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— 8 novembre 2026
Sur France 5, « La Fabrique du mensonge » décrypte l’affaire Blake Lively : comment des communicants ont œuvré à détruire sa réputation
Il faut absolument regarder le vertigineux documentaire proposé par France 5 depuis le 8 novembre 2025 dans son émission « La Fabrique du mensonge ». Celui-ci montre comment des opérations de communication ont visé à détruire la réputation l’actrice américaine Blake Lively à travers les réseaux sociaux et la chambre d’écho médiatique. Intitulé « Hollywood et les femmes, l’empire du silence » et réalisé par la journaliste Lisa Monin, le film décortique la campagne de dénigrement qu’a subie l’actrice à la suite du tournage de « It Ends With Us » qui aborde le thème des violences conjugales.
Au départ, le film adapté d’un roman à succès de Colleen Hoover, avait tout pour être un immense succès. Actrice renommée, Blake Lively avait accepté de jouer le premier rôle aux côtés de Justin Baldoni, acteur et metteur en scène qui monte sur la scène d’Hollywood. S’il fut effectivement un succès commercial, il a aussi été le théâtre d’un violent affrontement entre les deux artistes, la première reprochant au second des actes de harcèlement sexuel durant le tournage. A tel point que Blake Lively avait dû faire introduire 17 addenda dans son contrat pour qu’elle reste sur le plateau du film.
Réputation contre réputation
Pour Justin Baldoni, l’heure est grave. Ce dernier a bâti sa réputation en étant le chantre d’une masculinité positive et respectueuse des femmes dans un livre paru en 2021, « Man Enough : Undefining My Masculinity ». Avec son 3ème film « It Ends With Up » qui évoque les violences conjugales, il poursuit la thématique et commence à être au climax de sa jeune carrière ascendante. Autant dire qu’une affaire de harcèlement et de sexisme serait potentiellement ravageuse pour sa réputation et le devenir de ses activités artistiques.
Pourtant, des supputations vont commencer à circuler à son égard, notamment lorsque des chroniqueurs d’Hollywood, remarquent que l’acteur Ryan Reynolds, l’époux de Blake Lively, s’est désabonné de tous les comptes numériques de Justin Baldoni. Au même moment, l’actrice refuse de faire la tournée promotionnelle du film en présence du réalisateur. Rapidement, son attachée de presse, Jennifer Abel, sollicite Melissa Nathan, une communicante de crise redoutée qui a défendu Johnny Depp dans son dossier fracassant avec Amber Heard et qui est proche des milieux trumpistes. Dans des textos qui seront révélés ultérieurement, elle écrira même à sa cliente RP que « l’on peut enterrer n’importe qui ».

Injecter le poison du doute
En août 2024, la bataille des récits s’engage. Lors de l’avant-première du film, les deux protagonistes s’évitent intentionnellement sur le tapis rouge et devant le photo call et les caméras. Résultat : c’est essentiellement Blake Lively qui prend la lumière médiatique. Justin Baldoni se sent invisibilisé, humilié mais également potentiellement fragilisé si les accusations à son encontre venaient à sortir publiquement. La communicante de crise prend aussitôt les choses en main et prône l’offensive en s’appuyant sur les réseaux sociaux.
Objectif dès lors : devancer le bruit pour rendre inaudible une éventuelle attaque de Blake Lively. Le coup d’envoi est donné avec Perez Hilton, un blogueur d’Hollywood spécialisé dans les potins et les rumeurs, à l’éthique éditoriale très élastique mais également à l’écho énorme (300 millions de pages vues par moi sur son site). Il est le premier à sous-entendre qu’il y aurait un problème entre Blake Lively et Justin Baldoni mais sans exactement en révéler la teneur.

Le virus se propage
Les équipes de communication des deux impétrants se parlent alors et conviennent d’un silence mutuel, avec pour Justin Baldoni, la consigne de parler flatteusement de son actrice. Ce qui est fait dans les semaines qui suivent le premier pic de tension. Cependant, Melissa Nathan œuvre en coulisses à l’élaboration d’un scénario nettement plus agressif qui vise à mettre en lumière des aspects prouvant le caractère odieux de Blake Lively. Pour cela, elle recourt au stratège numérique, Jed Wallace et son agence Street Relations Inc. Sa mission : ressortir et exploiter une interview vidéo de 2016 où l’actrice semble se moquer du ventre rond de la journaliste qui l’interroge. L’extrait en question est donc posté dans des forums de discussion sur les célébrités du cinéma sur la plateforme Reddit. Rapidement, les conversations enflent sur le sujet et les votes passent de 4 000 à 600 000 en moins de 24 heures. L’affaire devient virale.
La vidéo déborde ensuite sur tous les réseaux sociaux et les commentaires des internautes se déchaînent. Certains isolent même d’autres extraits vidéo tirés de leur contexte pour accréditer que Blake Lively est une diva insupportable, cassante et une femme d’affaires plus obsédée par l’argent que par la cause des violences conjugales dont parle le film. D’autres invoquent d’ailleurs le fait qu’elle commercialise une boisson alcoolisée qui est souvent un facteur aggravant des violences domestiques. Tout est décortiqué à charge. C’est le moment que saisit Kjersti Flaa, celle-là même qui avait été tournée en ridicule en 2016 par Blake Lively. Sur son site Flaawsome, elle va taper avec acharnement avec la publication de 400 vidéos (soit 120 heures de contenus) pendant deux ans. L’épidémie réputation est désormais installée.

Le diagnostic se complique
Au sein de l’équipe de communication de Justin Baldoni, la satisfaction est évidemment au rendez-vous que bien qu’il apparaisse que dans certains courriels qui deviendront à leur public, quelques membres féminins de l’équipe grincent des dents et trouvent que l’acteur s’en sort décidément bien avec sa ligne discursive volontairement lénifiante.
Pour Blake Lively au contraire, la situation s’envenime et prend de plus en plus d’ampleur lorsqu’intervient un youtubeur connu, Andy Signore. Accusé lui-même d’agressions sexuelles dans le passé, l’homme s’est refait une réputation en assurant la défense médiatique des hommes menacés par des femmes. Son premier fait d’armes est le procès entre Amber Heard et Johnny Depp au point de basculer ouvertement dans le courant masculiniste de la manosphère qui sévit aux Etats-Unis.
Il récidive alors contre Blake Lively qu’il accuse de toutes les mauvaises intentions à l’égard du réalisateur de « It Ends With Us ». Il la dépeint constamment comme une femme vénale, narcissique et antipathique. Même des fuites de photos de nus de l’actrice ne trouvent pas grâce à ses yeux. Pour lui, c’est elle qui est à l’origine pour faire parler de sa personne. Pendant ce temps, Justin Baldoni creuse encore le sillon du défenseur des femmes battues alors que Blake Lively jouit à la fin de l’été 2024 d’une image déplorable.

On modifie le virus pour le relancer
Cette fois, l’équipe de communication de l’actrice prépare la riposte. Elle va être cinglante. Le 5 décembre 2024, l’actrice porte plainte en justice contre Justin Baldoni. Dans le même temps, New York Times dévoile l’attaque judiciaire mais également des courriels et des textos des conversations entre les communicants du réalisateur où il est fait détail des opérations de dénigrement qui doivent être lancées contre Blake Lively pour la dissuader d’exposer Justin Baldoni.
L’opinion publique commence alors à tourner casaque en partie quand un nouvel opérateur est sollicité par l’équipe Baldoni : KG Summer qui se définit comme un entrepreneur du Web à la tête d’un site paythetrolltoll.com. Cet outil permet à des clients d’engager des « trolls » en ligne (qui sont de surcroît de vrais profils rémunérés comme tels) pour gérer leur réputation, contrer leurs concurrents ou amplifier certains messages sur les réseaux sociaux. L’angle d’attaque va être particulièrement vicieux. Il s’agit d’induire l’idée que le New York Times n’a pas repris les émojis inversés qui parsemaient les conversations révélées. Ce qui change le sens des mots car l’émoticône était censée souligner que c’était du deuxième degré. Et qui sous-tend en arrière-plan que les révélations ne sont peut-être pas aussi fiables !
Propulsé par l’armée de trolls numériques, le sujet se répand très largement au point de déclencher des batailles sans fin sur les réseaux sociaux entre les Team Baldoni et les Team Blake ! Ce charivari volcanique va alors percoler dans les débats politiques nationaux qui animent les Etats-Unis où les conservateurs mènent un combat farouche contre le wokisme, l’IVG et la libération de la femme. Lors du CPAC (Conservative Political Action Conference), le plus grand rassemblement annuel des militants et responsables politiques conservateurs américains, l’éditorialiste d’extrême-droite Megyn Kelly s’empare du cas Lively/Baldoni. Sur sa chaîne YouTube, elle donne la parole à l’avocat du réalisateur qui met ostensiblement en doute la véracité du harcèlement qu’aurait subi l’actrice.

La crise devient enjeu national
Là encore, la polémique coagule immédiatement grâce à deux autres voix féminines de la même obédience : Candace Owens, podcasteuse politique conspirationniste et Brett Cooper, youtubeuse anti-IVG. Objectif : capitaliser sur cette polémique pour attirer les votes des jeunes femmes américaines et les sensibiliser à leurs batailles idéologiques. Le sujet a même franchi les frontières et les océans. Pas un média ne manque à l’appel pour parler de cet affrontement médiatique qui va aboutir en fin de compte courant 2026, à un accord à l’amiable entre les deux belligérants. Pour autant, aucun démenti ne suivra laissant ainsi la voie libre à toutes les spéculations.
Les spin doctors de Justin Baldoni peuvent jubiler. La réputation de Blake Lively est suffisamment écornée et va devoir gérer les innombrables traces numériques que ne manqueront pas de ressusciter ses détracteurs. Parfois, la communication de crise est effectivement une histoire de mains sales et d’éthique douteuse !

Sources
Emission de France « La Fabrique du mensonge » : regarder le documentaire « Hollywood et les femmes, l’empire du silence » sur la plateforme de rattrapage de FranceTV. Film disponible jusqu’au 3 novembre 2028
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- Le blog de Thierry Libaert Communication de crise et communication responsable
- Reputatio Lab de Nicolas Vanderbiest Communication et influence numérique
- Le blog de Jean-Marie Charpentier Communication interne
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