Note de lecture : Journal intime d’un banquier d’Hugues Le Bret

par Olivier Cimelière
Journal Intime banquier - resized

A peine le procès Kerviel s’était-il refermé que la Société Générale a dû affronter quasi concomitamment un inattendu pavé dans la mare sous la forme d’un livre choc de son ancien directeur de la communication, Hugues Le Bret. Dans un exhaustif carnet de bord, il narre dans les moindres recoins les circonstances de la découverte de la fraude commise par le trader déchu et les épreuves que l’état-major de la banque va ensuite traverser dans les semaines qui suivent. Un témoignage inédit, parfois subjectif mais toujours instructif. Un livre que tout professionnel de la communication devrait lire comme un cas d’étude transposable à n’importe quel secteur d’activité.

En plus de fournir une hallucinante plongée au cœur du réacteur bancaire de la Société Générale, l’ouvrage d’Hugues Le Bret constitue en effet un enrichissant regard d’un directeur de la communication confronté à une crise aussi violente qu’inattendue et aux répercussions potentielles dramatiques pour le système financier mondial. A cet égard, le livre fournit un bien meilleur cas d’étude de communication de crise que n’importe lequel des manuels et précis universitaires qui glosent sur le sujet sans jamais vraiment l’avoir touché du doigt.

 Kerviel contre Société Générale : Agios éternels ou erreur de la banque ?

par Olivier Cimelière
Kerviel - Cartoon SG vs Kerviel

Dans l’affaire Kerviel contre Société Générale, le verdict est tombé froid et implacable comme une guillotine effilée : 5 ans de prison dont 3 ferme et surtout 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à rembourser par le trader déchu à la banque plaignante. Dans ce procès hors normes, l’établissement financier a remporté une victoire judiciaire totale en faisant assumer l’intégralité du préjudice commis sur les épaules de son ex-employé indélicat.

Tous les chefs d’inculpation reprochés à Jérôme Kerviel (abus de confiance, faux et usage de faux, introduction frauduleuse de données dans le système informatique) ont été punis au maximum des sanctions prévues par la loi. Les dirigeants de la Société Générale auraient pourtant été bien avisés de souvenir du personnage historique de Pyrrhus 1er. A l’époque de la Rome triomphante, le roi d’Epire avait réussi le tour de force d’infliger deux cuisantes défaites aux invincibles légions romaines. Au bémol près que cet exploit militaire avait été accompli au prix de telles pertes humaines parmi ses propres soldats que son royaume ne s’en est jamais remis par la suite.

Malgré un premier round judiciaire remporté haut la main, la banque est aujourd’hui confrontée à la résolution d’une délicate et explosive équation d’image institutionnelle. Il y a d’autant plus péril en la demeure que l’avocat de Jérôme Kerviel, Maître Olivier Metzner a décidé de faire appel du jugement prononcé le 5 octobre. Fort d’un contexte troublé où la réputation de la Société Générale ne sort guère grandie, l’avocat entend fermement appuyer sur les faiblesses du groupe bancaire pour inverser les rôles. Autant dire que la banque n’a pas fini de traîner une image délabrée qui peut compromettre l’avenir.

 Exclusif : la conseillère com’ de Jérôme Kerviel décrypte sa stratégie média

par Olivier Cimelière
Jérôme Kerviel - portrait AFP

Patricia Chapelotte conseille le trader le plus célèbre de France depuis deux ans. Pour le Blog du Communicant 2.0, elle revient dans une vidéo exclusive sur l’élaboration de la stratégie de communication de Jérôme Kerviel face à son ex-employeur, la Société Générale, et sur les enjeux médiatiques à la veille du procès en correctionnelle qui s’ouvre le mardi 8 juin. Un procès où l’ex-trader encourt potentiellement 5 ans de prison et 375 000 euros.

L’affaire Kerviel marque incontestablement un virage dans l’histoire de la communication et des médias. Jusqu’à présent, peu de communicants étaient immiscés avec autant de proximité dans le monde complexe et feutré des prétoires et des tribunaux. La plupart du temps, ils travaillent en filigrane pour « simplement » canaliser les demandes de la presse et élaborer une plateforme argumentaire, laissant souvent l’apanage de la parole médiatique à l’avocat chargé de la défense du prévenu ou de la victime. Avec le dossier Kerviel contre Société Générale, c’est une ère nouvelle qui vient de s’ouvrir à travers une communication réfléchie et professionnalisée dans laquelle chaque mot est soupesé, chaque geste étudié avant de débouler dans l’arène médiatique.

Si la Société Générale a d’emblée sorti la massue communicante lors de la révélation de l’affaire, la banque a ensuite oscillé entre une communication a minima très technique et un silence forcené face aux attaques et aux polémiques suscitées par l’attitude du PDG de l’époque et l’annonce d’autres pertes liées à des actifs toxiques. Avec la nomination du nouveau PDG, Frédéric Oudéa, en mai 2009, l’établissement financier s’est alors plus que jamais protégé derrière la confiance affichée envers l’instruction judiciaire tout en évitant au maximum d’avoir à évoquer l’affaire lors des interviews accordées à la presse.

En face, Jérôme Kerviel n’a pas l’intention de jouer les victimes expiatoires (1) « d’un système qui ne fonctionne que sur le mensonge et le trucage » dont la règle est : « pas vu, pas pris ! ». Dès le début du tourbillon médiatico-judiciaire, il s’est entouré d’avocats mais aussi de communicants chevronnés dont le rôle est précisément de bâtir une stratégie de communication au même titre que les avocats l’accompagnent dans le dossier de sa défense. De janvier à juin 2008, il travaille avec Christophe Reille, ancien journaliste et consultant en communication sensible. Depuis juillet 2008, c’est Patricia Chapelotte qui a pris le relais (lire sa bio à la fin de l’article). Fondatrice de l’agence Albertine et Media, elle connaît bien le monde de la justice pour avoir été la conseillère en communication du Garde des Sceaux, Dominique Perben. Pour le Blog du Communicant 2.0, elle commente la communication de l’ex-trader.

Première partie de l’interview (vidéo ci-dessous) :

Le plus - Le nouvel observateur

Catégories

Ma liste de blogs