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— 24 mars 2025
Nebula : un jeu pédagogique pour débusquer les fake news et éveiller l’esprit critique des étudiants de l’école Narratiiv
Pour lutter contre la désinformation, l’école Narratiiv a adopté Nebula, un jeu pédagogique gratuit de 24 cartes qui permet aux étudiants en journalisme (et bientôt en communication) de mieux débusquer et caractériser la présence de fake news ainsi qu’évaluer leur toxicité.
Damien Douani, directeur de l’innovation pédagogique chez Narratiiv, nous parle de l’impact et des bénéfices de cet outil sur l’apprentissage et la vigilance informationnelle. En route pour la chasse aux fake news !
Comment est né le « serious game » Nebula qui propose un processus d’analyse pour identifier, caractériser et comprendre comment fonctionnent les Fake News et comment ne pas se faire prendre au piège ?
Damien Douani : Le créateur de Nebula est Sefirot, une petite maison d’édition italienne qui réalise des jeux de cartes pédagogiques et ludiques sur différents sujets pour les adultes mais aussi pour les enfants. Lors de la crise sanitaire du Covid-19 en 2020, ils ont constaté que quantité de fake news circulaient partout à propose du virus, de son origine et des traitements possibles. C’est ainsi qu’ils se sont attelés à créer Nebula pour mettre à disposition un outil gratuit qui permet à chacun de mieux s’armer intellectuellement face à des informations douteuses.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de décliner ce jeu en version française et de le déployer auprès des étudiants en journalisme de l’école Narratiiv ?
Damien Douani : Comme je suis notamment en charge de l’innovation pédagogique au sein de l’école, je suis toujours à l’affût de solutions et d’outils qui facilitent l’apprentissage tout en ouvrant des nouveaux champs. Nos étudiants sont issus de la génération Z. Or, 81 % de ces jeunes, sont de gros consommateurs quotidiens de réseaux sociaux. Ce qui les rend encore plus exposés à la désinformation et plus vulnérable sur l’identification des fausses informations et leur diffusion. Même celles et ceux qui se destinent au métier de journaliste sont concernés. Nebula m’est apparu bien adapté à ce défi.
Ensuite, j’ai particulièrement apprécié l’approche ludique du jeu. Des études prouvent que l’apprentissage ludique augmente l’engagement des apprenants de 34 % par rapport aux méthodes traditionnelles. Il permet aussi une meilleure acquisition cognitive et développe la collaboration et l’interaction entre les apprenants et également leurs enseignants. Avec le directeur de l’école, Jean-Luc Letouzé, nous avons donc contacté Sefirot pour obtenir leur accord afin de réaliser une version française du jeu. Puis, nous l’avons inscrit au programme des étudiants en journalisme dès la rentrée de septembre 2024. L’initiative a été tellement plébiscitée que nous avons décidé d’élargir le spectre. A la rentrée prochaine en septembre 2025, les cursus de communication manipuleront également Nebula.

En quoi consiste exactement Nebula ?
Damien Douani : Nebula consiste en un paquet de 24 cartes et se joue en 3 étapes : repérer des indices de désinformation, vérifier et recouper que l’on est bien en présence d’une fake news et évaluer le degré de nocivité de cette information fausse. L’objectif est de fournir à chaque étudiant, une grille de lecture méthodologique pour passer au crible un article ou une vidéo qui semble suspect dans sa forme comme dans son contenu. A partir de là, l’enseignant distribue quelques cas concrets que les étudiants vont devoir décortiquer en équipe ou même seul en recourant à Nebula.
La première étape vise à repérer 8 symptômes caractéristiques des fake news selon une répartition très simple : une colonne « absent » et une colonne « présent ». Si cette dernière comporte 3 symptômes ou plus alors, il convient de passer à la section suivante pour creuser. Parmi les symptômes, cela peut être une orthographe et une grammaire approximatives, la façon dont l’information est arrivée (un média traditionnel, un réseau social, une boucle de messagerie, etc).
Sur cette étape 2, la mécanique est un peu différente. Cette fois, les 8 nouvelles cartes posent des questions orientées pour vérifier et approfondir des points précis comme la source initiale du contenu, comporte-t-il des références sérieuses et connues, qui est l’auteur, y a-t-il des manipulations d’images ou des faits tronqués, est-ce que l’information est abordée par d’autres médias ? Les élèves doivent donc chercher sur Internet des éléments concrets qui vont aider à définitivement accréditer le fait que l’article en question relève de la désinformation … ou pas !
Enfin, la troisième étape, qui peut être optionnelle, invite à caractériser la teneur éditoriale d’un contenu suspect et son degré de nocivité (viralité potentielle, niveau de sophistication de la fausseté, etc). Là, les étudiants disposent de 4 cartes : Créateur (qui est-il vraiment, quels sont ses objectifs et ses motivations), Message (comment est-il construit, à l’aide de quoi pour induire en erreur), Médias (quels sont les canaux de diffusion qui ont véhiculé le contenu ?) et Récepteur (qui sont les publics visés, quels biais sont utilisés, y a-t-il un appel à une action ?). Chacun des 4 items recueille des points en fonction des faits relevés puis va être positionné sur une matrice graduée. Plus le score est élevé, plus la dangerosité d’une fake news est avérée.

Quels bénéfices essentiels voyez-vous dans cet outil ?
Damien Douani : Il s’agit d’un outil particulièrement indiqué pour développer son esprit critique et apprendre à prendre du recul grâce à des questions essentielles. Aujourd’hui, nous avons tous une vitesse d’absorption de l’information beaucoup trop élevée. Notamment les plus jeunes. Le jeu permet de se poser un instant donné et de réfléchir sur ce qui constitue une info fiable et une info frelatée. L’acquisition du savoir est de surcroît facilitée par l’aspect visuel des cartes et le ressenti durant la partie. Cela aide considérablement à nourrir sa vigilance et sa réflexion face à une information donnée.
Enfin, l’autre atout que j’y vois plus généralement, est que ce jeu peut également s’adresser à d’autres profils que ceux de journaliste et de communicant. En tant que citoyen, Nebula aide à acquérir une prophylaxie informationnelle précieuse dans un contexte actuel où les fausses informations pullulent.

Pour aller plus loin
– Le jeu Nebula est disponible en 3 langues : anglais, français et italien
– Lien pour télécharger gratuitement le jeu et ses règles en version française

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