Sciences

 Google Glass : innovation utile ou illusion d’optique ?

par Olivier Cimelière
Google Glass - Sergey Brin communication

Et si Google se mettait le doigt dans l’œil avec sa récente et flamboyante nouveauté : les Google Glass ? Brandie comme le must absolu de l’innovation lors de la grande messe techno Google I/O du 15 au 17 mai dernier, la paire de bésicles ultra high-tech n’est peut-être pas le meilleur atout d’image dont puisse se prévaloir le géant de Mountain View. Au-delà du fantasme geek, l’objet soulève de dérangeantes questions auxquelles Google n’apporte aujourd’hui aucune réponse si ce n’est son éternelle et primesautière « googly » attitude. Est-ce suffisant pour convaincre ?

L’opticien Alain Afflelou n’a qu’à bien se tenir. La folie qu’il promet à longueur de temps dans ses pubs pour lunettes pourrait bientôt faire place nette à l’addiction pour le nouveau gadget concocté par les cervelles technoïdes des ingénieurs de Mountain View : les Google Glass. On en a beaucoup parlé, ils l’ont fait et l’ont dévoilé lors de la dernière conférence I/O qui rassemble annuellement des milliers de développeurs à San Francisco.

 Obésité infantile : peut-on communiquer efficacement par la culpabilisation ?

par Olivier Cimelière
Obesite - Logo page

D’année en année, le constat ne varie guère. L’obésité infantile ne cesse de grignoter du terrain dans les pays occidentaux. Aux-Etats-Unis, la cote d’alerte a déjà été franchie depuis longtemps malgré les campagnes de communication. En France, les indicateurs virent à leur tour invariablement à l’orange avec actuellement 12 à 15% des enfants obèses ou en surpoids.

Pour enrayer cet indéniable problème sanitaire, certains acteurs de la santé rivalisent de messages et de propositions chocs. Avec régulièrement un ressort systématique : motiver à manger moins en culpabilisant les personnes. Peut-on raisonnablement espérer faire fondre la masse graisseuse excessive à coups de slogans flagellateurs ?

 Mediator : Mauvaises vibrations pour l’industrie pharmaceutique !

par Olivier Cimelière
Mediator-Tete-de-mort

A mesure que s’empilent les révélations des investigations et les dépôts de plainte, l’affaire du Mediator prend véritablement une tournure de « Fukushima » sanitaire ravageur pour l’image du laboratoire Servier évidemment mais également pour toute l’industrie pharmaceutique, une importante partie du corps médical et les autorités de tutelle politiques.

A l’instar de la catastrophe du sang contaminé qui avait brutalement ouvert les yeux du corps sociétal français sur les dérives pharmaco-politico-économiques de quelques dirigeants, l’histoire du Mediator emprunte quasiment trait pour trait les mécanismes crisiques délétères du dossier du sang contaminé dévoilé en 1991 par la journaliste Anne-Marie Casteret. On y retrouve en effet les 5 mêmes facteurs de crise ayant conduit l’opinion publique dans une défiance sans précédent à l’égard du médicament et de ses entreprises. C’est peu dire que le scandale du Mediator va laisser des traces durables lourdes de conséquences pour les acteurs du médicament.

 Crises alimentaires : Que le coupable lève le doigt et vite ! Oui mais après ?

par Olivier Cimelière
AA - Crise ali - VACHE

La récente partie de Cluedo médiatique autour l’escherichia coli, cette bactérie fécale qui a provoqué la mort de 38 personnes en Allemagne, aura été une fois encore particulièrement révélatrice de la systémique de crise qui prévaut régulièrement dès qu’un accident alimentaire survient dans nos sociétés occidentales. A la quiétude sociale rompue, succède aussitôt l’inquiétude collective forcenée et un matraquage médiatique d’envergure dans lesquels la traque du coupable devient l’obsession.

Chaque acteur ou groupe d’acteurs monte alors au créneau avec une question lancinante : « Comment en est-on arrivé là ? ». Chacun s’efforce de bâtir sa propre explication, de trouver des boucs émissaires et de comprendre les failles pour tenter de restaurer la normalité, ou du moins la normalité telle qu’il la conçoit et qu’il veut la façonner. Devant la contamination fulgurante des consommateurs, les concombres hispaniques, les graines germées de soja d’une ferme bio de Basse-Saxe et mêmes les salades et les tomates ont donc été tour à tour incriminés avant d’être innocentés. Résultat : des tonnes d’aliments jetés à la benne, des cultivateurs désemparés, des consommateurs suspicieux, une ardeur médiatique sans précédent en Europe, des autorités germaniques sous pression à l’affût du moindre indice et au final, un ultime rebondissement le 18 juin, cette fois dans une étonnante discrétion médiatique. Le germe pathogène serait en fait issu d’un ruisseau près de Francfort servant à l’irrigation de cultures.

 Risque & Progrès : L’équation délétère se met en place avec l’affaire du sang contaminé (11/12)

par Olivier Cimelière
Sang-contamine-Poche-de-sang

A une époque où les risques de mortalité n’ont jamais été aussi faibles dans les sociétés occidentales et la maîtrise des enjeux technologiques aussi élevée, c’est pourtant un tenace sentiment d’insécurité qui prédomine et taraude les esprits. Hier fruit du hasard, de la fatalité ou de la volonté divine, la catastrophe ne cesse aujourd’hui de rôder et de potentiellement sourdre à tout moment comme le résultat de l’impéritie des hommes à contrôler des progrès qui étaient pourtant censés être les piliers infaillibles d’un monde meilleur.

L’Homme a certes vécu de tout temps sous le joug de peurs existentielles récurrentes d’autant que la consistance même de sa vie a longtemps été réduite à bien peu de choses. Sans cesse menacé par des épidémies et des famines ravageuses, des catastrophes naturelles insurmontables ou des guerres sanglantes, l’être humain traversait son existence en se percevant très vite comme un macchabée en devenir à plus ou moins brève échéance. Si l’on mourait plus au Moyen-âge, on désespérait en revanche nettement moins qu’aujourd’hui !

En France, un scandale a particulièrement marqué la société au point de la faire basculer dans une équation délétère dont le modèle systémique perdure encore aujourd’hui à chaque crise ou convulsion sociétale. Ce scandale est la célèbre affaire du sang contaminé. Avec lui et ses cinq mécanismes récurrents, la société s’est durablement plongé dans une ambiance anxiogène à l’égard des technologies et des industries. Retour sur un événement marquant de la systémique de crise moderne.

 Risque & Progrès : La confiance s’ébrèche au cours du 20ème siècle (8/12)

par Olivier Cimelière
Explosion industrielle

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les pronostics optimistes face à la perception du progrès et du risque s’inversent dans l’inconscient collectif occidental. Avec ce conflit, l’humanité prend peu à peu conscience de son hallucinant intrinsèque pouvoir d’autodestruction. La Première Guerre Mondiale avait déjà révélé quelques indices troublants avec notamment l’utilisation du tristement connu gaz moutarde par l’armée allemande, pour anéantir les tranchées ennemies à grande échelle tout en essayant de limiter les pertes dans ses propres rangs. Le conflit qui vient de s’achever en 1945, met en lumière des perspectives encore plus brutales.

Pendant la guerre, les nazis n’ont effectivement pas hésité à froidement dévoyer la science et la technologie pour exterminer les populations juives, tsiganes, les opposants au régime hitlérien et tuer ainsi des millions d’innocents à travers l’organisation industrielle horriblement huilée des camps de concentration.

Parallèlement, forts de leurs récentes avancées scientifiques dans la maîtrise de l’énergie atomique et de tests réussis dans le désert du Nouveau-Mexique en juillet 1945, les Américains décident d’utiliser l’arme nucléaire pour accélérer la reddition du Japon. Le 6 août 1945, une bombe pulvérise la ville d’Hiroshima, puis une seconde récidive trois jours plus tard sur la ville de Nagasaki causant au total la perte de centaines de milliers de civils et la capitulation immédiate et sans conditions de l’empire du Soleil Levant. L’administration américaine, le président Truman en tête, justifie alors ce bombardement au nom du « mal nécessaire ». Sans le recours à ces bombes, l’invasion de l’archipel japonais aurait coûté des milliers de vies supplémentaires aux soldats de la bannière étoilée.

Deux événements destructeurs que le penseur et essayiste allemand Günther Anders qualifie ainsi dans son ouvrage L’Obsolescence de l’Homme : « L’humanité est devenue capable de se détruire elle-même et rien ne fera jamais qu’elle perde cette « toute-puissance négative », fût-ce un désarmement général, fût-ce une dénucléarisation totale du monde. L’apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c’est de retarder indéfiniment l’échéance. Nous sommes en sursis ».

 Risque & Progrès : Premières lézardes dans la confiance (7/12)

par Olivier Cimelière
Accident ferroviaire gare Montparnasse 1895

Au 18ème siècle, le Progrès entame son inexorable et triomphante marche en avant mais les premières catastrophes ne vont guère tarder à émailler le mythe. En France, la plus mémorable d’entre elles car la toute première du genre, survient dès septembre 1794 à Paris avec l’explosion de la poudrerie de Grenelle. Et si le Progrès n’était pas la promesse attendue du Risque Zéro ? Poudre, déraillement de train et coup de grisou vont tour à tour alimenter le doute.

Située au cœur d’une zone urbaine (à l’emplacement actuel de la rue Desaix et de la place Dupleix dans le XVème arrondissement), la poudrerie de Grenelle venait d’inaugurer de nouvelles méthodes de production pour augmenter ses capacités de production. En septembre 1794, une violente déflagration retentit. La majeure partie des bâtiments est détruite provoquant plus de 1000 victimes parmi les employés et les riverains. Le lourd bilan de la catastrophe interpelle les pouvoirs publics. Ceux-ci prennent conscience que des activités industrielles peuvent engendrer des risques majeurs pour les populations.

Quelques années plus tard, le décret impérial du 15 octobre 1810 marque le fondement de la réglementation française sur les établissements dangereux. Résultat : le législateur décide d’éloigner les sources de risque industriel du centre des villes. Désormais, les rouages sulfureux du couple progrès-risque sont enclenchés. A chaque nouvel accident, profonde remise en cause et débats passionnés surgissent autour du bien-fondé ou non de telle ou telle avancée.

 Risque & Progrès : Quand un mythe chasse l’autre (6/12)

par Olivier Cimelière
Mains-planete

L’empreinte de la philosophie des Lumières est énorme dans la perception moderne du risque. Ce dernier perd en effet son caractère exogène, longtemps issu du divin et du surnaturel, pour revêtir un caractère endogène où l’Homme détient seul les outils et la gestion du risque. Cette révolution dans la représentation du monde est fondamentale car elle précipite désormais l’Homme dans un monde désacralisé. Ce « putsch » philosophique investit les hommes d’une responsabilité immense. Ils sont dès lors, invités à vivre à l’abri des dangers, à tout mettre en œuvre pour les éviter, les réduire ou les faire reculer et non plus à s’en remettre avec soumission et passivité aux châtiments divins.

L’Homme est donc devenu l’artisan unique de sa destinée et du monde dans lequel il vit, grandit et meurt. Ce transfert de responsabilité est écrasant car maintenant, les hommes sont face à eux-mêmes et sans recours possible à des dieux vengeurs et tout-puissants.

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