Sarkozy & Twitter : un ratage intégral qui doit faire réfléchir les communicants

Nicolas Sarkozy est un fonceur patenté. A force de bagout sans complexe et de ficelles rhétoriques jamais loin de la ligne jaune, il s’efforce de nourrir une image d’« homme providentiel » qui aurait appris des erreurs et des échecs de son quinquennat. Pionnier dans l’art d’appliquer la communication digitale à l’univers de la politique, son chat #NSDirect sur Twitter semble pourtant avoir totalement oublié les règles fondamentales de la communication à l’aune des réseaux sociaux. Une gamelle communicante à méditer pour celles et ceux qui croient encore à la com’ de papa !

Ils n’étaient pas peu fiers les communicants de l’UMP d’annoncer la tenue d’une discussion en live sur Twitter entre Nicolas Sarkozy et les twittos français. Il n’est certes pas le premier à se frotter en direct à la verve des socionautes mais compte-tenu de l’envergure politique du personnage et de la batterie de cuisine à questions sensibles qu’il trimballe, la nouvelle avait de quoi susciter un vif intérêt. Question chiffres, l’objectif a d’ailleurs été atteint. Une heure après avoir clos sa causerie numérique, un journaliste de BFMTV évoquait un volume de 40 000 questions posées et 1,6 millions de vus. L’attractivité a effectivement été au rendez-vous puisque le hashtag consacré (#NSDirect) a été « trending topic » pendant plusieurs heures avant et pendant la rencontre live. Cette comptabilité ne saurait pourtant occulter le résultat qualitatif désastreux de l’opération. Sur Twitter, on ne s’improvise pas bateleur politique pour faire moderne et transparent.

Erreur n°1 – Ne pas tirer les leçons des erreurs passées

NSDirect - Tweet 1Nicolas Sarkozy n’est pas assez sot pour ignorer que sur Twitter (et les autres réseaux sociaux), la tenue correcte exigée n’est guère de rigueur. On est loin de l’ambiance policée des plateaux de télévision où intervieweurs et interviewés ont négocié au préalable et pied à pied les questions qui seront posées et les réponses qui seront en principe servies. Même si certains journalistes osent être plus pugnaces (on se souvient notamment de l’échange quelque peu tendu entre Nicolas Sarkozy et Laurent Delahousse sur France 2) en abordant des sujets sensibles, l’homo politicus (surtout s’il émane d’un grand parti traditionnel) ne risque guère de se fourvoyer dans les médias traditionnels.

Sur Twitter, c’est autre chose. La culture LOL est un principe premier des débats et des commentaires surtout à l’encontre des vedettes, des politiques et des figures médiatiques. La moindre boulette ou mot malheureux équivaut aussitôt à un étrillage en règle des opposants, des humoristes en tout et des anti-systèmes patentés. Ces derniers temps, Nicolas Sarkozy s’était pourtant déjà pris les pieds dans le tapis avec Twitter. Lors de la soirée électorale du 2ème tour des départementales en mars dernier, un militant UMP avait eu l’idée de retransmettre en direct via la nouvelle appli vidéo Periscope, quelques instants de l’allocution du président de l’UMP. Mal lui en avait pris. Ce fut un déchaînement de commentaires caustiques envers celui qui se voit à nouveau sous les lambris élyséens en 2017. Il y a quelques jours, ce dernier avait tenté une note culturelle en tweetant improprement le titre d’un roman de Victor Hugo. Cela généra aussitôt un hashtag #TweeteCommeSarko où chacun y est joyeusement allé de ses sarcasmes sur la culture approximative du n°1 de l’UMP.

A la lumière de ces fails flagrants, comment une équipe de communication digne de ce nom peut-elle recommander d’organiser un chat en direct en sachant que l’atmosphère est particulièrement électrisée envers Nicolas Sarkozy ? Avant même la tenue de la causerie connectée, les questions déposées par les internautes étaient majoritairement des blagues vachardes qui laissaient nettement augurer de la teneur du pugilat qui s’en est ensuivi. Nicolas Sarkozy et son staff communicant ont sans doute oublié la réalité brute de décoffrage des réseaux sociaux, tout pétris qu’ils sont de la com’ « ceinture et bretelles » si souvent en vigueur par ailleurs.

Erreur n°2 : Jouer la transparence suppose qu’on assume jusqu’au bout

NSDirect - Tweet 2Tant qu’à subir l’épreuve du feu nourri des twittos, autant faire front et tenter de défendre ses positions avec ses arguments. Nicolas Sarkozy aurait certainement pu atténuer en partie le désastre de l’opération Twitter en acceptant de répondre ouvertement aux questions virulentes et pour certaines vraiment fondées sur les affaires en cours qui le concernent. Sur ce point, ce fut l’esquive avec soit des formules fleurant bon les éléments de langage, soit le déni pur et simple comme si le sujet n’existait pas. En matière de rencontre qui se réclame du débat démocratique et ouvert, on a connu des réponses plus inspirées et structurées.

Au lieu de cela, les internautes ont eu droit à du bling-bling digital avec par exemple la championne de tennis Marion Bartoli où il fut question de la qualité de son revers ou encore l’irruption du fiston Louis qui n’avait rien trouvé de mieux que le chat Twitter de son père pour réclamer une télévision plus grande pour sa chambre. Et le paternel de répondre comme s’il s’agissait d’un aimable entretien au coin du feu crépitant, quelque part entre Gala et Point de Vue/Images du Monde. Forcément, avec une telle approche élusive, le chat Twitter ne pouvait tourner qu’au carnage avec d’un côté les militants rassasiés de leur petite dose de bréviaire officiel à distiller dans les meetings et les dîners en ville et de l’autre, les anti-Sarkozy qui s’en donnaient à cœur joie dans une surenchère à la moquerie la plus atomique.

Au final, la réputation de Nicolas Sarkozy passe pour celle d’un politique qui n’a décidément rien compris de la nouvelle donne communicante sur les réseaux sociaux. Quand on choisit de s’exposer, on s’assure a minima d’avoir des cartouches rhétoriques autrement plus convaincantes et on écoute son écosystème plutôt que filtrer et ne répondre qu’au questionnaire qui arrange. Il est bien loin le temps où Nicolas Sarkozy caracolait loin devant en termes de communication digitale. Une leçon qui doit servir de contre-exemple à tous les communicants poussant leurs dirigeants sur les réseaux sociaux juste pour faire moderne !



3 commentaires sur “Sarkozy & Twitter : un ratage intégral qui doit faire réfléchir les communicants

  1. Olivier Luisetti  - 

    Bel exploit et surtout du courage. Aujourd’hui, il est impossible de lancer un quelconque débat sur les réseaux sociaux, sans que certains trolls se croient dans une cour de récréation ou au cirque. Il faut juste s’y habituer. L’essentiel est sauf, ceux qui voulaient échanger, poser des questions, y répondre, ceux qui voulaient enrichir le débat pouvaient aussi y compris ceux qui voulaient tourner le débat en ridicule mais n’y sont pas pas parvenus. Au juste, ont ils fini par être ridicule eux mêmes, surtout que ce serait drôle de voir un #FHDirect ou autre personnalité politique ou public d’avoir ce courage.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Vous y voyez du courage parce que vous êtes probablement militant pro-Sarkozy. J’y vois surtout de l’inconscience. Au-delà des trolls qui sont venus pourrir la TL (et c’est avant tout cela qui a été retenu en priorité – où est le bénéfice pour NS ?), l’échange a quand été bas de plafond. C’était prévisible. En 140 caractères et quelques secondes, on ne peut pas faire du débat intelligent. On fait juste du buzz. La seule différence entre Sarkozy et d’autres qui se sont aventurés dans le chat live (Juppé, Le Maire par exemple), c’est que Sarkozy cristallise tellement de sentiments négatifs et/ou au contraire dogmatiques. Dans ce contexte, il est impossible de tenir un débat constructif et informatif. Au final, personne n’y gagne et surtout pas le supposé héros de cette causerie ridicule …

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