EDHEC & Business fiction : Qui seront les leaders économiques en 2035 ?

Après Londres et Singapour en 2010, l’EDHEC vient d’inaugurer un nouveau campus en plein cœur de Paris en présence de Laurent Wauquiez, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Plutôt que privilégier une cérémonie classique à grands renforts de discours convenus, l’école a résolument choisi de célébrer l’ouverture de son campus en remuant les méninges de ses convives sous la forme d’une iconoclaste business fiction brossant le portrait des 10 entreprises qui seront les leaders économiques  … en 2035 !

Ce parti-pris inaugural plutôt original dans le monde policé des grandes écoles de commerce avait pour vocation de souligner l’attachement constant à la stratégie d’innovation que l’EDHEC entend impulser au travers de ses différents cursus de formation. En route pour un futur du monde des affaires peut-être pas si farfelu que cela !

Pas une prévision mais un jeu d’esprit pour réfléchir

En 2035, Tata aura absorbé Microsoft selon Daniel Franklin

Directeur général de l’EDHEC, Olivier Oger a justifié cette approche lors de son discours introductif : « C’est parce que le temps du monde des affaires s’accélère, que les enjeux se déplacent et se complexifient, que nous avons imaginé cette stratégie EDHEC innovante : toutes nos activités, nos recherches et nos formations, sont conçues en fonction des attentes des entreprises. Par nos travaux et nos formations en management, nous apportons au business des idées innovantes, et les outils dont il a besoin ».

Grâce à Daniel Franklin, rédacteur en chef de la revue annuelle « The World In » éditée par The Economist, décideurs politiques, chefs d’entreprise, étudiants, managers et autres participants à l’inauguration du campus parisien ont ainsi pu goûter à un rafraîchissant et décoiffant panorama du monde des entreprises en 2035. Un exercice qui se veut selon les termes même de son auteur, « un jeu d’esprit pour réfléchir mais pas une prévision ».

Sauf que vous ne le savez pas encore mais dans 23 ans, le géant pétrolier Exxon aura ajouté l’or blanc aquatique à l’actuel or noir de ses pipelines au point de se baptiser Exxon-Hydro pour mieux incarner cette convergence stratégique entre deux matières premières âprement disputées autour du globe. Pas si délirant à la lumière des enjeux actuels ?

Alors que pensez-vous d’un certain Tatasoft montant sur la deuxième marche du podium des grandes multinationales. En effet, en 2035, le conglomérat indien Tata aura gobé un Microsoft incapable de se régénérer, devenant ainsi le nouveau mastodonte planétaire du logiciel. Toujours pas assez déstabilisé par cette perspective au regard de la performance déjà convaincante de l’Inde en matière d’informatique et de high tech ?

Que diriez-vous donc d’un Qatar Holdings venant compléter le trio ? Fort de ses ressources gazières, le micro-état arabe détient un fonds souverain qui s’est diversifié dans de multiples secteurs porteurs comme l’alimentaire, l’industrie minière ou encore l’immobilier. Certes, vous pourriez objecter qu’en France, le Qatar fait déjà preuve d’un entrisme économique affirmé puisqu’il a même racheté le club de football du Paris Saint-Germain et qu’il est au capital de plusieurs fleurons industriels tricolores.

Penser l’impensable pour savoir se réinventer

Qui sera leader en 2035 ?

Par conséquent, pour achever de vous convaincre que le monde mute diablement, parlons du n°4 en 2035 imaginé par Daniel Franklin : GGS. Derrière cet énigmatique acronyme, se niche tout simplement la fusion de l’omniprésence numérique de Google et de l’ultra puissance financière de Goldman Sachs ! Fort de sa manne d’informations et d’argent, le groupe anticipe les risques pour le compte de ses clients et les emmener là où les tendances sont les plus prometteuses et durables.

Le Top 10 concocté par l’éditorialiste trublion de The Economist est à l’aune de ces boutures industrielles donnant naissance à de nouvelles corporations comme le groupe GlaxoSmithKlinePfizerDaiichiNovartisTeva (n°6) qui constituera l’ultime aboutissement des concentrations du secteur pharmaceutique ou encore sa réplique dans le monde de l’éducation universitaire avec Oxbridge Harvard (n°7), fusion des célèbres universités anglo-saxonnes.

Plus médusants encore sont les deux start-ups issues de l’esprit imaginatif de Daniel Franklin : Talentia et ManuVation. Aujourd’hui, elles sont un pur fruit théorique du cerveau du journaliste mais demain la première dominera le secteur du recrutement des talents dans le monde entier pour sa capacité à résoudre des problèmes aussi graves que la faim dans le monde. Quant à la seconde, elle proposera des machines recourant à la 3D pour fabriquer divers produits, révolutionnant par la même occasion l’industrie manufacturière.

Un exercice pas si délirant qu’il n’y paraît

Dans le classement Fortune 500 entre 1956 et 1981, une moyenne de 24 entreprises sortait des listes. Aujourd’hui, le chiffre est à 40

Au-delà de l’aspect ludique et disruptif de l’exercice qui fera par ailleurs l’objet d’un livre entier du même auteur intitulé Megachange – The World in 2050 à paraître en mars 2012, Daniel Franklin souhaite attirer l’attention sur la célérité sans cesse plus forte des changements que la compétition économique mondiale traverse depuis des décennies. Il nourrit sa réflexion autour d’un constat : l’indice Standard & Poors qui mesure la performance des plus grandes entreprises mondiales. Dans les années 20/30, le ratio du turn-over des entreprises s’établissait à 1,5%. Dans les années 90, il a grimpé à 10% et la tendance devrait encore s’accentuer.

Idem pour le classement Fortune 500 ! Entre 1956 et 1981, une moyenne de 24 entreprises sortait des listes à chaque nouvelle édition. De 1982 à 2006, le chiffre est monté à 40 entreprises. Là aussi, le taux moyen devrait également gonfler et expulser bien des leaders établis d’aujourd’hui au profit d’entreprises plus agiles et/ou de géants diversifiés et solidement arrimés sur des activités cruciales. Si un doute subsiste, il n’y qu’à observer les acteurs du Net comme par exemple Google et Facebook. Le premier né en 1998 avec une vingtaine d’employés dédiés au moteur de recherche compte aujourd’hui 32 000 salariés et investit tous les pans de l’économie. Le second a à peine 8 ans d’âge qu’il est déjà en passe de venir titiller sérieusement Google sur le marché de la publicité digitale !

Daniel Franklin estime (1) qu’« on a pris l’habitude de s’intéresser aux grands groupes privés ou publics. Mais d’autres structures se développent. Par exemple, le « family business », les conglomérats ou encore les sociétés capitalistes d’Etat, comme c’est le cas en Chine ». Autant d’arguments qui motivent l’EDHEC à se situer à la proue des mutations dans son enseignement plutôt que rester figé dans les certitudes complaisantes de certains leaders contemporains.

Conclusion – De l’agilité avant tout !

Pour Benoît Arnaud, directeur de l’Edhec Management Institute, la démarche de Daniel Franklin incite à faire bouger les lignes et à réfléchir au coup d’après (2) : « Bien sûr, il s’agit d’une vision personnelle, pleine de fantaisie et même d’une bonne dose d’humour. Mais, dans le même temps, ce travail de prospective nous incite à penser autrement et à prendre de la hauteur. Pour une école de management, c’est un exercice salutaire ».

Un exercice qui a d’ailleurs fait réagir Laurent Wauquiez avec un intérêt prononcé. Bien qu’il estime que la vision de Daniel Franklin manque quelque peu d’acteurs français (où selon le ministre, les talents peuvent venir rivaliser avec les plus gros – le sucre, le jeu vidéo, les services comme l’eau, l’électricité, etc-), le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a conclu que cette business fiction indiquait trois critères majeurs à remplir pour continuer à être performant dans le futur : la flexibilité dans un monde changeant, l’importance de garder à l’esprit une perspective globale et la nécessité de conserver en même temps un esprit d’ouverture tenant compte des réalités locales. Le « Megachange » de Daniel Franklin saura-t-il aussi convaincre les cerveaux des dirigeants actuels ? A suivre !

Sources

(1) – Jean-Claude Lewandowski – « Le palmarès mondial des entreprises … en 2035 » – Les Echos – 16 février 2012
(2) – Ibid.

Pour en savoir plus

– Lire le blog de l’EDHEC Management Institute
– Lire l’article sur l’inauguration du site corporate de l’EDHEC et l’interview vidéo de Benoît Arnaud, directeur de l’EDHEC Management Institute

2 commentaires sur “EDHEC & Business fiction : Qui seront les leaders économiques en 2035 ?

Les commentaires sont clos.