Marque France : Pourquoi avoir oublié les médias sociaux pour consulter les Français ?

Sous la houlette de quatre ministres, la mission de réflexion « Marque France » vient de rendre officiellement sa copie le 28 juin dernier pour instaurer une ambitieuse stratégie de marque valorisant les atouts de l’Hexagone. 22 propositions concrètes ont été formulées pour éradiquer le « French bashing » dont nous sommes souvent les initiateurs masochistes et redorer la réputation mondiale du pays. Ce rapport marque également le coup d’envoi d’une vaste consultation publique où citoyens de tous horizons peuvent formuler leurs idées sur un site Web gouvernemental dédié. Superbe initiative avec un énorme bémol : pourquoi avoir fait l’impasse saugrenue sur les médias sociaux pour mobiliser le corps sociétal tricolore ?

Avant que la marque France ne soit un parangon de démocratie participative à l’instar des pays scandinaves qui excellent dans le domaine, force est de constater que le chemin du numérique citoyen demeure encore une option énigmatique aux yeux de nos décideurs ministériels. Pourtant, la volonté de donner la parole aux Français pour alimenter l’essence de la future marque, est incontestable. Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg invite vivement les Français à participer à la consultation en ligne disponible jusqu’en septembre (1) : « La marque France doit être fabriquée avec ceux qui vont la porter. Les deux millions de Français à l’étranger doivent devenir nos premiers ambassadeurs parce qu’ils portent l’amour de notre pays. Il faut aussi s’appuyer sur ceux qui font l’économie. Mais chacun peut apporter sa contribution, dire ce qu’il a à dire sur la France. Elle est un bien collectif, non la propriété de quelques-uns ».

Aux idées, citoyens ! Formez vos suggestions !

 

22 pistes d'amélioration dans le pré-rapport de la commission

22 pistes d’amélioration dans le pré-rapport de la commission

Un site dédié a donc été mis sur pied sous la bannière d’un prometteur slogan : « Construisons la marque France ». A chaque citoyen de s’y connecter pour découvrir les 22 pistes d’amélioration suggérées par les membres de la mission mandatée par pas moins de 4 ministres : Arnaud Montebourg mais aussi Nicole Bricq (Commerce extérieur), Sylvia Pinel (Artisanat et Tourisme) et Fleur Pellerin (PME, Innovation et économie numérique). Ils peuvent ensuite consigner leurs propres remarques à travers un questionnaire en ligne dont les éléments seront compilés pour déboucher sur un rapport final qui sera remis le 28 octobre prochain. Avec pour objectif final, une mise en oeuvre de la marque France au début de 2014.

A la lecture des propositions esquissées par la commission composée de plusieurs hauts dirigeants français, il est notamment question d’accroître l’aspect participatif pour redonner lustre, dynamisme et ambition à la marque France. A cet égard, on trouve par exemple l’idée d’une plateforme de financement participatif (crowdfunding) qui viendrait soutenir des projets tricolores. Autre piste originale : instaurer un « 14-Juillet économique » sous la forme d’un événement annuel célébrant les succès tricolores et suscitant (2) « un moment de cohésion et de fierté nationale comme peut l’être le 14-Juillet ». Bref, beaucoup de grain à moudre pour stimuler l’esprit collectif, pour cesser de se complaire dans un morbide dénigrement et pour hisser haut les couleurs de la créativité et l’efficacité à la française.

Mais qui a oublié les médias sociaux ?

A. Montebourg avait pourtant tweeté le lancement du projet

A. Montebourg avait pourtant tweeté le lancement du projet

Si le citoyen que je suis ne peut que se réjouir d’un tel appel à la mobilisation du génie français, le communicant que je suis également est en revanche effaré de constater que le dispositif comporte une omission radicale et désolante : aucun réseau social n’est intégré dans l’opération pour recueillir les avis et les regards des Français. Excepté deux pauvres boutons Twitter et Facebook pour uniquement partager l’adresse du site et le rapport sur ses propres profils numériques, il n’existe aucune espace de conversation. Pas la moindre page Facebook où l’internaute pourrait déposer des commentaires. Pas le plus petit fil Twitter où l’usager pourrait faire connaître ses trouvailles. Pas même une chaîne You Tube ou un profil Google + où chacun pourrait attirer l’attention sur des projets s’inscrivant pleinement dans cette opération de reconquête de fierté nationale. Rien de rien sinon un désert 2.0 radical !

En lieu et place de ces canaux digitaux pourtant au cœur du quotidien de 35 millions d’internautes en France, sont proposés deux questionnaires poussifs qui tiennent plus de l’austère formulaire administratif que de la joyeuse boîte à idées. Alors que notre pays fourmille de start-ups et d’entrepreneurs, d’esprits ingénieux et de gens passionnés, pourquoi délaisser avec autant de légèreté les médias sociaux qui sont de formidables vecteurs de partage, de viralisation et d’émulation ? Dans un récent article du Parisien Magazine, Valérie Accary, présidente de l’agence de publicité BBDO, prévient pourtant (3) : « Un joli logo ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est une bannière derrière laquelle entreprises, politiques et Français se mobilisent ». Qui d’autre aujourd’hui que le Web social est en effet le plus susceptible de générer des étincelles contagieuses d’envie, de création et de succès ?

Dans ce même article, Arnaud Montebourg prend pourtant soin de clamer que (4) « nous devons trouver une manière d’expliquer ce qu’est la France aujourd’hui : un pays qui accomplit une révolution industrielle, qui se lance dans de nombreuses innovations ». Mesdames et Messieurs les ministres, sachez que ce vœu pieu s’applique aussi à la communication. Une communication moderne, impactante et engageante ne saurait se réfugier dans les bonnes vieilles recettes incantatoires de quelques publicitaires décalés. Donnons aux Français d’authentiques et fructueux moyens d’écrire notre « storytelling » collectif au lieu d’administrer des fiches obsolètes et aussi gaies qu’une déclaration d’impôt.

Sources

(1)    – Benjamin Jérôme – « Tous VRP de la marque France » – Le Parisien Magazine – 28 juin 2013
(2)    – Ibid.
(3)    – Ibid.
(4)    – Ibid.

Pour en savoir plus

- Télécharger le pré-rapport de la commission Marque France
- Lire l’article de Pierre Gince sur la démarche suédoise et leur marque pays (billet signalé par Tom Liacas)



2 commentaires sur “Marque France : Pourquoi avoir oublié les médias sociaux pour consulter les Français ?

Laisser un commentaire


Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.