Le blog du Communicant

Communication, Information, Conversation, Réputation

15 ans d’existence, + de 1 400 articles, garanti sans rédaction IA

Au rayon « coup de com », la FNAC cartonne !

Depuis quelques mois, la FNAC s’est lancée dans une opération de communication qui me laisse perplexe. Dans son magnifique magasin des Ternes à Paris où je suis un client invétéré, les 16 escalators sont alternativement mis à l’arrêt, en particulier lors des jours ouvrés où la fréquentation est plus faible. Motif : réduire la consommation électrique des appareils pour une meilleure empreinte environnementale. N’y aurait-il pas comme un soupçon de « coup de com » ?

C’est un trépied avec une petite pancarte d’information qui nous arrête sur le champ. Pas question d’emprunter cet escalator. Il n’est pas en panne. Il est seulement mis hors service volontairement par le magasin pour participer à une démarche de sobriété énergétique, nous précise l’affichette. Et de compléter l’argumentaire avec de savants calculs où l’on apprend qu’un tel appareil consomme à lui seul, « 10 kilowat par heure » (oui, la faute d’orthographe est véridique !), « ce qui équivaut à parcourir 75 km en voiture électrique ». Circonspect mais également piqué au vif dans ma curiosité, je ne tarde pas à farfouiller sur le Web pour mieux comprendre. Ai-je l’esprit tordu ou y a-t-il anguille sous roche ?

La pilule passe mal !

Le moins qu’on puisse est que l’initiative a rencontré diverses appréciations chez les clients. Il y a d’abord ceux qui, mathématiciens dans l’âme et équations en tête, vous expliquent doctement que ce calcul n’a pas de sens tandis que d’autres remettent en question le chiffrage de la consommation exacte d’un escalator et affirment que c’est beaucoup plus faible ! Un instagrameur dénommé @le_declic_climatique nous gratifie quant à lui d’une séance de calcul au tableau avec une petite vidéo fort instructive. Pour lui, pas de doute ! La FNAC fait une belle opération de sobriété énergétique avec au bas mot, 15 000 € d’électricité économisés par an et 20 tonnes de CO2 en moins. Bon, j’avoue ! Je n’ai pas tout saisi mais question maths, mon cerveau atteint difficilement le niveau baccalauréat !

Après les hypothèses de calcul, il y a les mécontents qui crient notamment à la discrimination en termes d’accessibilité envers les personnes âgées et/ou handicapées qui se retrouvent privées d’escalator. Oubliant malgré tout de préciser qu’à chaque étage, un escalator sur les deux installés fonctionne ! Interrogé, la direction du magasin souligne à ce propos que « certains escalators du magasin, lorsqu’ils sont en double, et à certains moments où le trafic en magasin est plus faible [sont arrêtés]. Les clients et visiteurs sont invités à emprunter l’autre escalator en service. Des ascenseurs sont également disponibles, donc il n’y a aucun sujet sur le plan de l’accueil des clients comme de l’accessibilité » (1).

Du greenwashing qui ne dit pas son nom

Une chose est certaine : la FNAC est réellement engagée dans un programme de sobriété énergétique qui s’inscrit dans le cadre plus vaste de ses engagements RSE. En revanche, dans la page qui détaille les actions opérées, nulle mention n’est faite des escalators. C’est le recours à des systèmes de gestion des éclairages et des températures dans tout le magasin qui est évoqué. Bref, à force de creuser le sujet, l’argument de l’escalator arrêté tient de plus en plus de la grosse ficelle communicante à peu de frais pour s’arroger une image verte alors que l’enjeu de l’impact environnemental d’un magasin ne se réduit absolument pas aux seuls escaliers mécaniques. D’où l’impression un tout petit peu énervante d’être pris pour un neuneu.

Que la FNAC fasse part de ses actions auprès de ses consommateurs, n’est absolument pas blâmable. Mais à condition de le faire de manière moins basique et tirée par les cheveux (et si possible un peu plus développée avec par exemple un QR code sur l’affiche qui renvoie à des pages plus fournies en matière d’information). D’autre part, si réellement l’objectif est de réduire la consommation électrique des escalators, pourquoi ne pas installer des capteurs qui détectent aussitôt le passage d’une personne pour activer les marches et les arrêter lorsque personne ne les emprunte. Il y a quantité d’édifices et de bâtiments qui recourent à cette solution sans en faire toute une histoire de vertu écologique !

A bien y regarder, ne serait-ce pas plutôt des considérations très pécuniaires derrière ces arrêts intempestifs d’escalators. En les mettant à l’arrêt à tour de rôle, on diminue effectivement la facture d’électricité. On allonge aussi le temps de vie de l’appareil et on réduit les interventions de maintenance. En soi, là non plus rien de honteux mais pourquoi diable ergoter de cette façon.

Gonfler artificiellement la vertu écologique d’un produit est regrettable

Cette construction argumentaire quelque peu fallacieuse et insincère m’a rappelé une anecdote qui a justement prévalu à la naissance du mot « greenwashing » (éco-blanchiment ou verdissement en français classique). Au milieu des années 80, l’activiste écologiste américain, Jay Westervelt est le premier à recourir à ce mot-valise. A l’époque, il s’attaque aux allégations marketing de l’industrie hôtelière qui enjoint ses clients d’éviter de remplacer quotidiennement leur serviette de toilette pour préserver les ressources en eau. L’argument cachait en fait une deuxième préoccupation nettement moins écophile et non avouée : rogner sur les coûts de fonctionnement des hôtels pour améliorer la marge brute. Le « greenwashing » est né !

Gonfler artificiellement la vertu écologique d’un produit, d’un service ou d’une activité auprès des consommateurs est une pratique regrettable. Surtout en cette période où la transition écologique marque le pas à cause du regain de climatoscepticisme et de la ritournelle de l’écologie punitive chez les plus réfractaires aux efforts environnementaux. Ce n’est pas en agitant des cache-sexes à la marge qu’on motivera et incitera les consommateurs à apporter leur propre contribution. Franchement, le coup de l’escalator arrêté ponctuellement pour préserver la planète donne envie de « punir » l’auteur de cette idée saugrenue et de lui faire grimper 200 fois les marches aller et retour !

Additif du 20/05/2025 : Suite à la publication de ce billet, la direction de la communication du groupe FNAC-Darty a tenu à préciser que l’initiative des escalators relevait d’un choix de la direction du magasin des Ternes mais et n’avait pas vocation à être généralisée à l’ensemble des magasins. Au passage, certaines maladresses de l’affichette initiale ont été corrigées.
Enfin, la FNAC veille en toute circonstance à l’accessibilité de ses magasins contrairement à ce que laisse supposer l’article d’Actu.fr cité.

Sources

Pour en savoir plus sur les engagements durables du groupe FNAC-Darty, télécharger le rapport RSE 2023/2024

Mots clés

Les derniers articles publiés

Corentin Vrand (Decathlon France) : « Je préfère l’authenticité des propos et assumer l’imperfection plutôt qu’une com formatée »

A 31 ans, Corentin Vrand est directeur de la communication de Decathlon France. Il fait partie de la génération montante des dircoms qui ont une vision très enthousiasmante sur l’évolution de leur fonction. Pour le Blog du Communicant, il a accepté d’évoquer les grands enjeux d’influence et de réputation que Decathlon doit relever en France.

Présidentielles 2027 : Communicants politiques et candidats, il serait grand temps de dépoussiérer vos vieilles ficelles !

Le compte à rebours de l’élection présidentielle d’avril 2027 est déclenché et déjà les candidats potentiels, déclarés ou déclassés s’acharnent à traquer la punchline qui fera parler ou la mise en scène qui rendra plus sympathique que les autres. Dans ce concours Lépine échevelé et frénétique, les idées sont (trop) souvent reléguées à la cave […]

Communication de la peur : à quoi jouent exactement Anthropic et Open AI ?

Sale temps sur la planète IA ! Cet été, des agents IA d’Open AI ont piraté au cours d’un test, la plateforme Hugging Face à cause d’une faille logicielle. Plus récemment, c’est un nouveau chercheur, Jacob Coxon, qui vient de claquer la porte d’Anthropic à cause de l’IA qui « pourrait tous nous tuer d’ici à […]

Bénédicte Vanderschaeve : entretien avec la communicante qui traque avec humour les clichés de la com’

Si vous êtes communicant et souvent connecté à LinkedIn, vous avez sans doute dû voir passer un jour dans votre fil d’information, la couverture de Dircom Magazine. Ce média fictif émane de Bénédicte Vanderschaeve, directrice de la communication de Vosgelis, un office public de l’habitat numéro 1 en Lorraine. Régulièrement, ce pastiche hilarant épingle tous […]

Liste des blogs, des podcasts et des sites amis et conseillés