Aujourd’hui face au progrès et au risque inhérent, un décideur politique et/ou économique est systématiquement confronté à un tryptique épidermique où se mêlent exigence forcenée de sécurité absolue, refus inflexible du changement et méfiance viscérale à l’égard de l’innovation. Dans une société où la confiance réciproque n’est plus de mise à cause de scandales comme le sang contaminé, l’allergie à l’incertitude a atteint un niveau de paroxysme tel que chaque produit doit quasiment afficher 100% de bénéfice et 0% de risque pour être acceptable aux yeux de ses utilisateurs.
Aucun secteur n’échappe à ce schématisme certes abusif et binaire mais tellement plus rassurant et facile à comprendre au bout du compte pour ceux que la peur anime avant tout. Au lieu de questionner ouvertement et en profondeur, d’intégrer les risques par un raisonnement éclairé et amendé au fur et à mesure des connaissances nouvelles, on préfère souvent répondre dans l’immédiat, en surface et à grand renfort d’agitation médiatique, de décision péremptoire, voire de sanction judiciaire, pour exiler le risque le plus loin possible et s’efforcer ainsi de préserver à tout prix l’illusion de la sécurité totale.
Apparu dans les années 80, la notion de principe de précaution visait initialement à redonner une certaine sérénité aux nécessaires débats liés au progrès technologique et aux risques. Rattrapée par le contexte anxiogène de la société, cette notion a été progressivement détournée de sa substance. D’un principe d’encadrement éclairé des avancées technologiques, elle est souvent devenue un principe d’interdiction au nom de l’illusoire risque zéro. Itinéraire d’un principe gâté.