Warren Buffett : 530 000 followers sur Twitter pour … rien ?

C’est un article de l’excellent site américain Social Media Today qui m’a mis la puce à l’oreille. Milliardaire et philanthrope américain très influent, Warren Buffett a ouvert un compte Twitter officiel le 2 mai 2013. Avec un succès foudroyant : plus de 530 000 abonnés suivent à ce jour ce financier hors pair aux déclarations volontiers transgressives à l’égard de l’argent qu’il possède pourtant en masse. Problème : le fil reste quasiment muet depuis qu’il est actif. Comment un décideur de son envergure peut-il se priver d’une telle chambre d’écho ?

Un candidat pourtant parfait

Bon client régulier des médias
Bon client régulier des médias

Ce n’est un scoop pour personne. Twitter est aujourd’hui devenu un espace d’expression capital dans la gestion de la réputation des leaders d’opinion et des influenceurs contemporains. Voir par conséquent Warren Buffett créer un compte à son nom et certifié par Twitter relevait même de l’évidence cristalline. Lui qui a bâti sa fortune sur des investissements financiers privilégiant souvent le long terme pour préserver un rendement présent, avait d’ailleurs tiré une analogie de sa stratégie financière au sujet de la réputation des personnalités publiques : « Il faut 20 ans pour bâtir une réputation et 5 minutes pour la ruiner. Si vous pensez à cela, vous ferez les choses différemment ».

Le fait de poser un pied sur Twitter semblait donc découler de cette logique réputationnelle que les médias sociaux peuvent quelquefois mettre à mal en une seule volée cinglante de tweets. La décision de Warren Buffet de se doter d’un compte Twitter allait de surcroît dans le droit fil des apparitions publiques dont le 4ème milliardaire mondial (selon le classement Forbes de 2013) est coutumier. Tout en étant un redoutable homme d’affaires, Warren Buffett a toujours cultivé une posture bien particulière à l’égard de l’argent. Outre un style de vie frugal dans une simple maison au fin fond du Nebraska et une rémunération plutôt chiche pour un homme dont la Fondation personnelle brasse des milliards, l’homme actuellement âgé de 81 ans n’est pas avare en paroles fortes et un brin disruptives sur l’inépuisable thème des richesses et de la monnaie !

En mai 2005, interrogé sur le creusement des inégalités dans le monde, il déclare tout de go sur la chaîne CNN : « Il y a une guerre des classes où ma classe gagne de plus en plus alors qu’elle ne le devrait pas. Nous ne nous sommes jamais aussi bien portés ». En novembre 2012, alors que l’économie américaine est chancelante, il récidive avec un virulent éditorial dans le New York Times où il réclame purement et simplement l’instauration d’une taxe de 30% pour les revenus supérieurs à 1 million de dollars et 35% au-delà de 10 millions de dollars. De la part d’un leader habitué à faire valoir ouvertement ses opinions progressistes dans une Amérique toujours perfusée au culte du dieu dollar, il y avait donc matière à s’attendre sur Twitter à quelques formules bien senties en 140 caractères.

Buffet aux abonnés absents

Tweet effacé au bout de quelques jours !
Tweet effacé au bout de quelques jours !

Si Warren Buffett recule rarement devant une déclaration fracassante dans les médias traditionnels, il est en revanche d’un mutisme déroutant en matière de gazouillis numérique. Pourtant, tout avait bien commencé le 2 mai, date du lancement du compte avec un tweet enthousiaste : « Warren is in the house » (Warren est dans la place). Puis arrive rapidement un second tweet concernant la publication de son dernier essai au sujet du rôle crucial des femmes pour une économie américaine prospère. Tout cela augurait d’un fil aussi bavard et engagé que le personnage l’est régulièrement dans l’arène médiatique traditionnelle. Les twittos ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisqu’ils furent 509 000 à souscrire le même jour (1) pour suivre les messages de celui qui est surnommé « l’oracle d’Omaha ».

Sur Twitter, l’oracle va pourtant vite se murer dans un silence assourdissant. Seul, un troisième tweet est émis le 11 juin pour saluer l’arrivée d’Hillary Clinton sur Twitter : « Hello @Hillaryclinton! Happy to welcome one of my favorite women in the world to twitter. #45 ». Un tweet amical qui sera cependant effacé quelque temps plus tard du compte de Warren Buffett (2). Pas très élégant de la part de quelqu’un qui jure admirer l’ex First Lady des Etats-Unis ! Depuis, c’est en tout cas une éternelle page blanche en dépit de followers qui continuent de s’abonner pour guetter le prochain tweet !

Allez, un effort Mister Buffett !

A quand le prochain tweet Mr Buffet ?
A quand le prochain tweet Mr Buffet ?

Ami proche de Bill Gates qui compte plus de 12 millions de followers et tweete à cadence régulière, Warren Buffett pourrait sans doute lui demander conseil pour faire un usage plus engagé de son propre compte Twitter. Le silence du milliardaire du Nebraska a effectivement de quoi surprendre, lui qui est si prompt à asséner ses convictions sans barguigner aux micros des journalistes et dans les colonnes des grands quotidiens. Il est donc difficile de croire qu’il appréhende d’en faire autant sur Twitter où il dispose de surcroît d’une audience rassemblant moult acteurs importants de la société américaine et d’ailleurs. Une audience au coefficient démultiplicateur potentiel incomparable !

S’agissait-il alors juste d’une manœuvre pour contrer des tentatives de cybersquatting comme il advient parfois sur Twitter et d’autres réseaux sociaux ? Là encore, l’hypothèse semble bien ténue. Il existe certes d’autres comptes plus ou moins actifs et sérieux empruntant le patronyme du célèbre tycoon mais avec le compte officiellement certifié par Twitter, la moindre confusion est désormais impossible. Chaque internaute sait précisément où aller s’il veut suivre l’actualité de Warren Buffett.

Il est vraiment dommage que le milliardaire américain n’aille pas plus au bout de sa démarche sur Twitter. Avec déjà un demi-million de suiveurs et seulement 2 tweets au compteur, cela témoigne de l’appétence réelle de son audience pour ses propos. Or, dans un monde en pleine mutation, la vision d’un personnage de l’envergure de Warren Buffett aurait le mérite de nourrir le débat et d’activer le dialogue sur les réseaux sociaux.

Autre intérêt : celui d’inciter d’autres grands dirigeants et influenceurs engagés à recourir plus activement à l’usage de Twitter et consorts pour recréer du lien avec le corps sociétal. Et ainsi ne plus seulement se cantonner aux médias conventionnels ou pire dans l’esquive permanente. D’un homme engagé, aux idées particulièrement pointues et interpelantes, on est en droit d’attendre plus et mieux sur Twitter, outil désigné par excellence pour porter ses réflexions auprès de quiconque souhaite s’y intéresser.

Sources

(1) – Alan Rosenblatt – « Social Advocacy & Politics : Why we tweet » – Social Media Today – 9 juillet 2013
(2) – Ibid

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