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Désinformation & riposte : l’initiative French Response est-elle duplicable pour des entreprises ?

Lancé discrètement sur X en septembre 2025 par le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE), le compte « French Response » vise à répliquer aux trolls et aux agents propagateurs de désinformation qui font circuler des informations fausses sur la France. Bien qu’elle suscite encore des réticences parmi les diplomates et certaines autorités, l’initiative est devenue un vrai succès d’audience avec plus de 140 000 abonnés à ce jour. Face aux menaces informationnelles, faut-il pour autant répondre ? Radioscopie d’un outil qui pourrait inspirer les entreprises dans leurs stratégies de communication.

Jusqu’au 11 janvier 2026, le compte « French Response » vivotait tranquillement sur X. Ouvert quelques mois plus tôt, ce nouveau porte-voix diplomatique entend « porter la parole de la France » et « lutter contre les campagnes de désinformation menées depuis l’extérieur par nos adversaires ou nos compétiteurs » (1) selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. A charge pour lui de « détecter très précocement les attaques informationnelles sur les réseaux sociaux », et « pouvoir y riposter » (2).

Ce 11 janvier, le compte va alors changer de dimension grâce à … Elon Musk en personne ! La veille en effet, le vibrionnant milliardaire a taclé violemment comme à son habitude le gouvernement anglais en postant une question : « Why is the UK government so fascist? ». La réplique de « French Response » tient alors en une image, celle où l’on voit Elon Musk exécuter un salut nazi (ou romain selon d’autres) lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump il y a an. Les statistiques s’affolent : le message est vu plus de 8,3 millions de fois, avec plus de 151 000 likes et 13 000 partages. Un véritable carton qui va décupler le nombre d’abonnés du compte passant de 10 000 à 140 000 en quelques jours.

Contrer la désinformation des adversaires

Au départ, « French Response » s’inscrit dans une tonalité plus institutionnelle où il s’agit de tordre le cou aux fausses allégations quand quantité d’adversaires de tous horizons politiques diffusent sur la France. Le premier post va ainsi s’adresser à Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères qui émet des commentaires biaisés et très négatifs sur la position officielle de la France à propos de la reconnaissance de l’Etat palestinien. Alors que la désinformation sévit plus que jamais, Anne-Marie Descôtes, secrétaire générale du MEAE, est sans ambages sur la mission de « French Response » (3) : « Dans ce monde de prédation, si nous sommes faibles, nous apparaissons comme des proies. Pour être libre, il faut être craint ».

Dans son discours inaugural de la conférence des ambassadeurs le 9 janvier dernier à Paris, Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, est longuement revenu sur ce qui a justifié la mise en place d’un compte tel que « French Response » (4) : « Nous vivons une révolution technologique qui a fragmenté l’espace de l’information. Se pose alors d’une manière nouvelle la manière dont nous devons porter la voix de la France. Et à l’aune de cette fragmentation, nous sommes confrontés à un nouveau défi, puisque dans les failles qui se sont ainsi créées dans l’espace de l’information, se sont engouffrés nos adversaires et nos compétiteurs pour porter atteinte à nos intérêts, à notre image et à la France plus généralement. La conflictualité s’est installée dans un nouveau champ : le champ des perceptions ». Le ton est donné et « French Response » va alors régulièrement épingler les grands noms de ce monde dès lors qu’ils sont pris en flagrant délit de désinformation.

A la conquête d’un écosystème d’alliés

Ce patient travail de déminage informationnel s’est rapidement accompagné d’une posture qui fonctionne particulièrement bien sur les réseaux sociaux : le recours à l’humour et à l’ironie. Cela permet de tourner en ridicule les assertions fallacieuses tout en touchant un public plus vaste (et plus jeune) qu’uniquement les audiences férues de diplomatie et de géopolitique internationale. Le ton blagueur est facteur de viralité dans cette bataille narrative de haute intensité. L’intention n’est effectivement pas de demeurer dans l’entre-soi où des initiés répondent à d’autres initiés mais clairement d’agréger un écosystème de relais fiables eux-mêmes influents.

Là aussi, le résultat est patent comme l’a relevé la dernière étude du Cercle Pégase, un think-tank créé en 2022 par SopraSteria et dédié à la lutte contre les manipulations de l’information. Avec le concours de la plateforme de veille de Visibrain, le think-tank note que « French Response » bénéficie d’interactions régulières avec des comptes britanniques comme l’Ofcom (l’Arcom anglais) et le FCDO (le Foreign Office) qui n’hésitent pas à repartager certains posts d’autant que ceux-ci sont rédigés en anglais pour accroître leur portée internationale.

D’autres comptes moins connus mais tout autant essentiels en termes d’influence apportent également leur soutien en diffusant les messages de « French Response » comme Clément Molin, Louis Duclos ou encore le Zelenskyste. En fonction du sujet à débunker, « French Response » adapte le registre éditorial et sa communauté d’alliés réagit ensuite.

Certains diplomates grincent des dents

L’initiative numérique du MEAE a toutefois fait grincer quelques dents au sein du corps diplomatique tricolore plus habitué aux discussions feutrées de salons et aux mots soigneusement sélectionnés au trébuchet de la novlangue des ambassades. Néanmoins, même s’il ne fait pas l’unanimité, « French Response » démontre par la preuve qu’il y avait un besoin réel et urgent de ne plus pratiquer la politique de la chaise vide sur les réseaux sociaux en désactivant notamment des comptes sur X et de se tenir à l’écart de peur de générer une escalade verbale sans fin ou de s’abaisser à des pratiques jugées vulgaires.

L’intérêt de « French Response » ne réside pas uniquement dans le simple fait qu’il s’oppose dorénavant aux narratifs falsifiés de certains dirigeants de pays et/ou de formations politiques. Son impact tient dans le fait qu’il s’astreint à ne pas verser dans la contre-propagande en produisant à son tour, des infoxs envers les adversaires ou les concurrents. Sur ce point, la ligne éditoriale est stricte. La riposte informationnelle s’effectue avec des faits concrets et des données vérifiables pour préciser, contextualiser et déconstruire les affirmations mensongères. Avec si besoin est, une pointe d’humour et même d’auto-dérision pour retourner les attaques informationnelles.

Ce n’est donc guère un hasard si la base d’abonnés de « French Response » continue de grossir et d’accroître son impact dans la guerre informationnelle que livrent des Etats comme la Russie, la Chine et l’Iran (mais pas qu’eux) ainsi que la galaxie MAGA et le 47ème président des Etats-Unis en tête. Qu’on le veuille ou non, il n’est plus tenable de rester coi comme l’assume Pascal Confavreux, le porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (5) : « Nous avons quand même répondu aux codes qui sont ceux en ce moment sur cette plateforme. On peut mettre en avant, parfois de manière effectivement décalée mais assumée, juste le ridicule de leurs accusations qui sont portées contre nous. Et ça, ça peut avoir un impact, y compris de dissuasion pour de futures accusations ».

Un cas d’école qui doit inspirer les entreprises

Ce cas d’école émanant du Quai d’Orsay doit en tout cas inspirer les entreprises qui sont de plus en plus sujettes à des agressions informationnelles. Ce dernier n’entend pas se substituer aux classiques discussions dans les antichambres des ambassades, ni incarner à lui seul la stratégie diplomatique officielle de la France. Il est simplement là pour couper l’herbe sous le pied aux détracteurs étatiques qui n’ont depuis longtemps, aucune pudeur ni prévention à propager de la désinformation. A cet égard, le compte X de l’ambassade de Russie en France est un exemple symptomatique d’intox à travers la diffusion ponctuelle des messages de Vladimir Poutine.

Pour les entreprises, il en est de même. L’édition 2024 du Global Risks Report du Forum économique mondial classe d’ailleurs la désinformation parmi les menaces globales les plus préoccupantes pour le monde économique, devant les risques climatiques et économiques. Pourtant, perdure toujours l’idée dans les Comex qu’il est préférable d’être silencieux et de faire le dos rond lorsqu’une marque ou une enseigne corporate est victime de fake news. Cette propension à faire l’autruche est souvent mue par la crainte de « faire de la publicité » à une infox et par conséquent d’amplifier le problème.

Cette lecture des choses est totalement erronée et dangereuse à l’heure où la fausseté informationnelle est une arme de plus en plus déployée y compris dans le monde du business pour dénigrer un concurrent et gagner des contrats ou des parts de marché sur son dos. Pour autant, il ne s’agit pas de bondir tous azimuts sur la moindre fake news mais d’établir une veille pertinente et agile et d’opérer des ripostes informationnelles ciblées lorsque le seuil de visibilité de la dite fake news devient critique. Il n’est plus possible ni sensé d’imaginer de se tenir à l’écart quand les coups pleuvent. Ne rien dire revient à accréditer l’idée que votre silence cache quelque chose et fait par conséquent le jeu de ceux qui vous agressent et malmènent.

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