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RATP & Stéphane Guillon : Est-il pertinent de censurer un artiste ?

Stéphane Guillon n’a pas le ticket avec la régie publicitaire de la RATP. Jugeant trop politisée l’affiche du prochain spectacle de l’humoriste à l’Olympia,  celle-ci a décrété l’annulation sine die de la campagne programmée dans les couloirs du métro. Erreur de communication et atteinte à la liberté d’expression.

Le titre du DVD du précédent spectacle de Stéphane Guillon, « Liberté (très) surveillée » n’aura en fin de compte jamais été aussi prémonitoire.

The show must go on ?

La fameuse affiche, objet du courroux de la régie pub de la RATP

Averti que la RATP stoppait net la campagne d’affiche de son nouveau one-man-show en mai 2012 à l’Olympia, Stéphane Guillon a alors tweeté hier soir à l’intention de ses 106 500 abonnés : « Mon affiche a été censurée dans le métro sans explication. Je suis triste pour tous les gens qui travaillent avec moi sur ce spectacle. Il s’agissait de 300 affiches sur quinze jours, une campagne qui s’annonçait magnifique. Nous n’avons aucune explication. Des affiches ont été posées puis arrachées. Il s’agit de l’affiche du spectacle, présente sur mon site ».

Le résultat ne s’est guère fait attendre. La polémique figure ce matin dans le top 10 des tendances du jour sur Twitter. S’il s’agissait d’évacuer en catimini l’accroche provocatrice des couloirs du métro et d’occulter la vacherie mordante de Stéphane Guillon à l’égard de Nicolas Sarkozy, c’est totalement raté. Le sujet a instantanément enflé dans la blogosphère avant d’être repris aujourd’hui par tous les grands médias nationaux. Mieux encore ! L’impertinent est invité par un autre agitateur patenté, Yann Barthès sur le plateau du « Petit Journal » de Canal +. Autant dire que le « censuré du jour » va s’en donner à cœur joie pour décocher les vannes acerbes et les allusions sarcastiques que les aficionados ne manqueront pas de répercuter sur les réseaux sociaux.

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Le Petit Journal 26/01/12 – Montage, manipulation et bidonnage

Argutie juridique contre boomerang comique

Pourquoi tant de zèle préventif à l’égard d’un artiste ?

Face au brouhaha déclenché par sa décision, Metrobus qui gère les espaces publicitaires dans le métro parisien, a bien tenté de se couvrir derrière une argumentation juridique pour justifier le retrait des affichages incriminées (1) : « Le contrat qui nous lie à la RATP nous interdit de procéder à un affichage politique, de surcroît durant les campagnes électorales ». A l’Agence France Presse, la régie enfonce le clou légaliste pour essayer de déminer la controverse (2) : « Cette campagne a été retoquée au niveau de l’accroche. Notre direction juridique a estimé que cela n’entrait pas le cadre de notre convention avec la RATP. Nous devons nous abstenir de toute communication à caractère politique ou religieux, surtout en période électorale ».

Il est vrai que le slogan (« En mai 2012, Stéphane Guillon s’en va aussi ») et le visuel (l’artiste tirant sa révérence) choisis par l’expert ès provocation sont particulièrement lourds de sous-entendus moqueurs suggérant que l’hôte actuel de l’Elysée pourrait bien faire ses valises à la même période que le comique.

Toutefois, qu’on aime ou qu’on haïsse l’humour ravageur Stéphane Guillon, le procédé censorial appliqué pour la circonstance témoigne d’un zèle plutôt idiot. Surtout si l’objectif pour d’aucuns était de réduire discrètement au silence un trublion connu pour être incontrôlable et savoir exploiter et retourner habilement à son avantage les attaques menées à son encontre.

Remember France Inter !

L’éviction de Guillon vue par Na ! (www.dessinateur.biz)

A cet égard, la régie de la RATP aurait dû se souvenir du traitement médiatique infligé en 2010 à Jean-Luc Hees, président de Radio France et Philippe Val, directeur de France Inter lorsque ceux-ci ont éjecté manu militari Stéphane Guillon suite à une énième blague provocatrice proférée à l’antenne.

Le comique ne s’était alors guère privé de se répandre dans les médias en dénonçant un règlement de comptes purement politique et en organisant même une manifestation devant la Maison de la Radio sous l’œil gourmand des caméras de télévision.

Depuis, l’épisode (comme celui de Didier Porte par ailleurs que le duo a évincé de la même façon) colle aux basques de Jean-Luc Hees et Philippe Val comme un peu glorieux acte d’allégeance à la tutelle politique.  Pis, il ressurgit régulièrement comme l’illustration d’une certaine forme de censure déguisée qui serait exercée par le pouvoir et ses affidés redevables à la tête d’entreprises publiques. On peut rêver mieux comme réputation !

Lire la suite du billet sur le Plus du Nouvel Observateur

Sources

(1) – Emmanuel Berretta – « L’affiche de Stéphane Guillon retirée en catastrophe du métro parisien » – Le Point.fr – 26 janvier 2012
(2) – Agence France Presse – « Censure ridicule des affiches de Stéphane Guillon selon le PS » – 26 janvier 2012

A lire également

– Benoist Pasteau – « Censure : la RATP répond à Guillon » – Europe 1.fr – 27 janvier 2012

Mots clés

5 commentaires sur “RATP & Stéphane Guillon : Est-il pertinent de censurer un artiste ?”

  1. Hicham -
     -

    Le « problème » dans la Démocratie telle qu’on la vit, c’est cette antinomie entre liberté d’expression et censure : soit on accorde la liberté d’expression et on accepte d’entendre même les plus grosses bêtises, soit en effet on censure en fonction des situations, mais on ne peut plus alors parler de liberté d’expression.

    Cela dit,je suis tout à fait d’accord avec cette idée de cordon sanitaire qui heureusement existe, même si cette histoire d’arrachage d’affiche est en effet une complète bêtise.

    En même temps, je ne suis pas très objectif, j’aime bien Guillon. 🙂

    1. Olivier Cimelière -
       -

      C’est vrai que l’équation est infernale ! Jusqu’où mettre le curseur de la liberté d’expression ? La question est loin d’être tranchée.

      Dans le cas de Guillon (que j’aime bien aussi au demeurant), la question n’était en revanche pas tant de l’aimer ou pas. Elle relevait du plus pur droit d’expression d’autant qu’honnêtement, la pique n’est pas bien méchante et ne justifiait vraiment pas autant de barouf qu’en a provoqué la décision de la régie pub de la RATP !

    1. Olivier Cimelière -
       -

      La censure est un outil délicat à manier en démocratie. Toutefois, il y a des cas extrêmes où elle doit constituer un cordon sanitaire pertinent, notamment en cas de révisionnisme, de racisme, d’incitation à la haine, à la pédophilie, d’apologie du nazisme et autres déviances de ce genre. Dans le cas de Guillon, il est évident qu’on a voulu écraser une mouche avec un canon de 38 provoquant au final un écho bien plus vaste (et profitable à l’agressé!) que si rien n’avait été entrepris !

Les commentaires sont clos.

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