Twitter : A quoi joue exactement Christophe Ginisty, un certain expert en réputation et influence digitale ?

C’est une bien étrange affaire sur laquelle je suis tombé par hasard depuis le 3 novembre. Elle concerne un blogueur de longue date du nom de Christophe Ginisty. Verve haute et tweet volontiers tacleur, ce dernier enregistre ces derniers temps une activité extrêmement bizarre sur son compte Twitter. De 4599 followers en date du 15 octobre 2014, celui progresse invariablement chaque jour à raison de 552 nouveaux abonnés pour culminer désormais à 15 636 followers au 4 novembre. L’analyse de ces enthousiastes comptes souscripteurs soulève pourtant d’intrigantes questions. Récapitulatif des faits.

Depuis de nombreuses années, l’homme sévit dans le milieu du Web et de la communication. Au-delà de son blog sur les relations publics où il distille ses vues parfois mortifères sur le métier, le personnage est multicartes. Co-fondateur de l’agence Rumeur Publique puis passé ensuite chez Edelman, il a finalement fondé début 2013 une nouvelle structure baptisée Open Agency. C’est à cette occasion que nos routes se sont croisées puis prestement séparées. Pratiquer le personnage est un exercice intéressant en matière de nature humaine. D’un côté, il y a le bateleur intelligent qui professe des analyses pas forcément inintéressantes et même séduisantes. De l’autre, il y a un type qui ne s’embarrasse guère de manières dans sa façon d’interagir avec les autres, voire de capitaliser habilement sur des bonnes volontés et des idées glanées.

Nécessaire préambule

CG twitter counter 1Pour autant, les lignes qui vont suivre ne sont ni un règlement de comptes personnels, encore moins une tentative de torpillage de la 3ème conférence Reputation War qui a lieu en janvier prochain à Paris. Conférence que cet expert organise désormais en solo depuis 2014 (la première ayant été montée avec le concours du Syntec RP et d’autres contributeurs). Elles découlent juste d’observations faites au départ par le plus grand des hasards au gré de ma navigation sur le Web social. Même si j’avais souhaité prendre mes distances professionnelles en janvier 2014 d’avec l’individu, je continuais à suivre ses actualités et ses contenus à travers ses divers comptes sociaux et notamment Twitter. C’est précisément l’activité fébrile bizarre autour de ce profil qui m’a interpelé le 3 novembre.

En remontant le fil des gens que je suis sur Twitter, je remarque en effet que le compte de Christophe Ginisty s’est sacrément emballé en termes d’abonnés. Sur le coup, je me demande quel événement ou déclaration fracassante aurait pu entraîner un tel afflux massif de followers. Après tout, certains comme l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton ou le nouveau PDG de Microsoft, Satya Nadella parviennent à coaguler des dizaines de milliers de nouveaux abonnés sur une très courte période même sans émettre de tweet spécifique. L’influence numérique ne se commande pas si on dispose d’un magnétisme réputationnel sans faille, non ?

Je regarde donc le profil de ces nouveaux abonnés. Très rapidement, je suis interloqué par l’amas de profils bidons dotés de noms ésotériques et de surcroît à l’activité particulièrement faible, voire totalement inexistante. Or, plus on scrolle en remontant dans le temps, plus on tombe sur des comptes qui ne ressemblent à rien. Il suffit de faire l’exercice soi-même pour s’en convaincre. Déconcerté par cette trouvaille, je décide de croiser ce constat avec quelques outils d’analyse tant cette inflation m’apparaît saugrenue.

Le verdict des outils

CG social bakersSur les conseils d’amis experts en activisme numérique, je passe le compte Twitter au scan de deux outils réputés : Social Bakers et Twitter Audit. Disponibles en version gratuite, ces services en ligne permettent de scruter l’état d’un profil Twitter tant au niveau de son activité que de son portefeuille d’abonnés. Quelle n’est pas ma surprise à la lecture des résultats !

Pour Social Bakers, le compte recèle 89% de followers suspects ou vides ! En ce qui concerne le verdict de Twitter Audit, celui-ci confirme de manière encore plus crue les chiffres avec … 14 672 « fakes » et 936 réels ! De quoi rester scotché devant un pareil grand écart de la part de quelqu’un qui écrivait sur son blog pas plus tard qu’en mars dernier : « La réputation est un miroir qui reflète une image construite à partir de ce que le public a compris de vous ». A condition d’avoir un vrai public, non ?

Comme ces anomalies détectées vont complètement à l’encontre de la ligne professée par son auteur, je décide par conséquent de tweeter l’objet de ma découverte. L’impétrant me contacte alors promptement sur Twitter dans les minutes qui suivent (les échanges sont encore en ligne – du moins pour l’instant !). Il me dit en substance ne pas comprendre mais réfute immédiatement tout achat de fans qui aurait été effectué. Bien que je sois moyennement convaincu, je m’en tiens néanmoins à cette assertion.

Bis repetita

CG twitter auditIntrigué malgré tout, je jette un œil sur l’évolution du dit compte Twitter dès le lendemain soir. La spirale inflationniste perdure et les comptes exotiques s’agrègent toujours autant. J’interpelle à nouveau le titulaire de façon nettement plus ironique. Pour quelqu’un qui dispense des formations en réputation digitale, je suis abasourdi par le peu d’empressement à rectifier les bizarreries qui polluent son profil. La réplique ne tarde guère avec comme argument à l’appui : c’est un piratage ! Comme j’ai franchement du mal à souscrire à la version donnée, l’expert tweete alors publiquement que j’œuvre pour lui nuire, que je suis le bras armé d’un autre acteur de la com (mon patron actuel en l’occurrence) et qu’on tire injustement sur sa personne. L’échange en DM est du même acabit.

Furieux qu’on lui objecte des faits qui exigent pourtant réaction et explication, Christophe Ginisty se désabonne illico de mes profils sur Twitter et Facebook. Sans doute pour me signifier encore mieux son ire d’expert piqué au vif dans l’image d’influenceur qu’il s’échine désormais à construire dans divers pays comme l’Egypte, l’Albanie, le Kazakhstan et d’autres riantes contrées où un compte Twitter musculeux impressionne sûrement les interlocuteurs et clients potentiels.

Et maintenant ?

CG followersEtant moi aussi têtu et voulant surtout comprendre (je n’ai pas été journaliste pour rien !), j’ai continué à mettre sous observation ce fameux compte. Depuis le 4 novembre, en dépit du piratage que Christophe Ginisty invoque, celui-ci n’a pourtant effectué aucun nettoyage de profils bizarroïdes. Cette façon de jouer la montre n’est pas forcément « idiote » puisqu’avec le temps, de nouveaux abonnés (cette fois bien réels) arrivent. En nettement moindre quantité certes ! Mais grâce à cette sédimentation digitale, les comptes farfelus reculent progressivement et deviennent ainsi moins aisément détectables pour celui ou celle qui fait défiler le profil des abonnés du compte. Il n’empêche que l’inaction du titulaire du compte a de quoi laisser pantois. Si de piratage, il s’agit véritablement, pourquoi demeurer autant laxiste et ne pas corriger les anomalies ?

Autre observation intéressante à souligner : l’afflux massif de comptes exotiques a cessé depuis … le 4 novembre ! Oui, le jour même de l’échange houleux que j’ai eu avec le docteur es réputation. Ce constat m’est fourni par un autre outil : Twitter Counter. A la date du 4 novembre, la popularité du compte s’évapore et se fige à 15 636 ! De la courbe d’audience tirée du compte, une autre constatation ressort. Entre le 15 octobre, départ de la soudaine augmentation de followers et le 4 novembre qui marque l’interruption, le compte Twitter gagnait chaque jour 552 abonnés. Une régularité de métronome mathématique qui a là aussi de quoi susciter beaucoup de questions. Rarement, l’évolution de l’influence d’un compte Twitter aura été aussi linéaire dans le temps. Ceci d’autant plus que le taux d’interaction du compte n’est en plus pas énorme (très peu de RT émanant de tiers, peu de favoris également et peu de conversation – pour en savoir plus, utiliser l’outil Twittonomy).

Que penser au final de cette histoire ? Il est évident que l’auteur n’admettra jamais rien d’illicite ou borderline. Ce serait alors tuer sa réputation d’expert en influence numérique. Cependant, sa réaction rappelle étrangement l’affaire de cet obscur et sulfureux conseiller de François Hollande, Faouzi Lamdaoui dont le compte Twitter avait aussi connu des envolées dignes de pics boursiers en folie. J’ai tenu à publier ce billet pour partager les interrogations qui perdurent. Si un tel aléa m’était arrivé, j’aurais immédiatement alerté ma communauté digitale des faits anormaux se produisant et j’aurais aussitôt purgé mon compte de ces indélicats abonnés qui ne riment à rien plutôt que laisser ces « squatters » polluer une réputation digitale. Alors pourquoi ne pas en faire autant lorsqu’on est quelqu’un se voulant en vue dans l’univers de la réputation numérique ? Je ne comprends toujours pas.

 

 



30 commentaires sur “Twitter : A quoi joue exactement Christophe Ginisty, un certain expert en réputation et influence digitale ?

  1. Mélanie Rigault  - 

    Bonjour
    Je réagis très tardivement, vu la date de ce billet … mais je souhaite simplement ajouter à ces échanges que j’ai travaillé gratuitement pour Mr. Ginisty en 2014. Je démarrais mon activité, il m’a proposé une mission que j’ai effectuée et je vous passe le détail sur les promesses, la phobie comptable de Mr Ginisty etc qui font qu’il ne m’a jamais payé au nom de Open Agency. Au final, il m’a annoncé avoir liquidé sa société et m’a proposé un arrangement à l’amiable en m’offrant une place pour la Réputation War. Ce qui était loin de couvrir le montant de la mission sur lequel on s’était mis d’accord. J’ai laissé tomber. Je ne souhaite plus collaborer avec cet homme qui semble oublier que la confiance est le socle des relations professionnelles.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Merci pour votre témoignage
      Malheureusement ce que vous racontez et déplorez s’est produit maintes et maintes fois avec cet individu. Qui continue étonnamment de sévir et de faire croire qu’il est un grand influenceur. Si vous saviez le nombre de témoins recueillis au fil de son parcours pro … ce type est à éloigner de toute urgence en dépit de ses grandiloquentes mains sur le coeur

  2. Cyril roger  - 

    Bonsoir Olivier,
    Je tombe sur votre article à la suite d’une réflexion personnelle qui me faisait dire que les blogueurs n’existaient plus. Donc en cherchant sur les blogs que je connais, je suis tombé sur votre billet.
    J’ai connu Christophe Ginisty quand il était étudiant en droit à Sceaux, j’ai suivi le montage de Rumeur Publique au sein de l’entreprise de son frère.
    Et ce que je sais me fais dire que oui il a acheté des followers ce qui lui permet, entre autre, de dire qu’il n’est pas au chômage mais qu’il vous a accueilli en tant que chômeur.

    L’identité que je fournis est fausse car je suis très proche d’amis de cet escroc.

  3. Steeve  - 

    excellent article, très bien écrit.
    Je ne connaissais pas ce blog, merci Fred.
    Pour info, le commentaire complet de Fred qui s’est retrouvé coupé : http://cafeine.tv/page/5885/usages–contenus-et–cyber-culture-du-web-social/culture-et-internet/passions-tristes-et-medias-sociaux

    Ce que je vois ici c’est l’histoire d’un type qui fait des erreurs et qui au lieu d’admettre qu’être tenté de faire le beau, et se laisser aller aux sirènes du bling bling est humain et que de faire preuve de vulnérabilité est en même temps nécessaire pour avancer et grandir de manière authentique dirons-nous, il perdure dans la démarche, persiste et signe.
    Comme tant d’autres font, comme je l’ai (le) fait parfois.
    Si dénoncer un abus ou une injustice est quelque chose de nécessaire, lutter contre ne fait qu’affaiblir celui qui lutte.

    Si lutter contre quelque chose affaiblit, alors laissons nous porter par d’autres pratiques en tirant les leçons de ce qui ne va pas et devenir simplement et authentiquement nous-même.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Bonjour Steeve

      Merci pour vos appréciations sympas. Je vous rejoins globalement et c’est d’ailleurs ce que je venais d’écrire à Frédéric. J’ai taclé Ginisty car au-delà des faux fans achetés, il y a un faisceau de choses pas jolies jolies émanant de cette personne qui nécessitait que certaines choses soient dites et sues publiquement. Maintenant, je n’ai pas l’intention de mener une croisade contre cet individu. J’ai autre chose à faire de ma vie et mon énergie que ferrailler avec un sophiste tellement auto-convaincu de la vérité qu’il se fabrique, que cela serait vain et inutile.
      Je suis passé à autre chose

      Merci en tout cas pour votre lecture !

    2. Frédéric Bascuñana  - 

      Steeve,
      Tu es depuis des années que je te croise sur les blogs et autres espaces de liberté, une toujours aussi belle personne, soucieux du sort des autres et en quête d’authenticité.
      Je suis ravi que tu fasses connaissance de la plume d’Olivier, dont je n’ai moi-même découvert que trop tardivement la pertinence. Ravi que la passion pour certaines causes communes nous rapprochent tous 😉

      Je continue de placer tous mes espoirs dans cette idée que le digital va contribuer à l’élévation générale du niveau de conscience :-))

  4. Frédéric BASCUÑANA  - 

    (le commentaire précédent est parti trop tôt, je dois taper sur mon clavier avec des moufles, manifestement)

    je disais donc que je découvre à la fois ta prose au cordeau, Olivier (et je me sens presque honteux de ne la découvrir que si tard), et cette enquête rondement menée sur le profil Twitter de Christophe.

    J’ai connu Christophe de façon purement mondaine et superficielle, je l’ai écouté, non, pardon, jai bu ses paroles lors d’une excellente conférence il y a quelques années et me suis empressé d’aller le féliciter puis je l’ai invité dans nos studios TV en plateaux-débats.

    Je ne puis que souligner sa courtoisie et, parce que cela me semble représenter ici un intérêt, ce qu’il m’a semblé être son absence totale de tendance à la flagornerie ou à n’importe quel type de démonstrations opportunistes, comme j’en subis tant (probablement comme toi Olivier depuis que ton blog peut faire et défaire des réputations), et bref, si les faits sont aussi implacables qu’il paraît, je suis sincèrement attristé de voir Christophe déraper dans cette forme de course aux suffrages : je crois que son aveu le plus intéressant, et de loin, réside dans son billet Facebook : « le web social n’est qu’une comédie planétaire ». Parce que je crois qu’en effet, à la longue, cette numérisation des relations humaines révèle leur propre indigence, et conduit à une certaine forme de nihilisme quiconque tente d’en vivre dans le bruit ambiant: puisque rien n’a de sens et que ceci n’est qu’une comédie, donnons le change.

    Perso, j’ai fait le choix d’être transparent jusque dans mes moments de bêtise : le droit à l’oubli est immanent à ces torrents d’information qui de toute façon, même après vous avoir piégé, vous ensevelissent dans le flux incessant. Tu le sais bien Olivier, un jour je t’ai posé un lapin, j’étais en proie à toutes sortes de soucis perso qui par-dessus le marché m’ont fait réagir de façon pour le moins, non appropriée au légitime reproche que m’a adressé un intervenant du plateau organisé chez moi que j’ai loupé (sic), et finalement, pour ceux qui m’ont connu sous cet angle unique, je ne fus officiellement qu’un gros con.

    Quoiqu’il en soit je vois là un parallèle saisissant avec les réflexions de Spinoza, que j’ai relu par hasard en mode détente pendant les fêtes.

    Je me suis quelque peu affranchi de mes propres craintes « réputationnelles » en me rappelant que nos ne souffrions le plus souvent que de la comparaison que nous nous infligeons, comme une constante propension à la passion triste, avec les autres.

    Or toute la dynamique des réseaux sociaux est une expérience phénoménologique du même ordre, et particulièrement éprouvante pour la conscience : une constante épreuve de la comparaison, de la mesure, du besoin de prendre position dans un contexte où l’émulation, dans ce qu’elle a de sain, flirte et se compromet avec la vanité du quant-à-soi que traduit souvent la compétition du nombre de suffrages et de followers.

    Il est ainsi démontré en filigrane de ce passionnant et néanmoins déprimant billet, que la construction du moi numérique gagnerait à puiser quelque racine dans la construction de soi telle que la pratiquaient nous vieux maîtres à penser.

    Nous avons beaucoup gagné en hyper connexion, nos fautes sont immédiatement visibles, et le haro de la place publique est remplacé par le lynchage (ou l’autodafé, c’est selon) numérique. Je n’ai que le maigre espoir que cette pression digitale nous oblige à progresser plus vite vers une forme d’élévation générale du niveau de conscience, qui sait.

    Remarque sur certains commentaires non documentés : je sais bien pour avoir moi-même un peu bloqué qu’on ne peut censurer le moindre commentaire une fois la machine emballée. Mais si le billet est factuel, je me permets d’ajouter que certains commentaires participent d’une mise à mort dont l’intention n’est pas forcément de bon aloi. De même qu’on est toujours le con d’un autre, tout chef d’entreprise est toujours l’escroc d’un frustré. En cas de faux pas, les causes et les motifs se mélangent opportunément. J’en ai fait les frais récemment : en panne de tréso dans ma boîte, j’ai proposé un troc à un vidéaste (qui me semblait, à plus de cinquante ans, mature et rassurant) : du temps de mon studio équipé pour un de ces clients contre du temps de sa réalisation pour un des miens. D’habitude cet échange fonctionne bien ente gens du même métier. 2 mois plus tard il estime que l’échange lui a été défavorable et me réclame de l’argent contre un chantage numérique : Frédéric, si tu ne t’exécutes pas, je dirais à la Terre entière que ta boîte a traversé des problèmes de trésorerie. Ce qui en droit français est une tentative d’extorsion de fonds, est peut-être pour mon cloporte une action de plein droit. Nos us et coutumes ne nous ont guère portés, tout sautant que nous sommes, à savoir parler la même « raison »: nous nous entre-déchirons sur des arguments subjectifs mais toutes nos démonstrations sont une prétention à la plus parfaite objectivité. Et pour terminer, ce que je veux pointer là, c’est que même les colosses de nos jours ont des pieds d’argile numérique : nous sommes désormais tous condamnés à devoir vivre avec l’Epée de Damoclès du chantage numérique, dans tous les domaines de nos vies.

    Dans le doute j’ai donc décidé en ce qui me concerne d’être transparent, de tout avouer, de ne rien cacher, de le faire même avec un certain masochisme au besoin, parce que je désamorce en amont tout ce qui, plus tard en aval, pourrait ressembler à une justification. Il est quasiment impossible de me piéger puisque je me contrefous de ladite « comédie planétaire » : je lui préfère le petit drame métaphysique sous-jacent qui se trame, celui où où l’on caresse parfois un peu d’authenticité humaine.

    Si donc Olivier l’une de tes motivations consiste à faire tomber les masques, sans forcément vouloir jouer les redresseurs de torts, simplement pour qu’un peu de sincérité éclaire parfois nos sorts misérables, tu peux compter sur mon aide – enfin, je te l’offre au cas improbable où tu puisses en avoir un besoin constructif.

    Mais rester vrai en ce bas monde est en soi un acte de résistance qui finit par coûter beaucoup d’ennemis : j’en ai personnellement fait les frais, toute ascension aussi modeste soit-elle étant systématiquement suivie d’une redescente, et je me remets tout doucement d’une grande fatigue en la matière, qui s’est étalée sur 4 années de décrochage. Je suis certes désormais tellement plus fort que ce qui ne m’a pas abattu, cela va de soi. Mais la transposition de nos rivalités dans le numérique va jusqu’au bout de sa logique amplificatrice : il y a un jour où, fatalement, les blessés qu’on laisse sur la route reviennent, ils conservent une mémoire douloureuse de leurs bashings, et ils agissent plus tard, quand tu es affaibli. Il faut s’y préparer. L’avenir est aux alliances qui durent.

    Bien à toi et merci pour tes lumières et ce blog de très haute facture.

    (et sorry pour la longueur du commentaire, qui n’est plus un commentaire mais un billet que je vais de fait publier chez moi comme tel, en mentionnant ta démarche stimulante)

    1. Olivier Cimelière  - 

      Bonjour Frédéric

      D’abord ravi de te recroiser à travers ce blog. C’est vrai que notre dernier échange avait été un peu rugueux mais je peux te rassurer. Cela est oublié et n’avait au final guère d’importance.

      Merci pour tes longues et riches réflexions. Tu soulèves des points effectivement cruciaux. Surtout depuis que le digital exacerbe et met plus en lumière ce qui a finalement toujours constitué l’essence du comportement humain. Simplement, les choses se voient plus aujourd’hui. Les egos sont également plus avides de reconnaissance puisque chacun peut désormais être son propre média et dire ce qu’il a à dire …

      En ce qui concerne Ginisty, mon objectif n’était pas de me transformer en redresseur de torts. Je n’en ai ni l’envie, ni l’énergie. C’est très rare que je sorte ainsi du bois pour dire aussi crûment certaines réalités consternantes concernant des individus que je connais personnellement (et que j’ai pratiqués professionnellement). Cet achat de faux fans sur lequel je suis incidemment tombé, n’a été en fait que la goutte d’eau d’un constat que j’ai été amené à faire à propos de ce personnage (ses pratiques professionnelles très contestables, sa façon de « collaborer » avec les autres et j’en passe). Face à un type qui se prétend expert et détenteur d’une certaine éthique, j’ai eu un haut-le-coeur en voyant cette triche digitale. D’où mon billet sans concessions. Maintenant, l’histoire est close pour moi. Je laisse ce mec à ses turpitudes et ses incohérences. Du moment qu’il sévit loin de moi.

      Pour le reste, je ne transformerai pas mon blog en canal de dénonciation même si je m’autorise évidemment à défendre des convictions fortes sur notre métier et notre environnement. Depuis 5 ans que je pratique l’exercice, je dois avouer que j’ai parfois l’envie d’abandonner tant ce qu’on y trouve quelquefois est violent, binaire et insultant. J’ai fait ce blog parce que j’aime écrire, confronter des idées et rencontrer des gens intéressés par les mêmes sujets que moi. Pourtant, j’ai parfois le vertige devant cette course à la notoriété, cet onanisme numérique qui tourne sur lui-même. Cela existait déjà dans les médias traditionnels mais cela concernait moins de personnes. Aujourd’hui, c’est le déversoir et la chambre d’écho pas toujours reluisante.

      Les outils ne sont pas en cause mais plutôt les usages que d’aucuns en font abusivement. C’est ainsi. Pour l’instant, je poursuis ce blog car c’est une passion et pas un tremplin pour m’ériger plus haut, plus fort ou plus puissant que les autres. C’est juste une voix qui souhaite dire et partager. Une voix qui se fait mordante quand certaines dérives sont franchement exaspérantes mais en aucun cas, je ne veux tomber dans le règlement de comptes ou le pugilat.

      Comme toi, j’ai pris des coups. Et des sévères et particulièrement vils. Je n’oublie pas mais je préfère tailler ma route sans perdre mon temps avec ces débats sans fin. Encore une fois, cela n’exclut pas que je prenne position ou que j’apporte soutien et engagement pour certaines choses. Je ne suis pas du genre à esquiver. Mais ce blog n’est pas pour autant une arme de combat contre je ne sais quoi. Si jamais cela devenait ce genre de choses, il serait temps pour moi de le fermer !

      Merci en tout cas pour ces éclairages et continuons de bâtir et essayer de faire avancer les mentalités sur le numérique et les nouveaux enjeux. Rien que pour cela, c’est déjà un challenge énorme en soi !

      Amicalement

      1. Frédéric Bascuñana  - 

        Tu as en tout cas très bien agi, perso j’ai constamment été convaincu à ta lecture que :

        1) faut surtout pas que t’arrête hein 😉 car ENFIN une très belle plume dans la comm’, qui ne recherche pas le slogan mais qui avance en penseur séminal ;

        2) tu n’a jamais arboré le style du redresseur de torts, plutôt comme un investigateur structurant, du tort des autres ; et nous avons partagé ce que je j’appellerais volontiers ton sincère désarroi : si tangible, face à des pratiques qui finalement décrédibilisent notre profession. oeuvre de salubrité publique donc.

        3) tu as été courageux, car il en faut beaucoup de la conviction aussi, pour sortir du bois comme tu dis, et s’engager sur le chemin de cette quête de rigueur.

        Pour finir, pas mal, « onanisme numérique », je dirais que parfois, même l’onanisme peut être agréable quand c’est bien fait 😉

  5. Frédéric BASCUÑANA  - 

    (ah flûte le précédent commentaire est parti par inadvertance, je tape sur mon clavier avec des moufles parfois)

    … j’ai donc à la fois le plaisir de découvrir ta prose au cordeau cher Olivier, dont je suis déjà fan, et de constater la chute numérique de Christophe, un camarade numérique sur lequel je n’avais pas vraiment d’avis (personnel) si c n’est que j’avais littéralement bu ses paroles dans une excellentes conférence il y a quelques années, au point de m’empresser à la féliciter à la fin et de l’inviter sur des plateaux techtoc.tv. Je l’ai parfois trouvé distant, mais j’envisageais cette distance comme une immense qualité chez lui : l’absence d’hypocrisie et un soin particulier dans notre micro relation, à ne jamais se montrer trop démonstratif ni trop flagorneur. J’ai donc beaucoup de mal à le percevoir comme manipulateur, et tout autant à assister à une telle erreur de jugement. Comme je le disais, j’ai moi-même eu mon lot de pha

    Pendant ces vacances

  6. Frédéric BASCUÑANA  - 

    Je ne vois là que passions tristes et une belle dose de détresse humaine !
    Mais quel débat passionnant Olivier !
    (pardon d’arriver un peu tardivement, voire longtemps après la tempête, la sérendipité est toujours aussi surprenante)

    J’ai moi-même eu de très mauvaises phases, connu un tel stress économique qu’il est plus que probable que j’ai eu ma belle part d’erreurs et de bêtise (mais ça, on ne se l’avoue à soi-même que quelques mois plus tard, en mûrissant – et cela prend parfois des années ;-))

    Ceci étant dit pour m’assurer de ne pas paraître donneur de leçons, j’ai à la fois le plaisir de découvrir ta prose

  7. Jérôme  - 

    Cherchant à comprendre la situation dans laquelle M Ginistry s’est placé et à la lecture de sa réponse (merci de l’avoir capturé et ci dessus!), je ne peux que partager pleinement la pertinence de votre article sur des bases factuelles et considérer la communication de M Ginistry comme très amateur, ou malhonnête. Je lui laisse le bénéfice du doute.

    – Il a ignoré la détection du pourcentage de faux followers que vous lui aviez pourtant signalé par tweet (depuis quand le nombre de folower augmente t-il de façon très arithmétique et linéaire lorsqu’un compte se fait pirater?) La théorie du complot voudrait que ce soit un concurrent qui lui ait piraté son compte pour mieux le dénoncer! Ayant twitté depuis, il semble cependant être redevenu maitre de son petit oiseau bleu et pourrait faire le ménage des désordres dont il se prétend être la victime.

    – Il utilise son compte Facebook (compte d’ailleurs inaccessible a l’heure actuelle… peut être-ce un autre piratage) pour répondre à ce billet, au lieu d’utiliser son propre blog et répondre sur des bases factuelles.

    J’attendais en effet une réaction sur Twitter (y compris un lien depuis Twitter vers sa page Facebook, c’est en revenant sur ce blog que je la découvre. Il semble que seul ses amis Facebook aient le droit et la possibilité de le lire au sujet de Twitter… message brouillé, voire très peu audible)…

    …plutôt que de sortir les violons et chercher à nous (ses amis facebook dont je ne suis pas) faire verser une larme sur son pauvre sort, jouer sur l’émotion et la soi-disant cruauté de la situation dont il est la victime.

    En communication de crise, on parle de stratégie de victimisation, soit une tentative de renversement d’une posture de coupable en celle de victime par la mise en avant de la souffrance ressentie face aux accusations.

    Quand en plus on parcours les commentaires ci dessus, le faisceau d’indices ne laisse plus beaucoup de place à la l’intégrité. La polémique occasionnée récemment à l’occasion d’un reportage d’Envoyé Spécial au sujet des comptes Facebook et Twitter qui gonflent leur nombre de fans en achetant de faux abonnés a bien mal inspiré ce « Reputation & Crisis communication expert ».

    Au plaisir de continuer de lire vos billets.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Bonjour

      Merci pour votre observation implacable. J’aurais également aimé avoir un échange sur Twitter ou autre plateforme où chacun pouvait avancer ses explications. Malheureusement, c’est le pathos opportuniste et la victimisation vue et revue qui ont surtout été servis. Dommage

      En attendant, le compte n’a toujours pas été nettoyé de ses abonnés « fake » ! Pour quelqu’un qui a été piraté, cela n’a pas l’air de le perturber plus que cela !

  8. Magali  - 

    On peut dire que s’il essaie de s »‘exporter », il a peut être une raison valable d’acheter vu – comment dans d’autres pays si on n’a pas 20k followers on n’est rien. Ce qui serait super classe de sa part, ce serait de l’admettre en expliquant pourquoi. Ce serait un cours de maîtrise internationale des usages de la e-réputation.
    Moi, ce qui m’etonne plus c’est que des médias référents sur le web aient recours aux mêmes types de pratiques avec entre 60 et 80% de followers fake alors qu’ils sont connus, reconnus et n’ont pas besoin de ça. Faites le test vous serez surpris…

    1. Olivier Cimelière  - 

      Bonjour

      Je vous confirme que la personne en question dans mon billet est loin d’être la seule à nier l’achat de followers tout en bénéficiant de poussées soudaines d’abonnements ! Des médias s’y livrent effectivement mais aussi des agences de pub (Fred & Farid par exemple) ou encore des politiques pourtant connus (Comme Nadine Morano). Quelles sont leurs motivations exactes dans cette folle course à l’ego numérique ? Difficile de répondre à leur place … Toujours est-il que cette pratique est vaine (car vite éventée un jour ou l’autre) et surtout bien peu éthique. Surtout venant de la part de professionnels de la communication censés incarner le côté vertueux du métier … Ginisty sera loin d’être le dernier à tripatouiller et clamer main sur le coeur que c’est du piratage ! Un argument qu’il affectionne a priori puisqu’il l’avait déjà dégainé en 2009/2010 lorsqu’il était suspecté par le MODEM d’être le blogueur « chevalier orange » se répandant anonymement en sarcasmes et fiel divers ! On ne se refait pas !!!

      1. Olivier  - 

        Effectivement, tout le monde se livre à l’achat de followers. J’avais déjà fait ce triste constat durant la coupe du monde 2014 vis-à-vis des joueurs belges de foot. Dans leur cas, j’ose imaginer que ce sont des agences peu scrupuleuses de l’éthique qui s’occupent des profils Twitter des joueurs. Et elles ont, par ailleurs, trouvé le moment opportun pour réaliser ces achats. Loin de moi l’idée de cautionner mais autant le faire à des moments appropriés.

        Ici, tous les symptômes énoncés ci-dessus m’amènent à penser que c’est un acte délibéré d’achat de fake followers. Méthode peu orthodoxe pour quelqu’un qui prétend être expert en matière d’e-reputation. C’est bien dommage car le retour de flammes en sera d’autant plus résonnant.

        Quoiqu’il en soit, je suis bien content d’avoir lu cet article parce que pour moi, étant étudiant en RP, la transparence est une valeur primordiale.

        Merci pour votre travail !

        1. Olivier Cimelière  - 

          Merci pour votre commentaire
          Effectivement, l’achat de fans est une pratique malheureusement répandue. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la flopée de sites proposant de gonfler artificiellement des pages Facebook, comptes Twitter, etc …
          Ca devient encore plus préoccupant lorsque ce type de dérives émane de personnes dont la profession est le conseil en communication. Un peu comme si un médecin proposait à son patient de se doper pour améliorer ses performances !

  9. alleaume celine  - 

    Bonjour,

    Merci pour ces eclairages fort interessants sur ce personnage malhonnete.

    Je me tiens a votre disposition pour vous raconter en detail ce qui m a conduit a entamer un proces en correctionnelle contre cet odieux personnage que rien arrete, et surtout pas l’indignite.

    Bien a vous,
    Celine

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