Gilles Boyer, conseiller d’Alain Juppé : « Twitter est indispensable pour un politique »

Sur son compte Twitter, il s’affiche volontiers comme conseiller œuvrant dans l’ombre du maire de Bordeaux, Alain Juppé. Pourtant, à force de tweets ciselés et parfois mordants qui n’épargnent pas son propre camp politique, Gilles Boyer fait désormais partie de ces influenceurs digitaux dont les messages sont particulièrement guettés par les journalistes. Pour le Blog du Communicant, il a accepté de s’entretenir sur sa vision et sa pratique des médias sociaux dans le cadre de son engagement militant.

Si Gilles Boyer n’est guère connu du grand public, ni ne squatte en permanence les plateaux des chaînes info, le conseiller politique d’Alain Juppé a pourtant su attirer l’intérêt des journalistes en décochant à intervalles réguliers sur Twitter, des petites phrases qui font le miel de la chronique politicienne. Son job ? Placer son patron dans les meilleures dispositions pour la primaire de l’UMP qui désignera le candidat du parti à la présidentielle de 2017. Juriste de formation, titulaire d’un DESS en droit public et co-auteur d’un roman sur la vie d’un conseiller de l’ombre, l’homme a mis son éclectisme et sa force de frappe au service d’Alain Juppé depuis 2002. Conseiller du premier cercle et directeur de cabinet à la mairie de Bordeaux, Gilles Boyer s’est fait remarquer ces derniers temps grâce à ses tweets qui ne doivent rien au hasard. Entretien avec un twittos politique acéré.

Boyer - portraitQuels sont les motivations qui vous ont conduit à engager aussi activement sur les réseaux sociaux et Twitter en particulier ?

Gilles Boyer : Je suis venu assez tardivement sur les réseaux sociaux. J’ai d’abord créé un profil Facebook puis un compte Twitter en janvier 2010. Au départ, il s’agissait d’une simple curiosité pour découvrir des outils dont on commençait à parler dans la communication politique. J’ai réellement perçu leur utilité lors de la crise puissante qui a secoué l’UMP en 2012 avec le duel cinglant entre Jean-François Copé et François Fillon pour prendre la direction du parti. Twitter m’est notamment apparu comme un formidable canal d’information pour capter et comprendre à chaud ce qui se dit mais également comme une plateforme pour faire entendre sa voix dans le débat et peser. Depuis cet épisode, j’apprécie particulièrement Twitter pour son côté alternant émission et réception à chaque fois qu’il y a lieu de prendre la parole sur un sujet donné.

Sur Twitter, vous avez adopté une ligne éditoriale plutôt offensive, parfois caustique et qui suscite en tout cas l’attention chez ceux qui vous suivent. Pourquoi ce choix ?

Gilles Boyer : Pourquoi faire tiède quand l’arme de l’humour peut se révéler être un puissant auxiliaire dans votre prise de parole ? Le ton que j’ai adopté permet de prendre une certaine distance, de faire passer des messages plus fortement et aussi de ne pas être dupe de nos propres turpitudes. Je dis et analyse les choses comme je les ressens. J’utilise à plein ma liberté d’expression. Il est hors de question que je me censure. Pour autant, Twitter est un outil à manier avec précaution. Il ne s’agit pas de céder à l’impulsion du moment. J’ai d’ailleurs déjà écrit certains tweets que je n’ai finalement pas envoyés ! En revanche, je n’efface rien de ce que j’écris. Je tweete sous mon nom et j’assume totalement.

Boyer - Tweet politique sérieuxOn se souvient que Frédéric Lefebvre remplissait une fonction de « porte-flingues » médiatique pour Nicolas Sarkozy. Or, à peine avait-il ouvert son compte Twitter en 2009 qu’il s’était heurté à un violent bashing de la part des twittos qui l’avaient fait temporairement expulser du réseau. En affirmant sur votre profil Twitter, « il fait le think, je fais le tank », ne craignez-vous pas de passer à votre tour pour le « porte-flingues » d’Alain Juppé ?

Gilles Boyer : Je réfute ce terme de « porte-flingues ». A ses débuts, Frédéric Lefebvre avait sans doute commis l’erreur d’être trop assimilé à Nicolas Sarkozy. En outre, il n’hésitait pas à cultiver un registre fait d’intimidation et de menace pour défendre son champion. Ce qui explique sûrement pourquoi il s’est retrouvé affublé de cette étiquette de sniper. En ce qui me concerne, je ne vis en référence de personne. Je m’exprime quand j’estime devoir le faire sur des sujets qui sont importants à mes yeux comme la gouvernance de l’UMP ou encore l’organisation des primaires pour 2017. Evidemment, je peux être passionné lorsque des critiques sont adressées à Alain Juppé mais je m’applique à rester ferme et courtois en toutes circonstances. Ensuite, on n’empêchera pas les gens d’interpréter ce que j’ai écrit !

Vos prises de position sont généralement sans équivoque et clairement contre le Front National dont les sympathisants et les militants sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux. Vous n’épargnez pas non plus Nicolas Sarkozy et ses supporters. Comment gérez-vous les trolls et les haters qui pullulent ?

Gilles Boyer : J’ai un principe fondamental auquel je ne déroge jamais. Je refuse systématiquement tout échange avec une personne anonyme. Surtout si en plus, celle-ci est insultante. C’est à mes yeux un manque flagrant de courage. Soit on discute d’égal à égal et à visage découvert, soit je cesse le dialogue. Il ne faut pas se tromper de combat en s’échinant à parler avec des pseudos masqués qui drainent à peine plus de 50 abonnés sur leur compte. Ensuite, je peux comprendre et admettre que mes propos suscitent des réactions. Mais si on n’aime pas du tout, on n’est pas obligé non plus de me suivre !

Boyer - Tweets ElectionsAujourd’hui, votre compte a acquis une audience certaine et est surveillé comme le lait sur le feu par les journalistes à l’affût de la petite phrase cinglante. Nadine Morano qui verse dans un registre similaire, a plusieurs fois connu quelques avanies digitales à force de supporter aveuglément Nicolas Sarkozy. Comment gérez-vous cette pression qui n’autorise aucune défaillance, ni dérapage ?

Gilles Boyer : Je ne suis évidemment à l’abri de rien et notamment pas du tweet de trop. Cependant, comme je l’évoquais précédemment, l’objectif est de ne pas céder à l’impulsion. Je ne m’inscris pas dans la même logique que celle de Nadine Morano. Chaque message que je diffuse, procède d’une intention claire et réfléchie. Il m’est arrivé d’émettre des tweets qui se sont avérés être superflus, réflexion faite mais je n’en renie aucun. Je peux expliquer le sens de tous mes tweets. Y compris les plus rudes dans le ton.

En règle générale, quel regard nourrissez-vous sur l’usage des réseaux sociaux faits par les politiques français ? Qui selon vous cultive une approche pertinente à droite comme à gauche ?

Gilles Boyer : Je constate surtout des usages très variés. Certains sont dans une posture défensive. Quelques-uns cherchent la notoriété à tout prix. D’autres au contraire voient dans les réseaux sociaux un instrument supplémentaire de dialogue. Ces derniers font de toute évidence partie des outils de communication indispensables pour les politiques mais ils ne sont pas pour autant l’alpha et l’oméga. Il faut bien garder à l’esprit que Twitter n’est pas un échantillon représentatif de la France. Aujourd’hui, la présence d’un politique sur les médias sociaux est nécessaire mais ne doit pas le conduire pour autant à prendre le pouls de la société que par ce prisme digital. D’une part, parce que cela peut vite s’avérer chronophage et d’autre part parce qu’il faut conserver un ancrage sur le terrain. Aujourd’hui, tout le monde tâtonne encore pour placer le curseur au bon endroit même si quelqu’un comme Nathalie Kosciusko-Morizet a compris très tôt que le digital changeait la donne dans la façon de faire de la politique.

Boyer - Tweet votezBarack Obama est souvent salué pour son usage pionnier des réseaux sociaux en 2008. Depuis, sa communication n’a jamais cessé d’être abondamment fondée sur ceux-ci. En janvier 2015, il s’est laissé interviewer par 3 YouTubers influents durant une retransmission live sur les réseaux. Est-ce une approche innovante ou atteint-on au contraire les limites de la politique spectacle ?

Gilles Boyer : Ni l’une, ni l’autre ! En politique, vous êtes de toute façon toujours sous le feu des reproches dans votre façon de communiquer. Soit vous ne faites pas et vous passez alors pour un ringard. Soit vous faites et on juge que vous allez trop loin. Je ne pense pas qu’il y ait de vérité établie dans ce domaine. A chacun de se déterminer en fonction de ses objectifs. De toute manière, le jugement ultime reste encore celui des urnes ! Il n’en demeure pas moins qu’un politique doit savoir aujourd’hui s’intéresser à la société qui l’entoure et capter les tendances. Cela peut passer par ce type d’initiative qui vise à rapprocher les politiques de leurs concitoyens.

Pour conclure en guise de clin d’œil, pourquoi « bras gauche » d’Alain Juppé ?

Gilles Boyer : Pour deux raisons ! D’une part, je trouve que l’expression « bras droit » est prétentieuse et d’autre part, je suis gaucher !

A lire en complément

– Mathieu Goar – « Gilles Boyer, le bras gauche d’Alain Juppé » – Le Monde – 23 décembre 2014
– Mael Thierry – « Gilles Boyer, homme de l’ombre et gagman de Juppé » – Le Nouvel Obs – 14 décembre 2014



2 commentaires sur “Gilles Boyer, conseiller d’Alain Juppé : « Twitter est indispensable pour un politique »

  1. AHOOMEY ulysse  - 

    Nous souhaitons vivement ne pas avoir a choisir entre un ancien président narcissique et un actuel président insipide. C’est pourquoi nous africains de la diaspora et de l’Afrique de l’ouest nous venons soutenir la grande sagesse de la politique française.
    Alain JUPPE sera un Président dont l’expérience doublée de sa sagesse apaisera l’opinion politique mondiale. Parce que l’image que réfléchie la France, reste encore un exemple d’excellence de toutes parts dans le monde, quoi qu’on en dise.
    Par conséquent, il serait opportun que le futur Président français s’investisse d’ors et déjà dans la réorganisation de l’Afrique francophone. Un self man made milliardaire en dollars se présente à l’élection au Bénin.
    Nous voudrions de surcroît qu’Alain juppé se mouille pour élire sans coup fourré le prochain Président au Bénin. Vous qui étiez au faîte de la diplomatie française, il vous sera possible de nous donner votre compréhension des nouveaux intérêts qui lieront désormais la France et l’Afrique.
    Nous espérons vivement que, prenant en considération la ponctualité habituelle de vos engagements aux côtés d’Alain JUPPE, il vous sera possible de donner votre accord afin que j’aille m’expliquer dans vos bureaux.
    En vous remerciant par avance de votre diligence, nous vous prions d’agréer, monsieur Boyer, nos salutations distinguées.
    Très cordialement,
    Ulysse AHOOMEY

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