégral des conventions bidons de l’UMP » – Marianne – 13 juin 2014
– Benjamin Meffre – « Affaire Bygmalion/France Télévisions » – Ozap – 11 juin 2014

23 commentaires sur “Bygmalion & spin doctors : Il faut absolument changer de logiciel communicant !

  1. Laurent Defois -

    Bonjour Olivier,
    Je me réjouis de vous écouter demain aux Sables d’Olonne. Pendant votre prise de parole, peut-être aurez-vous l’occasion de revenir sur ce sujet d’une façon globale.
    A demain,
    Laurent

    1. Olivier Cimelière -

      Bonjour Laurent

      Ravi de pouvoir poursuivre en réel la discussion demain ! Ce thème n’est pas l’objet de mon intervention mais on pourra quand même en toucher deux mots 🙂 ! A demain
      Olivier

  2. Anne Frangeul -

    Oui Olivier, mon propos était peut être un peu réducteur dans sa lecture. J’ai utilisé le vocable « politique » dans un sens plus large que la désignation d’un parti politique quel qu’il soit. De manière générale, nous vivons la répétition de telles situations à intervalles réguliers, ce qui suppose que les leçons ne sont jamais tirées et que les dérives se reproduisent sous des versions différentes mais toujours portées par les mêmes ressorts, d’appât du gain, de pouvoir, et de sentiment d’impunité… Ce grand déballage médiatique, et/ou ces reportages mettant en scène des professionnels auto-centrés et narcissiques, portent tort à la profession qui travaille au quotidien à des années lumière de ces pratiques, pour sa grande majorité, et en tout cas pour des confrères(soeurs) que je connais. Et pourtant, j’ose encore croire que la communication est un maillon essentiel de meilleure compréhension d’une entreprise avec ses parties prenantes, par exemple, pour peu que le respect de l’authenticité du discours soit érigé en principe dès le départ. Libre à nous de ne pas accepter des budgets qui nous paraissent peu transparents, ou heurtant nos valeurs et convictions profondes.. On incrimine à juste titre des communicants faillis mais à la génèse du dossier se trouve également une demande inacceptable et qui aurait du être refusée.
    Bonne soirée
    Anne

    1. Olivier Cimelière -

      Merci Anne pour ce vrai message d’espoir
      Je suis totalement aligné sur votre vision et je crois sincèrement qu’on peut pratiquer le métier de la communication avec des valeurs et sans s’abandonner dans des compromissions … Plusieurs fois, on m’a fait des propositions et des arrangements que j’ai toujours refusés. Quitte à perdre certaines choses mais pas la possibilité de pouvoir se regarder en face et continuer à exercer correctement !

  3. Anne Frangeul -

    Je partage votre analyse quant à l’amalgame réducteur dans lequel la profession peut être entraînée, par l’effet loupe de cette sinistre affaire. Cependant, il s’agit d’une également d’un dossier politique avant même d’être un dossier de « communication ». Vous savez comme moi, que chacun peut un jour se déclarer communicant et causer ainsi des dommages importants à la réputation de la profession,à quelque niveau que ce soit. Je voudrais néanmoins apporter une note d’optimisme. Exerçant cette profession depuis plus de 20 ans, qui plus est dans la communication sensible et la communication d’influence, ( oh le vilain mot…) je pense sincèrement que la longévité de ma structure régionale tient à l’éthique que je me suis fixée depuis le début, à l’exigence de ne transmettre que des informations/communications que j’avais préalablement vérifiées auprès de mes clients, et à ne jamais travailler dans des zones de flou ou « borderline » quitte à ne pas augmenter mon chiffre d’affaires. J’ajoute que la presse régionale de mon secteur géographique est peu encline à « gober » des informations pré-digérés, et que si je m’insurge parfois contre leur choix parfois contestables de priorités d’informations (les faits divers avant les infos économiques), ils me permettent d’être encore plus pugnace pour aller à l’essentiel et au coeur de l’actu. Comme dans toute profession, nous avons nos moutons noirs, plus qu’ailleurs, je ne suis pas certaine. Ce qui nous cause préjudice aujourd’hui est l’ampleur des révélations quotidiennes et l’apparente désinvolture, voir cynisme de l’entreprises incriminée. et cela, c’est effectivement intolérable.

    1. Olivier Cimelière -

      Bonjour Anne

      Merci pour ce témoignage qui prouve que l’on peut faire le métier de communicant sans céder aux sirènes de l’excès financier, aux artifices manipulatoires, etc.

      En revanche, Bygmalion n’est pas qu’une affaire politique. Certes, le volet UMP prend beaucoup de place dans cette histoire mais les dérives budgétaires concernent aussi des institutions et des sociétés (comme France Télévisions) … Réduire l’affaire Bygmalion à un seul tripatouillage UMP, c’est passer en partie à côté des problèmes que d’autres moins connus provoquent également. Or, tant qu’on laissera perdurer les moutons noirs, on aura en effet des retours de bâton dans l’opinion publique.

      Profitons du dossier Bygmalion pour remettre sur la table les questions qui fâchent et la nécessaire éthique qui doit nous gouverner. La communication n’est pas une chose déviante comme certains se plaisent à le colporter de façon réductrice. Tout dépend qui la pratique et avec quel niveau d’exigence éthique et professionnelle !

      Longue vie à votre agence en tout cas !

  4. logiciel call center -

    La communication traverse une mauvaise impasse, et c’est du devoir du communicant d’y remédier. De nos jours, il devient courant de profiter d’un évènement particulier pour faire de la pub. Tout le monde en parle, malgré le fait qu’il n’y porte vraiment pas d’intérêt. C’est bien dommage!

  5. Albert -

    Bonjour,
    vous dénoncez avec force les attaques contre votre profession de la part de journalistes et déplorez l’image qui est la vôtre dans l’opinion, cela peut se comprendre. Malheureusement je ne vois pas d’argument de fond sur l’inconsistance supposée de ces attaques et de cette image commune. Au contraire, vous semblez partager largement ces vues mais vouloir les combattre par des slogans, des incantations et du verbiage creux, en somme, ce que je lis dans votre article, c’est la confirmation de ce que vous déplorez.
    Essayez plutôt de montrer au profane que je suis en quoi la communication ne saurait pas être comme les services juridiques d’un groupe privé, au service des intérêts de son employeur.
    Ce dont je doute que vous puissiez réussir: qui donc embauchera un communicant « nouvelle génération » affranchi de la « com’ à papa » ou un spin doctor « 2.0 » qui n’a rien à voir avec une spin doctor « de la vieille époque », qui risquerait de nuire à ses intérêts parce que trop soucieux du « sens et [de] l’éthique [qui] sont des piliers non-négociables dans leurs relations avec les clients et les dirigeants »?
    Celui qui paye le service du communicant, c’est le dirigeant, pas le client. Le sens de l’éthique des entreprises et de leurs obligés me font un peu trop penser à toutes ces chartes environnementales et sociales signées en grandes pompes sous les feux médiatiques et dont l’effectivité se résume à… « peanut ».
    L’affaire Cahuzac l’a montré, ses communicants, que je suppose très soucieux d’éthique et de toute bonne foi, ont généreusement travaillé pour un menteur qui les a berné autant qu’ils ont essayé de nous berner. Je ne leur en veux pas, c’est leur métier, mais comprenez que le quidam que je suis considère en effet que « la com » est ce qu’elle est: elle n’est pas faite pour propager l’éthique, l’intérêt général et la vérité, pour ça il y a d’autres professions, elle est simplement là pour promouvoir une idée, une vision au service des intérêts de celui qui la demande et la rétribue.
    Bon courage, je garde une opinion très commune de votre profession que je continue de voir comme le pendant médiatique de celle de l’avocat pour le juridique, mais je repasserai vous lire, vous semblez avoir plein de bonne volonté, ce qui est au fond le plus important !

    1. Olivier Cimelière -

      Libre à vous de faire les amalgames qui vous arrangent ! C’est effectivement plus simple de réduire tout le monde au même rang. Cela évite même de se poser les questions existentielles

      1. Albert -

        Eh bien, une « réponse » bien surprenante ! Il m’est difficile de concevoir qu’on se pose en parangon de sens et d’éthique et verser dans l’insulte expéditive à la première critique venue.
        Mais soit, passons aux questions existentielles:

        Quelle est selon vous la différence entre le bon communicant (vous et les milliers d’anonymes) et le mauvais communicant (Ségéla et autres Fouks j’imagine) ? ne serait-ce qu’une question de bronzage, de dents blanchies, de rollex, de cupidité et de scrupules? Ne serait-ce pas plutôt la qualité et la nature même des clients représentés et des intérêts défendus?

        Et puis une petite deuxième: pourquoi croyez vous qu’un avocat qui défend un bourreau d’enfant est plus respecté qu’un communicant qui promeut l’engagement social d’une entreprise?

        En tout cas, ce n’est pas avec une telle attitude que vous changerez la perception du public que vous déplorez, et s’il y avait un amalgame à faire entre les humbles petites mains et les barons de la com’, je le ferais plus au niveau de l’arrogance.

        Finissons par un petit trait d’humour populaire: https://www.youtube.com/watch?v=QuGcoOJKXT8&feature=youtu.be&t=2m59s

        1. Olivier Cimelière -

          J’ignore où vous voyez des insultes expéditives ???

          Je dis simplement que vous établissez des raccourcis en mettant tout le monde dans le même sac sans prendre le temps de comprendre que la profession n’est pas monolithique … Vous mélangez beaucoup de choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.

          1. Albert -

            Bonjour et merci pour le lien qui dit effectivement la même chose que ce que vous dites et pour cause… il vous cite et s’appuie (entre autre) sur votre article. D’aucun esprit chagrin parlerait là de circularité…
            Passons.

            Je ne mets pas tout le monde dans le même sac. Je ne crois pas que la profession soit monolithique. Je pense qu’il existe autant de pratiques de la communication qu’il existe de communicants. Ceci étant dit, chez les garagistes, il y en a des biens, il y en a des vilains, mais tous réparent des autos.

            Là où je pense que vous vous trompez, c’est que la défiance du public à l’égard des groupes de communication ne tient pas à la récente mauvaise presse des agissements de certains scélérats mais plus à la fonction même de cette « jeune » profession, comme vous le soulignez.
            En effet, il est des politiques pourris, et si le public a de moins en moins confiance dans ses politiques, seul le populisme revendique le « tous pourris ».
            Il est de même des avocats véreux et des médecins sans une once d’éthique qui ont fait et font parfois la une des médias, pourtant ces professions ne se portent pas si mal auprès des yeux de tout un chacun et personne ne songe à dire qu’ils sont « inutiles ».

            L’argument que vous portez aujourd’hui dans cet article est que votre profession serait victime de l’image des mauvais agissements de certains. Je pense que c’est là une vue très superficielle et que les reproches sont bien plus profondément enracinés.

            Dans le lien que vous me donnez, la conclusion dit ceci: « Facilitateurs sociaux et interfaces entre les organisations et leurs publics, leur rôle et leur apport souvent contestés n’en restent pas moins primordiaux. »

            C’est bien le problème: face aux critiques grandissantes et à la remise en cause de leurs pratiques par le public, la réponse des entreprises n’a pas été de modifier ces pratiques, mais de créer une profession « tampon » destinée à modifier la perception de ces pratiques par le public.
            Ça a bien marché un certain temps, mais ça marche de moins en moins, le public aussi évolue et s’organise et comprend de plus en plus que la communication n’est justement qu’un appendice de l’entreprise (ou la collectivité, ou le politique) qui n’a pas de possibilité d’action (ou alors très réduite) sur son employeur.
            Au même titre qu’un salarié de l’armement aura beau penser que ses bombes ne sont pas « une très bonne chose », ce n’est pas lui qui peut décider de la poursuite ou non de la réalisation de ces engins.

            Bref, je comprends que vous défendiez votre profession, c’est bien naturel et ça ne fait pas de vous quelqu’un de moralement condamnable, bien au contraire. Il n’en reste pas moins que vous aurez beau revendiquer le sens de l’éthique, c’est toute la culture d’entreprise, managériale, marketteuse, qui est aujourd’hui entrée en crise profonde et vous entraîne avec elle.

            Peut-être (et sûrement) que je raccourcie, que j’amalgame et que ce que je dis ne veut rien dire comme vous me le répétez, je ne suis qu’un citoyen lambda, profane en la matière, et dans ce cas je ne vais pas me permettre d’insister et je vous laisse discourir et vous rassurer entre doctes savants de la profession.
            Je ne suis pas pour autant convaincu que votre article suffira à redorer le blason de « la com » auprès du public, et j’attends toujours de saisir l’ampleur des « apports primordiaux » de cette « interface entre les organisations et leurs publics » (pour les publics, l’apport pour les organisations est manifeste). Je vais cependant tâcher de creuser le sujet que je trouve très intéressant, merci d’avoir éveillé mon intérêt en tous les cas.

            1. Olivier Cimelière -

              Bonjour

              Cela fait un petit moment qu’on discute mais j’ai un souci. J’aimerais bien savoir qui me parle exactement, au nom et en fonction de quoi. Aujourd’hui, j’ai une personne qui s’exprime derrière un pseudo, qui assène volontiers des jugements rudes mais sans jamais préciser qui elle est. De quelle expérience justifie-t-elle et au nom de quelle éventuelle entité s’exprime-t-elle ? Je n’ai aucun souci avec la critique. Sinon je ne prendrais pas le temps de répondre aux commentaires déposés.

              En revanche, c’est toujours très gênant de dialoguer avec des gens cachés derrière un pseudo. Si vous pouviez préciser, cela ferait fort appréciable et éclairerait utilement, y compris ceux qui lisent ou liront les échanges …

              1. Albert -

                Discussion est un bien grand mot, vous m’avez simplement dit que je refusais la réflexion, mélangeais tout, réduisais à outrance et donné un lien externe… le fait est que n’avez pas répondu à mes propos (c’est ce que je trouve insultant), j’ai plus l’impression d’être dans le monologue.
                Maintenant je reconnais et j’apprécie que vous n’ayez pas fait la sourde oreille ni censuré mes commentaires et que bien que ça ne vous plaisent guère, vous autorisiez ma parole et à défaut de l’entendre, l’écoutiez.

                Par ailleurs je concède volontiers que mes jugements sont rudes, entiers et peuvent manquer de nuances, que je ne suis pas très « diplomate » et que mes mots peuvent dépasser ma pensée: je ne suis qu’un commentateur du web comme il en existe des millions.
                Je confesse également sans rougir être profane en la matière et vous livrer là un ressenti commun et non une pensée de spécialiste mûrement réfléchie, il m’a donc semblé que quand vous parliez « du public », je pouvais en être un échantillon quelconque.
                C’est de là que je parle, en mon simple nom (ou pseudo) de quidam et non au nom d’une quelconque entité, je me justifie de mon expérience d’homme ordinaire, rien de plus.

                Je trouve donc votre suspicion sur mon identité un peu dérangeante, c’est la première fois qu’on me demande de me justifier là dessus, hors la gendarmerie: je suis un simple citoyen engagé, de gauche, employé dans une TPE, j’espère que ça vous suffira. (sinon je peux éventuellement vous contacter par mail, mais je suis attaché à l’anonymat sur le net)

                Enfin je lis ci dessous dans votre réponse au commentaire d’Anne Frangeul, cette phrase délicieuse:
                 » La communication n’est pas une chose déviante comme certains se plaisent à le colporter de façon réductrice. Tout dépend qui la pratique et avec quel niveau d’exigence éthique et professionnelle !  »

                C’est la première fois que j’écris ce genre de chose, je ne colporte donc pas, et ça ne me plaît pas particulièrement, j’ai pensé que ça pouvait vous être utile d’avoir une idée concrète de ce qu’est la défiance d’un certain public à l’égard de la communication.

                Je vous rejoint complètement sur le fait que dans la communication comme dans toute profession certains font preuve d’un haut niveau d’exigence éthique et professionnelle et d’autres non.
                Je maintiens que la communication est comme beaucoup d’autres, non pas une chose déviante (ce qui ne veut pas dire grand chose), mais au service de celui qui la rétribue et qu’elle dépend plus des intérêts qu’elle sert que de l’éthique de celui qui la pratique (même si les deux vont généralement de pair, les communicants de tepco au japon sont certainement moins attachés à leur responsabilité vis à vis des citoyens japonais que vous ne l’êtes des citoyens français).

                Simplement, vous faites reposer l’image de votre profession sur l’éthique de ses professionnels, je trouve cela réducteur, je pense que son image auprès du public repose sur les intérêts qu’elle sert le plus couramment et visiblement: grandes organisations de pouvoirs et de profits.
                Les balayeurs auront beau avoir un haut niveau d’éthique et d’exigence professionnelle, l’image de la profession ne devrait pas trop changer.
                A l’inverse, les enseignants ont probablement pour la plupart toujours eu un haut niveau d’éthique et d’exigence, l’image de la profession a pourtant largement changé: ça n’est pas tant leur pratique professionnelle éthique ou non qui a changé leur perception auprès du public, mais bien plus la place de leur profession dans la société d’hier et celle d’aujourd’hui.

                L’éthique, c’est bien beau, mais des vilains petits canards, il y en aura toujours, dans toutes les professions, c’est certes déplorable mais ce n’est pas à cause d’eux que votre profession a l’image qu’elle a.
                Ce n’est pas parce qu’il y a des Cahuzac que les citoyens de gauche se sentent trahis par le PS, c’est bien à cause des Hollande et des Valls.
                Ce n’est pas parce qu’il y a des Kerviel que les citoyens se sentent trahis par les banquiers.
                La justice se charge du cas Millot et Bygmalion, et c’est préférable au tribunal moral que vous instituez. Parce que ce n’est pas à vous de décider qui dans votre profession mérite d’exercer et qui non.
                Que vous fassiez votre métier avec conscience et professionnalisme est tout à votre honneur, puissiez vous l’exercer longtemps.

                1. Olivier Cimelière -

                  Quelles que soient vos opinions et les divergences que nous pouvons avoir, il y a un moment où parler à visage découvert est nécessaire. Je sais qu’avec le Web, nombreux sont les « experts en tout » à s’exprimer avec virulence mais jamais sans avoir la politesse de dire qui ils sont et de quelles expériences ils peuvent justifier. C’est tellement plus simple d’aboyer sans jamais se montrer …

                  Vous souhaitez rester derrière un pseudo. C’est votre choix. Dès lors, je stoppe la discussion. Trop facile de rester dissimulé et ne pas assumer publiquement et ouvertement la portée de ses propos. Pourtant, nous ne sommes pas dans une dictature poutinienne, ni sur un sujet sensible pouvant coûter la vie de celui qui s’exprime.

                  Les leçons, je les prends et accepte volontiers du moment que je sais d’où elles viennent et sur quelles références elles reposent. Pas lorsqu’elles émanent de quelqu’un qui n’a pas publiquement le courage de ses opinions. Au revoir

  6. stanislas -

    Bonjour Olivier

    Tres interessante cette definition proposee par la global alliance for Public Relations que tu cites. Je ne l’ai pas retrouve sur leur site. As tu la reference par hasard ?

    Merci

  7. Laurent Defois -

    Bonjour,
    Le professionnel de la communication va devoir remonter une pente raide pour redorer le blason de sa profession. Le citoyen lambda ne croit plus aux vertus de la com. Dès qu’une marque fait un buzz, dès qu’un membre du gouvernement ou un parlementaire fait son show la parole dans la rue est toujours la même: « tout ça, c’est de la com ». Un dénigrement évident. Et puis après, on entend dire que Sérillon, puisqu’il n’y fait rien, on l’éjecte de son bureau doré du palais. Comme vous l’écrivez au début de votre billet, la communication est un métier relativement jeune et le problème réside dans le fait que les excès sont arrivés très vite, trop vite pour établir une relation de confiance pérenne avec les destinataires de l’info.

  8. Tetsuo -

    Cet article est quelque peu réducteur. Non seulement parce que la polémique Bygmalion porte principalement sur l’événementiel, mais aussi parce qu’elle interroge sur le rapport entre politique et communication. Or vous ne parlez que dircom et entreprises dans votre développement. Je comprends aisément votre énervement, cette affaire jetant un profond discrédit sur la profession. Mais votre réquisitoire enflammé manque de nuance. Est-ce vraiment une affaire Bygmalion ou UMP? Le politique n’est-il pas finalement le coeur du sujet?

    1. Olivier Cimelière -

      Bonjour
      Merci pour votre intéressant commentaire. L’affaire Bygmalion ne se réduit pas seulement à l’UMP même si les médias retiennent plus volontiers cet aspect. Or si vous lisez par exemple le Canard Enchaîné, vous noterez que Bygmalion est également empêtré dans des dossiers pas franchement glorieux chez France Télévisions (missions de conseil totalement surévaluées et ne correspondant pas toujours à des prestations), au MEDEF également ainsi que dans des mairies …

      A mes yeux, l’affaire Bygmalion est autant un problème pour les dircoms que les agences. Ce type d’agence n’existerait pas s’il n’y avait pas certains dircoms pour leur « confier » des missions … Ma réaction n’a rien à voir avec la politique bien que sur cet aspect, le scandale est énorme quand on songe aux 11 millions lâchés par les donateurs pour en fait combler une pompe à fric folle !

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