Le blog du Communicant

Communication, Information, Conversation, Réputation

15 ans d’existence, + de 1 400 articles, garanti sans rédaction IA

Usage des réseaux sociaux : le Conseil d’Etat prône de redonner le contrôle à l’utilisateur

Parmi les 17 propositions d’amélioration de la régulation des réseaux sociaux contenues dans son étude annuelle dévoilée le 27 septembre, le Conseil d’Etat exhorte à un rééquilibrage des forces entre les plateformes numériques et les utilisateurs qui n’ont bien souvent guère leur mot à dire. Morceaux choisis d’un ouvrage roboratif qui pousse à la réflexion sur la prégnance de plus en plus poussée des réseaux sociaux dans la vie démocratique et socio-économique.

Dans ce panorama particulièrement exhaustif auquel s’est astreint le Conseil d’Etat sur le poids acquis par les réseaux sociaux dans la société, les sujets ne manquent pas. Même la dimension environnementale s’est invitée à la table des débats à propos de l’empreinte écologique particulièrement préoccupante de l’écosystème global des outils numériques et pour lequel la prise de conscience est encore embryonnaire. Avec une priorité cruciale sur quasiment tous les thèmes et enjeux : redonner le contrôle à l’utilisateur dans l’exercice de ses droits.

Le « tout ou rien » des CGU

Premier point d’envergure soulevé par les auteurs de l’étude annuelle du Conseil d’Etat sur les réseaux sociaux : les fourches caudines des CGU (Conditions Générales d’Utilisation). Aujourd’hui, c’est pratiquement la règle du « tout ou rien » qui s’impose à l’utilisateur d’une plateforme. Autrement dit, soit ce dernier se plie intégralement aux règles édictées (notamment en matière de protection des données), soit il se voit bouté illico et sans possibilité de bénéficier des services. Cette absence de demi-mesure apparaît comme préjudiciable pour les rapporteurs.

Ceux-ci recommandent par conséquent la création d’une instance de concertation au niveau de la Commission européenne qui rassemblerait des associations d’utilisateurs et des représentants des plateformes. Objectif : définir un socle minimum de règles nécessaires pour les CGU et y adjoindre des paramétrages que chacun serait libre d’ajuster en fonction de ses souhaits et de ses habitudes de navigation. Ce qui permettrait ainsi à l’utilisateur d’avoir un plus grand contrôle sur les données et les traces numériques qu’il laisse lors de sa navigation sur les plateformes.

Une idée collaborative séduisante en soi mais qu’il sera probablement très dur de faire accepter par les géants des réseaux sociaux, déjà peu enclins à se voir imposer des brides réglementaires en matière de recueil et d’exploitation des données utilisateurs et qui ont longtemps renâclé face à la prochaine entrée en vigueur du Digital Services Act (DSA) et du Digital Markets Act (DMA) au niveau de l’Union européenne.

Anonymat, déviances et haine en ligne : l’impossible équation ?

L’étude annuelle du Conseil d’Etat aborde également la question sensible de l’anonymat sur les réseaux sociaux. Entre les tenants inflexibles de la philosophie originelle permettant l’anonymisation et les adeptes forcenés de l’interdiction radicale de tout masque numérique, les débats demeurent vifs pour placer le curseur à sa juste mesure. Pour autant, les rapporteurs ne croient pas à l’efficacité de la levée de l’identité derrière les pseudos d’autant qu’ils rappellent que ceux-ci peuvent tout à fait se justifier dans certains contextes spécifiques (témoignage dans un régime totalitaire, lanceur d’alerte dans une organisation, etc). Pour eux, le pseudonyme est un vecteur de liberté d’expression.

Pour tenter de faire avancer la discussion en dehors des positions figées, les auteurs du rapport suggèrent le recours au « tiers de confiance » numérique tel qu’il fonctionne actuellement par exemple pour la validation (ou non) de l’accès d’un mineur à certains services spécifiques. Le tiers reçoit la requête de validation mais sans en connaître le fond. En retour, il accepte (ou pas) et permet ainsi à l’autre personne de garantir sa confidentialité. Seule exception à la levée du pseudonymat : lorsque des cas patents de déviance interviennent, c’est alors à la force publique de s’en saisir via des réquisitions et mettre un terme.

Dans le même ordre idée pour prévenir les déviances (haine en ligne, harcèlement, etc), les auteurs de l’étude évoquent la proposition de mieux et plus mettre en avant les boutons de signalement que les plateformes mettent à disposition des utilisateurs. Bien souvent, il faut farfouiller dans les multiples pages de conseils avant de trouver la fonctionnalité. Dans leur esprit, cette mise en avant accrue permettrait de mieux juguler les comportements déviants.

A une condition expresse toutefois : se doter d’un guichet unique pour les signalements suffisamment doté de ressources afin d’orienter vers les bons interlocuteurs pour ne pas les noyer sous les demandes. Le cas de Pharos est à cet égard emblématique. La structure reçoit près de 300 000 signalements par an alors qu’elle ne compte en son sein qu’une cinquantaine de personnes.

Stimuler les réflexions et la prospective

Le grand mérite de ce rapport est d’avoir décortiqué les réseaux sociaux sous tous les facettes possibles et de traiter les problématiques les plus cruciales liées à chacun des aspects. Bien que l’ouvrage n’ait que force de recommandation, il permet au moins d’alimenter et d’étoffer le débat avec des arguments de référence.

Il n’est pas non plus sans fournir un peu de prospective avec des questions émergentes ou encore embryonnaires mais amenées à connaître un authentique essor dans les années à venir. C’est le cas notamment des métavers et la modération des contenus et des comportements (lire à ce propos l’article du Blog du Communicant).

Autre mérite : remettre le projecteur sur des sujets qui sont encore escamotés mais qui constituent pourtant des interrogations majeures comme envisager une possible interdiction du ciblage publicitaire (dont la granularité ne cesse de progresser), réfléchir sur le devenir des profils numériques d’une personne décédée ou encore approfondir les possibilités juridiques du droit à l’effacement de l’empreinte numérique de chacun.

Pour en savoir plus

– Lire l’article du Conseil d’Etat sur le rapport annuel 2022
– Télécharger l’ouvrage (citer sur le lien à la fin de l’article ci-dessous)
– Suivre l’actualité du Conseil d’État sur Twitter : @Conseil_Etat

Mots clés

Les derniers articles publiés

Corentin Vrand (Decathlon France) : « Je préfère l’authenticité des propos et assumer l’imperfection plutôt qu’une com formatée »

A 31 ans, Corentin Vrand est directeur de la communication de Decathlon France. Il fait partie de la génération montante des dircoms qui ont une vision très enthousiasmante sur l’évolution de leur fonction. Pour le Blog du Communicant, il a accepté d’évoquer les grands enjeux d’influence et de réputation que Decathlon doit relever en France.

Présidentielles 2027 : Communicants politiques et candidats, il serait grand temps de dépoussiérer vos vieilles ficelles !

Le compte à rebours de l’élection présidentielle d’avril 2027 est déclenché et déjà les candidats potentiels, déclarés ou déclassés s’acharnent à traquer la punchline qui fera parler ou la mise en scène qui rendra plus sympathique que les autres. Dans ce concours Lépine échevelé et frénétique, les idées sont (trop) souvent reléguées à la cave […]

Communication de la peur : à quoi jouent exactement Anthropic et Open AI ?

Sale temps sur la planète IA ! Cet été, des agents IA d’Open AI ont piraté au cours d’un test, la plateforme Hugging Face à cause d’une faille logicielle. Plus récemment, c’est un nouveau chercheur, Jacob Coxon, qui vient de claquer la porte d’Anthropic à cause de l’IA qui « pourrait tous nous tuer d’ici à […]

Bénédicte Vanderschaeve : entretien avec la communicante qui traque avec humour les clichés de la com’

Si vous êtes communicant et souvent connecté à LinkedIn, vous avez sans doute dû voir passer un jour dans votre fil d’information, la couverture de Dircom Magazine. Ce média fictif émane de Bénédicte Vanderschaeve, directrice de la communication de Vosgelis, un office public de l’habitat numéro 1 en Lorraine. Régulièrement, ce pastiche hilarant épingle tous […]

Liste des blogs, des podcasts et des sites amis et conseillés