Pourquoi l’affaire de la chanteuse Zaz suscite-t-elle autant de réactions ?

Dans sa dernière livraison mensuelle, le magazine Capital a révélé que des artistes français monnayaient cher leurs prestations scéniques pour le compte d’entreprises privées. Si plusieurs noms ont été dévoilés, c’est surtout la chanteuse Zaz qui n’est guère épargnée par les commentaires acides. Analyse d’un renversement d’image caractéristique de la communication de crise et de la réputation individuelle.

Il n’y a pas que les journalistes célèbres qui se livrent à l’exercice des « ménages », à savoir faire rétribuer ses services au profit d’une organisation privée et en dehors de ses activités traditionnelles. Dans son numéro paru fin décembre, le mensuel économique Capital a jeté un pavé dans la mare médiatique en expliquant que plusieurs chanteurs français donnaient des mini-concerts exclusifs pour de grandes entreprises moyennant finances et parfois dotations matérielles. L’article égrène ainsi les noms de Carla Bruni, Christophe Maé, Yannick Noah, Julien Doré et Zaz qui tous, ont reçu des émoluments en échange d’un petit tour de scène pour des invités triés sur le volet. C’est pourtant la chanteuse Zaz qui n’en finit pas de cristalliser les critiques. Pourquoi ?

Un succès fondé sur une image bien spécifique

Crédit photo Abaca

Crédit photo Abaca

Dans l’univers de la chanson française, Zaz s’est frayé un chemin tout en originalité. N’hésitant pas à combiner des influences jazzy et soul avec de la variété française et après des années de galère professionnelle, la jeune femme s’est progressivement construit une identité artistique bohême et un brin rebelle dont le climax est son énorme tube « Je Veux » en 2010. Dans cette chanson gentiment anar à la mélodie entraînante, elle clame son refus de l’aisance matérielle, de la société de consommation et de l’argent au profit d’un bonheur plus authentique et loin du mercantilisme contemporain. A cet égard, les paroles sont clairement explicites : « Donnez-moi une suite au Ritz, je n’en veux pas! Des bijoux de chez Chanel, je n’en veux pas! Donnez-moi une limousine, j’en ferais quoi? Papalapapapala. Offrez-moi du personnel, j’en ferais quoi? Un manoir à Neufchâtel, ce n’est pas pour moi. Offrez-moi la Tour Eiffel, j’en ferais quoi? Papalapapapala ».

Ce titre phare a d’ailleurs constitué la rampe de lancement de la carrière de la jeune artiste. Grâce à lui, elle enchaîne alors les shows télévisés et les concerts à guichets fermés en France comme à l’étranger. Résultat : elle empile les succès avec un premier album qui se vend à 500 000 exemplaires et devient disque de diamant. Artistiquement, c’est également le carton plein avec à la clé une Victoire de la Musique décrochée dans la foulée. Enfin, côté spectateurs, c’est la folle passion. « Je Veux » est élu chanson préférée des Français et lui vaut même d’aller chanter son tube tout en haut du Mont-Blanc. Cette dynamique ne se dément pas lorsqu’elle sort en 2013 son deuxième album « Recto Verso ». Cette fois, ça y est. Zaz joue dans la cour des grands à tel point que les médias la comparent à une nouvelle môme Piaf éprise de liberté et affranchie des codes sociaux. Désormais, Zaz occupe un territoire d’image où elle est perçue comme une rafraîchissante trublione un peu antisystème dont la tête n’a pas été chamboulée par le succès commercial

Et soudain, l’image se lézarde

Yannick Noah et Carla Bruni épargnés par la polémique (crédit photo Sipa)

Yannick Noah et Carla Bruni épargnés par la polémique (crédit photo Sipa)

Revers de toute exposition médiatique intense et soutenue : le risque potentiel du dérapage qui écorne la perception de l’opinion ou du matraquage qui lasse le public. A force d’être en permanence sous les feux de la scène, la réputation de Zaz est devenue de plus en plus scrutée, voire jalousée par certains qui s’irritent de sa réussite ou qui ne goûtent guère son univers artistique. S’il est une leçon qu’il convient de ne jamais perdre de vue lorsqu’on accède à une notoriété importante, c’est bien celle du cycle infernal des médias qui a l’art de faire et défaire des réputations au gré des modes et de la pression du public. Avant d’être aujourd’hui dans l’œil du cyclone pour son histoire de concert privé chez l’assureur Allianz, Zaz avait déjà défrayé la chronique en novembre dernier lors de la promotion de son troisième album où elle reprend des chansons traditionnelles sur Paris. Lors d’une interview, elle déclare notamment (1) : « En France, j’ai l’impression qu’on se focalise un peu trop sur les choses négatives, alors qu’à côté de ça il y a beaucoup de personnes qui réinventent la société et proposent d’autres choses. […] A Paris, sous l’occupation, il y avait une forme de légèreté. On chantait la liberté alors qu’on ne l’était pas totalement ». Le retour de bâton fut immédiat avec un bad buzz cinglant sur les réseaux sociaux où les internautes se moquaient et une presse qui stigmatisait sa culture historique défaillante.

C’est donc dans ce contexte de déboulonnage médiatique que l’affaire des concerts privés rémunérés est sortie. En soi, il n’y a pourtant rien de particulièrement choquant que des artistes élargissent la palette de leurs revenus en donnant des shows pour une entreprise ou des particuliers fortunés (tout dépend certes de l’identité du commanditaire !). Lors du mariage de sa fille en 2004, l’homme d’affaires milliardaire indien Lakshmi Mittal avait déboursé des millions de dollars pour que la chanteuse australienne Kylie Minogue divertisse ses invités. Plus récemment, le fonds d’investissement Carmignac n’avait pas reculé à la dépense pour faire monter sur la scène du théâtre de Mogador, les Rolling Stones devant un parterre de clients drastiquement sélectionnés. La pratique de Zaz n’a donc rien de déviant intrinsèquement d’autant que d’autres têtes d’affiche comme Christophe Maé, Carla Bruni ou Yannick Noah se prêtent au jeu de la même façon sans que cela ne déclenche de polémique particulière.

La disruption est à l’œuvre

Zaz - page FacebookSi Zaz se retrouve autant ciblée dans cette histoire abracadabrante de concerts exclusifs, c’est parce que l’initiative de la chanteuse ne correspond pas au registre d’image qui a fondé jusqu’à présent le succès de l’artiste. Aux yeux du public, elle est appréciée pour sa gouaille qui fait un pied de nez au système capitaliste et pour ce tube « Je Veux » qui l’incarne si bien. A Zaz, l’opinion publique ne prête guère des intentions business, ni même des considérations commerciales même si elle contribue largement par ailleurs à l’industrie du disque au même titre que ses compères chanteurs.

Du coup, le fait de chanter pendant 30 minutes pour la somme de 40 000 € au profit d’une société d’assurances, symbole même du pouvoir financier, induit une forte disruption d’image dans la perception du public et des réactions vives et choquées à l’aune de cette réputation brouillée. Sur les réseaux sociaux et même sur la page Facebook officielle de Zaz, nombreux ont été les internautes à s’émouvoir de ce décalage entre l’image réelle d’une artiste qui gère sa carrière et l’image perçue d’une chanteuse aux antipodes des besoins matériels.

Au-delà de cette polémique qui s’évaporera d’ici quelques jours (à moins qu’on apprenne que la chanteuse dispose en plus de comptes planqués dans les paradis fiscaux – humour, je précise !), l’intérêt de ce petit cas d’étude est de rappeler que la gestion d’une image publique ne tolère pas les grands écarts entre ce pour quoi vous êtes perçu et ce que vous faites véritablement. A l’heure où la transparence informationnelle est plus grande que jamais et la pression virale des médias sociaux plus exacerbée que jamais, le moindre défaut d’alignement d’une réputation peut alors engendrer une crise d’image. C’est dur à admettre, c’est même probablement excessif dans certains cas mais il convient malgré tout d’en tenir compte si une personnalité (voire une marque ou une entreprise) ne veut pas se retrouver face à une controverse qui bousille un temps donné sa réputation. Pour se dépêtrer de ce guêpier médiatique, Zaz pourrait par exemple annoncer qu’elle reverse son cachet à une association caritative. Cela aiderait à calmer le jeu et revenir dans des eaux réputationnelles plus calmes.

Sources

– (1) – « Zaz parle de la légèreté du Paris sous l’Occupation et se fait lyncher » – Staragora – 16 novembre 2014



14 commentaires sur “Pourquoi l’affaire de la chanteuse Zaz suscite-t-elle autant de réactions ?

  1. yog sototh  - 

    40 000€ pour 30 mns de concert PRIVE… Est-ce-quelqu’un qui cautionne cette « polemique » a une idee de ce que touchent les pseudos DJ’s comme Guetta, Aoki, Avici, et consorts lors de leurs prestations ?
    je ne suis pas un grand fan de la musique de Zaz, mais elle fait son chemin, c’est agreable, çà plait, et quand on lui demande de participer à un concert privé, elle le fait, sans oublier son cheque.. Et alors ??? Ces « grandes » sociétés ne se font-elles pas de l’argent sur le dos de leurs employés ?
    Zaz aurait bien tort de s’en priver en tout cas de leur argent.. 🙂

  2. Martine Lila  - 

    Être fan ok, mais d’artistes non fabriqués et non imposés.
    Quant à l’image, du baba cool, du gentil, du bon copain, sachez qu’on se tire la bourre dans le milieu du show du show show.baise et que le nerf de la guerre est le fric ( le flouz, l’oseille, les biftons, la fraîche…) il en faut automatiquement et beaucoup, et souvent pour se payer ce a quoi on est accro, alcool, drogue douce ou pas sympa du tout.
    Tout est axé sur les gros sous.
    Par contre vous devez obligatoirement être fan et acheter les nouveaux albums, même si c’est de la merde!
    m. Pokora disque de diamant pour avoir massacré les titres de Claude. François, ca en fait des lignes de coke!
    Hallyday que l’on doit tous considérer comme le boss, mais quelle horreur, au secours, par pitié, il va caner sur scène et tout le monde trouvera ca normal.
    Condamné a chanter jusqu’a ce que mort s’en suive en live, pour payer ses dettes d’impôts!
    La « star » ayant une addiction (entre autres) aux dépenses inconsidérées, on appelle ça flambeur et lui, il a eu des remises sur impôts, mais il en doit toujours, comme Yannick Noah (longtemps préféré des français) et son million dû au fisc mais tant d’autres, acteurs,politiques, personnalités, stars en carton, dont la dope principale est l’argent, beaucoup d’argent.
    J’ai personnellement pour habitude, de n’être fan de personne, surtout pas de ceux qui squattent le paysage culturel français et qui en sont la honte absolue!
    Tout ce que l’on nous vend par voix de pub est mauvais pour notre santé morale et physique. Les « artistes » a 2 balles ne valent pas plus que 2 balles….

  3. MK  - 

    En France, c’est simple tant que tu a la tête sous l’eau ça plait a tout le monde personne ne viendra voir si tu as besoin d’aides et si par malheur tu arrives a t’en sortir,on fera tout pour que tu replonge,qu’une bande de frustré jaloux …liberté ega…mon cul!

  4. Gaben  - 

    J’ai 62 ans j’habite en Bretagne J’ai travaillé tout ma vie dans le domaine du handicap j’étais en fin de carrière directeur d’un établissement accueillant des traumatisés crânien et pour la première fois j’ai envie de dire à Zaz que je la trouve différente des autres chanteurs ou chanteuse, lorsque je l’écoute elle me donne la pêche. Tout comme elle j’ai besoin de sentir les autres bien autour de moi, tout comme elle j’aime les toucher. Pour ceux qui aujourd’hui écoute un peu trop les polémiques renseignez vous un peu pour savoir ce que Zaz fait de son argent et vous serez agréablement surpris. C’est une femme au grand coeur….Bernard

  5. Dom  - 

    Article intéressant.
    Cependant, ça fait très longtemps qu’elle est dénigrée : dés que son 1er album a commencé à marcher en 2010, on commençait à montrer des vieilles vidéo (polémiques pour certains) qu’elle a fait sur l’Aveyron, sur le crash d’avion, …
    D’ailleurs certains médias reparlent même plusieurs fois de ces vidéos.
    Rien de nouveau, on lui cherche chaque fois la petite bête depuis sa réussite (hygiène, argent, …)
    Ces médias d’ailleurs ne vont sans doute pas être contents, elle va avoir droit pour la 1re fois à la tv plusieurs heures d’exposition à vivement dimanche.

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