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Crise CNEWS/Morandini : De l’art de se tirer une balle dans le pied évitable !

Le délinquant sexuel Jean-Marc Morandini s’est enfin résolu à jeter l’éponge. Au terme de trois semaines d’une crise à rebondissements multiples, il a commis le 9 février à 14h30, un laconique message sur son blog pour acter à sa demande son retrait de l’antenne de CNews. Officiellement pour « rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction » (sic) !

C’est peu de dire que cette crise réputationnelle a été gérée comme des amateurs entêtés par la direction de CNews. Même si Morandini s’efface de la grille des programmes de la chaîne, cet épisode déplorable laissera des traces dont Vincent Bolloré se mordra peut-être un jour les doigts. Pourtant, tout était largement évitable dans cette crise. Analyse des impacts.

L’erreur de renier un engagement publiquement annoncé

Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation rend son verdict définitif : le présentateur est condamné pour corruption de mineurs à la suite des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents entre 2009 et 2016. C’est l’épilogue d’une saga polémique commencée dix ans plus tôt. A l’époque, I-Télé (devenu CNews) botte en touche et écrit le 25 août 2016 : « En cas de condamnation, Jean-Marc Morandini et I-Télé ont d’ores et déjà prévu qu’il quitterait le groupe sans indemnité » (voir capture d’écran ci-dessous).

Les multiples épisodes où Morandini s’est à chaque fois pourvu en appel n’ont fait qu’accroître la contestation en interne depuis la fameuse grève d’I-Télé qui a duré 31 jours. Déjà en opposition au recrutement du décrié présentateur. Nombreux sont ceux qui continueront de s’émouvoir du maintien inamovible de cette figure sulfureuse. Dans une entreprise « normale », le couperet serait tombé au mieux ce 14 janvier en se référant aux bases du communiqué. Exit Morandini, chapitre suivant.

C’était sans compter sur le dogmatisme du directeur général de CNews, Serge Nedjar, grand artisan de la droitisation à outrance de la chaîne dont Morandini est un zélé porte-voix, et du propriétaire actionnaire, Vincent Bolloré, qui n’entend pas renier la fidélité de son fidèle spadassin du temps des années Direct 8 où personne ne se bousculait sur sa chaîne low-cost. En refusant de céder à l’inexcusable, voilà comment on remet une pièce dans la machine infernale. Et pour couronner le tout, Morandini tout regonflé comme un coq incassable parle même de faire appel à la Cour européenne de justice pour plaider son cas ! Avant de renoncer.

Un grand écart intenable

Trop, c’est trop ! La sédition qui couvait depuis un long moment à propos de la conservation à l’antenne de Morandini, éclate rapidement au grand jour. Le public découvre notamment la guerre sourde qui se trame entre Serge Nedjar, partisan d’une hystérisation éditoriale toujours plus poussée, et Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction du JDD et chroniqueur pilier de CNews, qui ferraille pour l’éviction du présentateur pervers qui fait tâche dans les admonestations quotidiennes que CNews assène pour une morale exemplaire et une justice dure.

C’est alors que Sonia Mabrouk, journaliste emblématique de la chaîne et tête de gondole des médias bolloréens, réagit publiquement et en direct le 20 janvier. A une question posée par le député Jérôme Guedj, elle prend ouvertement ses distances avec Morandini et fait part de son trouble à l’égard des victimes qui ne sont pas respectées à ses yeux dans la décision de sauver le soldat Morandini. Ce coup de pied de l’âne déclenche alors une libération de la parole assez peu commune dans l’univers rigide et dictatorial des médias Bolloré.

Premier effet collatéral : l’éviction du chroniqueur et ancien magistrat Philippe Bilger qui en profite pour dénoncer la chape de plomb éditoriale qui pèse sur les plateaux de CNews. D’autres voix vont prendre le relais et les politiques vont même s’en mêler. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, interdit dorénavant à ses troupes de répondre aux invitations de l’émission de Jean-Marc Morandini. Puis, c’est Marion Maréchal-Le Pen qui en remet une couche le 2 février (1) : « rien [ne peut] justifier et expliquer que Morandini se maintienne à l’antenne après sa condamnation». Elle ajoute : «Il devrait avoir la décence de se démettre lui-même pour ne pas abîmer la réputation de toute une chaîne, de tout un groupe. […] Il n’a rien à faire à l’antenne. Les actes qu’il a commis sont extrêmement graves : on ne touche pas aux mineurs ».

Devant une telle levée de boucliers, la sagesse invite à lâcher l’affaire et à mettre un terme à une controverse qui n’a que trop duré et abimé l’image de la chaîne. C’est mal connaître l’irréductible Serge Nedjar. Le 4 février, il déboule fou furieux dans la loge de Sonia Mabrouk et éructe (2) : « Les gens sont d’accord ou pas. Mais ceux qui ne sont pas contents, c’est la porte ! La porte ! La porte ! ». Le grand écart est à son climax en interne comme chez les aficionados de la chaîne.

Sonia Mabrouk (Mat Ninat Studio)

Le ver est dans le fruit

Une crise réputationnelle fonctionne souvent comme une poupée gigogne. Il y a d’abord l’élément déclencheur et le cortège de révélations qui s’ensuit. Et puis, il y a les dossiers connexes qui subitement vont ressurgir et donner une coloration encore plus délétère à la gestion de crise conduite par Nedjar et Bolloré. L’axiome va une nouvelle fois se vérifier.

Le 26 janvier, le site d’investigation Mediapart publie un article ravageur où l’on apprend que le directeur de l’information de CNews, Thomas Bauder, a été condamné en décembre 2025 à quatre mois de prison avec sursis pour avoir commis des violences sur ses enfants entre 2017 et 2023 (dont il a fait appel). Passée à l’époque sous le radar médiatique, l’affaire vient percuter la chronique déjà bien agitée autour de Morandini. C’est l’occasion pour Mediapart de rappeler que sur CNews, les violences éducatives sur les enfants sont régulièrement minimisées chez les chroniqueurs tape-durs comme Gilles-William Goldnadel, Elisabeth Lévy ou encore Louis de Raguenel.

Problème : cela instille une petite ritournelle bien encombrante donnant l’impression entêtante que chez CNews, les mineurs comptent pour du beurre et sont même planqués au sous-sol lorsqu’ils font un stage chez CNews et Europe 1 (pour éviter qu’ils ne rencontrent Morandini). Pour une chaîne qui n’a de cesse de jouer les parangons de la rectitude morale et du catholicisme suranné, cela engendre malgré tout un hiatus que n’hésite d’ailleurs pas à appuyer le clan Geoffroy Lejeune dans sa lutte d’influence contre le pouvoir omnipotent de Serge Nedjar.

Une réputation bien amochée

C’est en fin de compte Jean-Marc Morandini qui va « offrir » la clé de sortie de crise après plus de trois semaines de vaudeville pitoyable et détestable qui auront eu au moins le mérite de mettre en lumière les aspects les plus vils de CNews.

Pour autant, c’est une victoire à la Pyrrhus. La chaîne se débarrasse d’un boulet sous la contrainte après avoir lutté contre vents et marées. Mais elle perd en plus au passage, une de ses figures encore respectables, en l’occurrence, Sonia Mabrouk. Cette dernière annonce le 6 février à l’AFP sa démission de CNews (3) en déplorant « une altération certaine et effective de [sa] relation avec une partie de la direction de CNews […] Hier, aujourd’hui, comme demain, ma boussole restera la préservation de l’intérêt des victimes ».

Si elle prend donc la porte, Serge Nedjar s’est pris quant à lui le mur. Nul doute que cette crise va laisser des cicatrices profondes au sein d’une chaîne qui clame à tout va et en permanence qu’elle est le fer de lance de la liberté d’expression alors que tout dans son fonctionnement est à rebours du concept ! D’une crise largement évitable, les dirigeants de CNews se sont tiré une balle dans le pied. La réputation de CNews va claudiquer pour un moment. Depuis sa double condamnation définitive pour « corruption de mineurs » et « harcèlement sexuel », l’émission de Morandini a perdu 25% de ses téléspectateurs et la quasi-totalité de ses annonceurs publicitaires !

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