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26 juin 2018

Désinformation & Fake News : L’éducation aux médias doit-elle devenir une priorité absolue ?

Les dispositifs technologiques et législatifs se multiplient pour contrer les effets délétères de la désinformation qui percole allègrement sur le Web social. Les médias classiques eux-mêmes dupliquent sans compter les opérations « fact-checking » pour endiguer les flux informationnels qui se prétendent plus vrais que vrais et qui cultivent la défiance populiste comme argument de séduction. Le danger est effectivement clairement identifié. Mais n’oublie-t-on pas un peu vite que l’éducation au décryptage de l’information et de la communication est un axe encore trop minoré ? Réflexions libre cours

Il s’appelle Aviv Ovadya. Son patronyme n’évoque sans doute rien pour la plupart d’entre nous. Pourtant, il est l’un des experts américains les plus à la pointe sur les phénomènes de désinformation qui essaiment de façon fulgurante sur le Web social. Aujourd’hui, il est directeur des technologies au « Center for Social Media Responsibility » de l’université du Michigan et continue d’inlassablement étudier comment les nouvelles technologiques numériques distordent la circulation de l’information sur les réseaux sociaux et peuvent grandement influer sur les opinions de communautés en ligne. Mais comme en témoigne un excellent portrait rédigé récemment à son encontre par le site Buzzfeed, il est aussi celui qui avait tiré la sonnette d’alarme en 2016 bien avant que ne soient démontrés le poids des ingérences étrangères et l’accumulation de fake news comme un des leviers de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche en novembre de la même année. Au cours d’une conférence rassemblant des figures de la technologie à San Francisco, il annoncer sans ciller que notre société est au bord de ce qu’il qualifie « d’infocalypse ». Ses observations l’ont effectivement convaincu que les informations charriées sur les médias sociaux obéissent de moins en moins à des critères de crédibilité et de fiabilité mais plutôt à des algorithmes basés sur la performance des partages, des taux de clics. Quitte à pousser massivement des contenus dont la teneur peut largement prêter à confusion, voire pire. Malgré la démonstration fouillée et argumentée qu’il déploie, son intervention reste lettre morte, y compris chez les représentants des grandes plateformes comme Facebook, Google et consorts qui semblent plus y voir des élucubrations aux accents de Cassandre qu’un véritable et crucial enjeu informationnel. Pourtant, l’intensité des polémiques qui éclatera à l’issue de l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, la prolifération des fake news un peu partout et les failles avérées de Facebook (notamment avec l’affaire Cambridge Analytica) vont remettre au goût du jour l’urgence de l’enjeu : quelle information risquons-nous d’avoir ces prochaines années si rien n’est entrepris à divers niveaux pour distinguer le vrai du faux, la manipulation de faits arrangés de la vraie investigation étayée ? Ceci d’autant plus que les technologies ne cessent de progresser en puissance de calcul et peuvent être dévoyées. Aviv Ovadya n’en démord pas (1) : « Je me suis rendu compte que si ces systèmes échappaient à tout contrôle, il n'y aurait rien pour les réfréner et que ça tournerait mal, très rapidement. N'importe qui pourrait faire croire que quelque chose, n'importe quoi, est arrivé, que ce soit vrai ou pas ».
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