Obésité infantile : peut-on communiquer efficacement par la culpabilisation ?

par Olivier Cimelière
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D’année en année, le constat ne varie guère. L’obésité infantile ne cesse de grignoter du terrain dans les pays occidentaux. Aux-Etats-Unis, la cote d’alerte a déjà été franchie depuis longtemps malgré les campagnes de communication. En France, les indicateurs virent à leur tour invariablement à l’orange avec actuellement 12 à 15% des enfants obèses ou en surpoids.

Pour enrayer cet indéniable problème sanitaire, certains acteurs de la santé rivalisent de messages et de propositions chocs. Avec régulièrement un ressort systématique : motiver à manger moins en culpabilisant les personnes. Peut-on raisonnablement espérer faire fondre la masse graisseuse excessive à coups de slogans flagellateurs ?

 Crises alimentaires : Que le coupable lève le doigt et vite ! Oui mais après ?

par Olivier Cimelière
AA - Crise ali - VACHE

La récente partie de Cluedo médiatique autour l’escherichia coli, cette bactérie fécale qui a provoqué la mort de 38 personnes en Allemagne, aura été une fois encore particulièrement révélatrice de la systémique de crise qui prévaut régulièrement dès qu’un accident alimentaire survient dans nos sociétés occidentales. A la quiétude sociale rompue, succède aussitôt l’inquiétude collective forcenée et un matraquage médiatique d’envergure dans lesquels la traque du coupable devient l’obsession.

Chaque acteur ou groupe d’acteurs monte alors au créneau avec une question lancinante : « Comment en est-on arrivé là ? ». Chacun s’efforce de bâtir sa propre explication, de trouver des boucs émissaires et de comprendre les failles pour tenter de restaurer la normalité, ou du moins la normalité telle qu’il la conçoit et qu’il veut la façonner. Devant la contamination fulgurante des consommateurs, les concombres hispaniques, les graines germées de soja d’une ferme bio de Basse-Saxe et mêmes les salades et les tomates ont donc été tour à tour incriminés avant d’être innocentés. Résultat : des tonnes d’aliments jetés à la benne, des cultivateurs désemparés, des consommateurs suspicieux, une ardeur médiatique sans précédent en Europe, des autorités germaniques sous pression à l’affût du moindre indice et au final, un ultime rebondissement le 18 juin, cette fois dans une étonnante discrétion médiatique. Le germe pathogène serait en fait issu d’un ruisseau près de Francfort servant à l’irrigation de cultures.

 La gestion du risque est autant une affaire de perception sociétale que d’explication technique

par Olivier Cimelière
Gestion du risque et valeurs culturelles sont indissociables surtout à l'heure des réseaux sociaux numériques

Face au risque avéré ou supposé, l’affirmation péremptoire du politique ou le savoir technique arrogant de l’ingénieur ne suffisent aujourd’hui plus à gérer sereinement l’acceptation des progrès et des nouveautés technologiques. Qu’on le veuille ou non, la société civile nourrit désormais une perception du risque beaucoup plus complexe et subtile où le religieux, le philosophique, le mythe, l’éducation, l’éthique, le culturel (et bien d’autres critères encore) peuvent avoir autant d’impact et de poids, sinon plus que les critères économiques et technologiques.

Exit donc les justifications à grand renfort de statistiques et de probabilités, dehors les certitudes scientifiques et les schémas techniques. Même si le corps social les réclame impérativement par souci de sécurité et d’objectivation, il s’empresse paradoxalement de les contester aussitôt par peur de l’insécurité et surtout par méfiance envers des enjeux qui pourraient être cachés. Surtout lorsque des catastrophes humaines interviennent à intervalles réguliers, l’accident nucléaire de Fukushima au Japon venant à nouveau nous le rappeler.

 Peurs en stock sur société vulnérable : Peut-on s’en extraire ?

par Olivier Cimelière
A - Munch

A l’instar du célébrissime avertissement ferroviaire, « un train peut en cacher un autre », l’écho de la peur ne cesse de rebondir inextinguiblement à mesure des unes médiatiques qui défilent. Aucun domaine d’activité n’est épargné. Aucun acteur n’est immunisé surtout s’il est en plus industriel, plutôt fortuné et influent. La roue tourne régulièrement et frappe à tort ou à raison mais toujours en distillant une saveur anxiogène qui n’est pas le meilleur antidote pour rasséréner les esprits et avoir des débats constructifs.

Deux exemples piochés au hasard de l’actualité récente sont encore venus alimenter le long fleuve si peu tranquille des peurs sociétales. Ainsi, en plein salon de l’Agriculture en février 2011, Le Livre Noir de l’agriculture part en guerre contre les cultures intensives. Cette semaine, c’est Le Nouvel Observateur qui tire la sonnette d’alarme  en s’inquiétant du contenu « empoisonné » de nos assiettes. Sans nier l’existence d’évidents problèmes, pourquoi sombre-t-on pourtant autant aux sirènes alarmistes qui finissent par dépeindre la société comme un champ de mines létal ? Le Blog du Communicant 2.0 tente de livrer quelques petites réflexions.

 Risque & Progrès : Principe de précaution ou principe d’inaction ? (12/12)

par Olivier Cimelière
Risque-et-Progres-Precaution-Parapluie

Aujourd’hui face au progrès et au risque inhérent, un décideur politique et/ou économique est systématiquement confronté à un tryptique épidermique où se mêlent exigence forcenée de sécurité absolue, refus inflexible du changement et méfiance viscérale à l’égard de l’innovation. Dans une société où la confiance réciproque n’est plus de mise à cause de scandales comme le sang contaminé, l’allergie à l’incertitude a atteint un niveau de paroxysme tel que chaque produit doit quasiment afficher 100% de bénéfice et 0% de risque pour être acceptable aux yeux de ses utilisateurs.

Aucun secteur n’échappe à ce schématisme certes abusif et binaire mais tellement plus rassurant et facile à comprendre au bout du compte pour ceux que la peur anime avant tout. Au lieu de questionner ouvertement et en profondeur, d’intégrer les risques par un raisonnement éclairé et amendé au fur et à mesure des connaissances nouvelles, on préfère souvent répondre dans l’immédiat, en surface et à grand renfort d’agitation médiatique, de décision péremptoire, voire de sanction judiciaire, pour exiler le risque le plus loin possible et s’efforcer ainsi de préserver à tout prix l’illusion de la sécurité totale.

Apparu dans les années 80, la notion de principe de précaution visait initialement à redonner une certaine sérénité aux nécessaires débats liés au progrès technologique et aux risques. Rattrapée par le contexte anxiogène de la société, cette notion a été progressivement détournée de sa substance. D’un principe d’encadrement éclairé des avancées technologiques, elle est souvent devenue un principe d’interdiction au nom de l’illusoire risque zéro. Itinéraire d’un principe gâté.

 Risque & Progrès : L’équation délétère se met en place avec l’affaire du sang contaminé (11/12)

par Olivier Cimelière
Sang-contamine-Poche-de-sang

A une époque où les risques de mortalité n’ont jamais été aussi faibles dans les sociétés occidentales et la maîtrise des enjeux technologiques aussi élevée, c’est pourtant un tenace sentiment d’insécurité qui prédomine et taraude les esprits. Hier fruit du hasard, de la fatalité ou de la volonté divine, la catastrophe ne cesse aujourd’hui de rôder et de potentiellement sourdre à tout moment comme le résultat de l’impéritie des hommes à contrôler des progrès qui étaient pourtant censés être les piliers infaillibles d’un monde meilleur.

L’Homme a certes vécu de tout temps sous le joug de peurs existentielles récurrentes d’autant que la consistance même de sa vie a longtemps été réduite à bien peu de choses. Sans cesse menacé par des épidémies et des famines ravageuses, des catastrophes naturelles insurmontables ou des guerres sanglantes, l’être humain traversait son existence en se percevant très vite comme un macchabée en devenir à plus ou moins brève échéance. Si l’on mourait plus au Moyen-âge, on désespérait en revanche nettement moins qu’aujourd’hui !

En France, un scandale a particulièrement marqué la société au point de la faire basculer dans une équation délétère dont le modèle systémique perdure encore aujourd’hui à chaque crise ou convulsion sociétale. Ce scandale est la célèbre affaire du sang contaminé. Avec lui et ses cinq mécanismes récurrents, la société s’est durablement plongé dans une ambiance anxiogène à l’égard des technologies et des industries. Retour sur un événement marquant de la systémique de crise moderne.

 Risque & Progrès : Quand un mythe chasse l’autre (6/12)

par Olivier Cimelière
Mains-planete

L’empreinte de la philosophie des Lumières est énorme dans la perception moderne du risque. Ce dernier perd en effet son caractère exogène, longtemps issu du divin et du surnaturel, pour revêtir un caractère endogène où l’Homme détient seul les outils et la gestion du risque. Cette révolution dans la représentation du monde est fondamentale car elle précipite désormais l’Homme dans un monde désacralisé. Ce « putsch » philosophique investit les hommes d’une responsabilité immense. Ils sont dès lors, invités à vivre à l’abri des dangers, à tout mettre en œuvre pour les éviter, les réduire ou les faire reculer et non plus à s’en remettre avec soumission et passivité aux châtiments divins.

L’Homme est donc devenu l’artisan unique de sa destinée et du monde dans lequel il vit, grandit et meurt. Ce transfert de responsabilité est écrasant car maintenant, les hommes sont face à eux-mêmes et sans recours possible à des dieux vengeurs et tout-puissants.

 Risque & Progrès : le mythe Progrès gagne des points (5/12)

par Olivier Cimelière
Encyclopedie

C’est une catastrophe qui va définitivement sceller la notion moderne du risque et dès lors précipiter les hommes dans un monde désacralisé. Cette catastrophe se produit le 1er novembre 1755, jour de la Toussaint à Lisbonne sous la forme d’un tremblement de terre terriblement meurtrier où plus de 100 000 personnes perdent la vie.

D’une puissance inouïe (que les sismologues actuels estiment à une magnitude de 8,5 sur l’échelle de Richter), la secousse tellurique fut suivie d’un raz-de-marée gigantesque. Avec les chutes des cheminées des habitations, des incendies se déclenchèrent dans la capitale portugaise détruisant la quasi-totalité de la ville. Le séisme fut ressenti quasiment partout en Europe et en Afrique du Nord. Ce tremblement de terre reste encore jusqu’à aujourd’hui l’un des plus violents de l’histoire de l’Humanité et il perturba profondément le rayonnement économique et militaire du Portugal au 18ème siècle.

Cette catastrophe va également avoir un effet collatéral fondamental. L’événement survient en effet en pleine période des Lumières, un mouvement intellectuel qui défend un savoir fondé sur la raison éclairée de l’Homme et qui milite par conséquent pour un progrès raisonné du monde après des siècles d’irrationalité et de superstition. Voltaire est le premier à commenter le séisme : « Ce ne sont pas les dieux qui sont responsables d’une pareille catastrophe mais des hommes qui ont construit hâtivement des habitations de mauvaise qualité, trop proches les unes des autres et en ont favorisé l’incendie qui a tué plus que le tremblement de terre ».

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