Communication des dirigeants : les coups pas très francs de Michel Platini tueront-ils sa réputation ?

Depuis qu’il brigue officiellement la présidence de la FIFA dont l’élection est pour l’instant fixée au 26 février 2016, Michel Platini accumule les tacles à son encontre. Empêtré dans une histoire de facture d’honoraires que le très contesté n°1 actuel du football mondial Sepp Blatter, lui aurait versé, l’ancien n°10 de l’équipe de France et toujours président de l’UEFA a pourtant vu sa candidature suspendue pour 90 jours par un comité d’éthique et une réputation personnelle qui frôle désormais le carton rouge.

Il est très loin le temps où Michel Platini faisait chavirer les cœurs des supporters avec ses coups francs imprévisibles et son coup de patte de génie. Grâce à cette aura forgée en France et en Italie sous le maillot de la Juve, l’ex-Nancéien et Stéphanois a alors connu un parcours hors normes. Rarissimes sont en effet les footballeurs à avoir fait ensuite une carrière prestigieuse dans les instances de gouvernance du football professionnel. Si « Platoche » y est parvenu, c’est aussi en grande partie grâce à sa réputation mondiale du génie du ballon rond et sa spontanéité volontiers affichée

La caution : une carrière de grand joueur

Platini - joueurFort de trois Ballons d’or de meilleur footballeur européen (1983, 1984, 1985) et d’une foultitude de titres en clubs et en équipe nationale, Michel Platini est incontestablement adulé par les médias et les décideurs politiques et économiques, même une fois les crampons définitivement raccrochés. C’est à peine si l’on se souvient de sa période plus contrastée et vierge de titre de sélectionneur de l’équipe de France de 1988 à 1992. Platini, c’est le footballeur génial endossant le costume cravate du dirigeant avec une légitimité en béton renforcée de surcroît par son rôle de co-président du comité d’organisation de la Coupe de Monde 1998 remportée par … la France ! Platini devient donc vite l’icône atypique au sein des institutions européennes où l’on croise plus souvent des élus ventripotents et d’un âge avancé.

De ce contraste, Michel Platini saura en jouer à merveille pour incarner enfin une politique sportive qui rende « le football aux footballeurs ». Quoi de mieux alors qu’un triple ballon d’Or pour bousculer les hiérarques amidonnés et devenir ainsi en 2007, président de l’UEFA, l’organisation qui règne sur le football européen. Une victoire que Platini a remportée en cultivant abondamment l’image d’un candidat à l’écoute des sans-grades et des petits pays membres que les grandes nations historiques du football comme l’Angleterre ou l’Allemagne ont souvent snobés.

Platini au sommet de l’UEFA, est interprété en quelque sorte comme « enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle » et l’impétrant ne se privera jamais de rappeler son brillant passé même si entretemps un autre n°10 français, Zinedine Zidane, est devenu un phénomène planétaire sans précédent.

Le programme : un football pour tous, équitable et sain

L'UEFA SOUTIENT LA CANDIDATURE DE MICHEL PLATINI POUR LA FIFAMême s’il n’a jamais caché sa proximité d’avec Sepp Blatter fasciné par son passé de grand joueur, Michel Platini a aussi cultivé en permanence cette image d’homme du terrain, soucieux de probité et d’équité au sein d’une FIFA déjà altérée par les scandales de corruption.

En plus de financer des programmes de développement du football chez les petites nations, c’est notamment à lui que l’on doit récemment le fameux fair-play financier censé empêcher des clubs de football européens créer des endettements abyssaux pour s’arracher les meilleurs talents. C’est encore lui qui renâcle à l’adoption de l’arbitrage vidéo au motif que l’homme en noir doit rester souverain et ne pas dévoyer le jeu à coups d’excès de technologie arbitrale.

Or, lorsque les nuages noirs de la justice et du fisc américains ont commencé à s’accumuler sur la tête de Sepp Blatter et de plusieurs de ses affidés, Michel Platini a rapidement su se démarquer de la tutelle de son mentor comme il savait semer les défenseurs chargés de le marquer à la culotte sur le gazon vert. En jouant encore et toujours dans les médias (et particulièrement en France) la carte de la probité et de la remise à plat des dysfonctionnements de plus en plus voyants de la FIFA. Jusqu’à appeler ouvertement en mai 2015 à la démission de celui qui lui avait mis le pied à l’étrier dans les arcanes du pouvoir footballistique.

La faille : une communication erratique

Platini - microsL’irruption dans le débat d’un versement suspect de 1,8 millions d’euros en septembre est pourtant venue fêler la belle vitrine que s’était concocté le président de l’UEFA. Si Michel Platini maîtrisait avec dextérité la courbe d’un tir sur coup franc, il n’en va pas de même avec sa communication. Celle-ci va être totalement erratique.

Pour se défendre, il parle d’abord à la presse d’un reliquat de vieille facture envoyée en 2011 pour des services prodigués à Sepp Blatter entre 1998 et 2002 et met cela sur le compte de la négligence comptable. L’argument passe pourtant mal auprès de l’opinion publique et des médias. Comment peut-on aussi aisément perdre le souvenir d’une dette de presque 2 millions d’euros ? !

Lorsqu’il est ensuite convoqué par le juge suisse instruisant l’affaire, Michel Platini déclare tout de go à l’AFP qu’il était entendu comme « simple témoin » (1). Là encore, l’argument est démonté dans la foulée par le magistrat qui évoque des charges plus sérieuses à l’encontre de l’ancien n°10.

Pourtant, Michel Platini va persister dans une totale absence de ligne directrice communicante. Début octobre, il se plaint dans un communiqué des rumeurs faisant état de la possible suspension de sa candidature à la FIFA. Laquelle survient pourtant … le même jour que son communiqué. Et son dernier raté en date est l’interview donnée au Monde le 20 octobre (2). Pourtant a priori coaché par un ponte de la communication de crise selon la journaliste qui réalise l’entretien pour Le Monde, Michel Platini renverse son jeu et admet désormais qu’il ne disposait pas de contrat écrit pour les 1,8 millions d’euros d’honoraires ! Puis il déclare ensuite avoir « été envouté » par Sepp Blatter tout en continuant de croire aux chances de sa candidature.

Direction le banc de touche ?

Equipe 9 octobreLa tactique communicante de Platini rappelle dans une certaine mesure celle adoptée en son temps par Jérôme Cahuzac alors ministre du Budget en pleine chasse aux fraudeurs fiscaux et suspecté de détenir un compte bancaire secret en Suisse. On y retrouve exactement la même équation argumentaire : déni, diversion puis aveu que la réalité n’est pas totalement celle assénée au départ. Cette légèreté rhétorique est probablement le piège le plus mortifère qui soit en matière de réputation et de communication de crise. Là où on lui pose des questions très précises, Michel Platini édulcore ou décale le sujet en disant par exemple (3) : « Je trouve honteux d’être traîné dans la boue ».

En choisissant de s’attaquer au madré Sepp Blatter, l’ancien capitaine des Bleus ne pouvait ignorer que le camp adverse serait prêt à ressortir le moindre cadavre des placards. Dès lors, il aurait été plus indiqué d’intégrer en amont cette possibilité et de bâtir un contre-argumentaire avec le maximum de pièces à l’appui et/ou de témoignages pour démontrer que l’homme demeure un recours valide et honnête pour la future présidence de la FIFA. En tentant de dribbler les inévitables questionnements, Michel Platini s’est attiré des tacles réputationnels dont il sera maintenant très ardu de se relever.

Sources

– (1) – Etienne Moatti – « Platini fragile en défense » – L’Equipe – 20 octobre 2015
– (2) – Raphaëlle Bacqué – « Platini : je trouve honteux d’être traîné dans la boue » – Le Monde – 20 octobre 2015
– (3) – Ibid.



2 commentaires sur “Communication des dirigeants : les coups pas très francs de Michel Platini tueront-ils sa réputation ?

  1. Loic de Routage Email  - 

    Bonjour,

    J’ai beaucoup apprécié votre article sur Platini, il est vrai que sa communication de crise a été en tout point catastrophique. Il devait s’attendre à ce qu’il soit trainé dans la boue lui qui a attaqué son mentor Blatter qui s’en ira en Février, l’occasion est trop belle pour ne pas faire tomber platini avec lui.

    A mon avis, platoche a fait une énorme erreur lorsqu’il a appelé Blatter à la démission. Il aurait pu jouer ce match autrement, lui qui était doué pour la tactique sur le terrain.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Merci Loïc pour le commentaire

      Il est vrai que le sens tactique sur un terrain ne procure pas forcément ensuite les clés pour évoluer dans les arcanes de la FIFA. Même si Platini connaît bien ce monde depuis maintenant de longues années, je pense qu’il a pêché par précipitation ou alors naïveté … Dès lors sa communication devait complexe !!

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