Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les pronostics optimistes face à la perception du progrès et du risque s’inversent dans l’inconscient collectif occidental. Avec ce conflit, l’humanité prend peu à peu conscience de son hallucinant intrinsèque pouvoir d’autodestruction. La Première Guerre Mondiale avait déjà révélé quelques indices troublants avec notamment l’utilisation du tristement connu gaz moutarde par l’armée allemande, pour anéantir les tranchées ennemies à grande échelle tout en essayant de limiter les pertes dans ses propres rangs. Le conflit qui vient de s’achever en 1945, met en lumière des perspectives encore plus brutales.
Pendant la guerre, les nazis n’ont effectivement pas hésité à froidement dévoyer la science et la technologie pour exterminer les populations juives, tsiganes, les opposants au régime hitlérien et tuer ainsi des millions d’innocents à travers l’organisation industrielle horriblement huilée des camps de concentration.
Parallèlement, forts de leurs récentes avancées scientifiques dans la maîtrise de l’énergie atomique et de tests réussis dans le désert du Nouveau-Mexique en juillet 1945, les Américains décident d’utiliser l’arme nucléaire pour accélérer la reddition du Japon. Le 6 août 1945, une bombe pulvérise la ville d’Hiroshima, puis une seconde récidive trois jours plus tard sur la ville de Nagasaki causant au total la perte de centaines de milliers de civils et la capitulation immédiate et sans conditions de l’empire du Soleil Levant. L’administration américaine, le président Truman en tête, justifie alors ce bombardement au nom du « mal nécessaire ». Sans le recours à ces bombes, l’invasion de l’archipel japonais aurait coûté des milliers de vies supplémentaires aux soldats de la bannière étoilée.
Deux événements destructeurs que le penseur et essayiste allemand Günther Anders qualifie ainsi dans son ouvrage L’Obsolescence de l’Homme : « L’humanité est devenue capable de se détruire elle-même et rien ne fera jamais qu’elle perde cette « toute-puissance négative », fût-ce un désarmement général, fût-ce une dénucléarisation totale du monde. L’apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c’est de retarder indéfiniment l’échéance. Nous sommes en sursis ».