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Dircom de Meghan & Harry : Pourquoi est-ce le job le plus toxique de la planète PR ?

Peut-on encore parler de direction de la communication quand le « sujet » refuse d’être conseillé ? En six ans, le Prince Harry et Meghan Markle ont usé plus de conseillers en communication que de paires de chaussures de luxe. Chez eux, le turnover est devenu une constante systémique. Entre micro-management à l’aube, injonctions contradictoires et sorties médiatiques non scriptées, les meilleurs profils du marché jettent l’éponge l’un après l’autre. Retour sur l’incroyable valse des têtes chez la fondation Archewell, ou comment le poste le plus glamour du monde est devenu un véritable siège éjectable.

Et de 12 ! Moins d’un an après sa prise de fonction comme responsable de la communication du duc et de la duchesse de Sussex en février 2025, Meredith Maines vient de jeter à son tour l’éponge d’un sacerdoce communicant rarement aussi impitoyable dans l’univers professionnel des dircoms. Dans un entretien récemment accordé au magazine People, elle a confirmé son départ imminent de la direction de la communication de la fondation caritative Archewell créée par le prince Harry et son épouse et actrice de cinéma, Meghan Markle (ainsi que de la marque lifestyle de cette dernière, As Ever).

Trois mois plus tôt, c’est Emily Robinson qui l’a précédé. Experte en relations publiques chez Netflix et notamment pour la promotion de la série à succès The Crown (qui évoque justement la saga royale britannique), la jeune femme avait paraphé en juin 2025 un contrat pour être en charge de la stratégie médiatique de Meghan et de son époux le prince Harry. A peine l’encre avait-elle eu le temps de sécher que la titulaire était déjà partie après seulement trois mois en poste.

De gauche à droite : Meredith Maines (11 mois) et Emily Robinson (3 mois)

Douze visages pour une image : l’instabilité chronique des Sussex

Cet ébouriffant turn-over de communicants est pourtant une constante chez le couple terrible des Sussex. En l’espace de près de 6 ans, ce sont au total douze professionnels de la communication qui ont valsé, parfois aussi vite qu’ils avaient été nommés. Tout a commencé en mars 2019 avec Sara Latham (photo ci-dessous). Les deux tourtereaux royaux sont empêtrés avec leur marque Sussex Royal qu’ils viennent de lancer mais qui se résume à un bric-à-brac (certes juteux !) pas très glamour d’objets divers et variés vendus sous ce sceau dont le potentiel financier est estimé pourtant à 480 millions d’euros (1).

Sara Latham est un gros poisson. Ancienne senior advisor d’Hillary Clinton, elle a également œuvré pour la communication de Joe Biden et du couple Obama. Alors qu’Harry et Meghan attendent leur premier enfant, l’enjeu consiste à redorer quelque peu leur blason qui commençait à ressembler de plus en plus au bling-bling dépenaillé des Kardashian qu’au visage d’une monarchie moderne et respectable. Quoi de mieux par conséquent qu’une experte de l’image qui a façonné celle des candidats démocrates américains de ces dernières années. Possédant de surcroît la double nationalité anglaise et américaine, l’impétrante a tous les atouts pour réussir sa mission pour laquelle elle sera basée dans le palais de Buckingham lui-même !

James Holt : Fin de mission d’un vétéran

Ce prestigieux mandat va vite tourner vinaigre à cause du fameux Megxit où en janvier 2020, le jeune couple annonce qu’il renonce à ses attributs royaux et qu’il part s’installer au Canada puis en Californie. Une première communication de crise dont l’effet collatéral sera payé par Sara Latham dont le poste est supprimé. Elle sera néanmoins un des rares profils à vite rebondir en étant embauchée par le bureau privé de la reine Elizabeth II pour conseiller la monarque sur des projets spéciaux. Preuve s’il en est que ses compétences n’étaient pas mises en cause mais pas vraiment respectées non plus !

Le duo déchu ne perd toutefois pas au change. Entretemps, un autre pointure les a rejoints pour gérer leur communication qui va connaître quantité de turbulences depuis leur retraite nord-américaine. Fort d’une connaissance hors pair des arcanes de la vie politique britannique, James Holt restera à leur service jusqu’en 2025 où après 6 ans de bons et loyaux services et un exil aux USA, il a émis le souhait de rentrer au Royaume-Uni pour officiellement des raisons familiales.

Officieusement, il semblerait plutôt que c’est l’usure qui soit venu à bout de ce vétéran qui aura dû éteindre un nombre incalculable de polémiques affectant la réputation de Harry et de Meghan face à une presse de plus en plus hostile à leur égard. Il est également amusant de noter que la fin de collaboration de James Holt intervient quelques jours seulement après le départ précipité de Meredith Maines. Il demeure toutefois le seul (avec Sara Latham) à n’avoir pas reçu les foudres du jeune couple.

James Holt (à droite) aura réussi l’exploit de tenir 6 ans au service du couple royal (Credit : John Nacion/WireImage; Karwai Tang/WireImage)

Promotion et éviction : le nouveau jeu des chaises musicales

En parallèle et à partir de 2020, d’autres communicants vont venir étoffer l’équipe chargée de gérer l’image publique de ces deux enfants terribles de la couronne britannique. Point notable et commun de ces recrues : elles n’ont pas de background spécifique en matière de pratique des rouages et des codes de l’univers particulier des têtes couronnées. La première à rejoindre Harry et Meghan en octobre 2020 est Christine Schirmer. Disposant d’un impressionnant pedigree (ancienne responsable de la communication chez Pinterest de 2017 à 2020 et auparavant cadre chez Apple), elle est censée incarner la volonté du couple de se transformer en une marque numérique et moderne après leur départ du Royaume-Uni. Marque qui bénéficierait à leur fondation Archewell d’autant plus que ces derniers venaient à l’époque de signer des contrats mirobolants avec Netflix et Spotify.

L’aventure va faire long feu. Petit à petit, Christine Schirmer est éclipsée et hérite quelques mois plus tard d’un nouveau titre : conseillère senior ! Un attribut qui dans le métier, est souvent synonyme de rétrogradation discrète comme le sera sa sortie de l’orbite des Sussex. C’est alors sa N-1, Toya Holness en charge des RP qui prend la suite. A première vue, sa nomination apparaît comme plus adéquate.

Avant de diriger les relations presse du couple, elle était porte-parole du département de l’Éducation de la ville de New York et de fait, très habituée aux environnements politiques sous haute tension et à la gestion de crises médiatiques quotidiennes. Ses premiers pas sont convaincants à tel point qu’on la surnomme « l’ombre de Meghan » tant elle est le point de passage obligé et incontournable des journalistes pour obtenir une interview ou une séance photo. Avec sa promotion en mars 2021 en succédant à Christine Schirmer, elle est au sommet de son influence.

De gauche à droite : Christine Schirmer (9 mois) et Toya Holness (18 mois)

De l’ombre à la lumière et au fusible

Dorénavant en première ligne, Toya Holness se retrouve immédiatement sous la mitraille de plusieurs scandales médiatiques. Il y a d’abord l’entretien télévisé que Harry et Meghan accorde à la célèbre présentatrice Oprah Winfrey (photo ci-dessous).  Ils y font des confessions explosives à l’encontre de la famille royale d’Angleterre accusée tour à tour de racisme envers Meghan (du fait de ses origines sud-africaines) et d’avoir traité leur fils Archie avec désinvolture et mépris. Les répercussions sont immenses et surtout tombent très mal. Quelque temps auparavant, le quotidien The Times révèle que Meghan Markle aurait harcelé deux anciens membres de son personnel alors qu’elle était encore au Royaume-Uni et qu’elle faisait encore partie de la famille royale.

A peine remise de ce baptême du feu particulièrement virulent, Toya Holness doit enchaîner avec une nouvelle controverse trois mois plus tard. Le 8 juin 2021, l’ex-princesse publie un livre pour enfants qu’elle a rédigé et qui s’intitule « The Bench ». La sortie est calamiteuse et la presse étrille littéralement l’ouvrage. Pire, celui-ci fait l’objet de suspicion de plagiat et les commentaires de la famille royale ne sont guère plus amènes. C’est un nouvel échec d’image pour Meghan Markle.

Au bout de 18 mois, Toya Holness rend brutalement son tablier en 2022. L’affaire est officiellement présentée comme une séparation « amicale » suite à une restructuration interne. D’autres observateurs bien placés laissent entendre que ce départ est surtout consécutif à un épuisement total. Le rythme imposé par le couple, la pression constante des tabloïds et la frontière trop poreuse entre vie professionnelle et vie privée auront lessivé la communicante. D’aucuns parlent même de « fusible » face à l’image dégradée du couple.

Crédit : JOE PUGLIESE / HARPO PRODUCTIONS / AFP

Le « Sussex Survivors Club » : l’hécatombe de 2025

Harry et Meghan portent alors leur choix sur une personnalité d’Hollywood pour prendre le relais et travailler au replâtrage de leur réputation largement lézardée. Ashley Hansen vient en effet du cœur de l’industrie du divertissement (ex-Good Morning America, ex-Universal Pictures et United Talent Agency). A cet égard, elle maîtrise parfaitement les rouages de la célébrité américaine et ce que cela implique avec les médias. C’est d’ailleurs elle qui va piloter habilement le documentaire Netflix consacré au jeune couple en 2022. Dans cette série en six épisodes, le duo se livre comme jamais sur les épreuves infligées par leur exposition médiatique, sur leur vie de couple et sur leur choix de s’éloigner de Buckingham. Une façon subtile d’atténuer leurs responsabilités tout en mettant en lumière la « dureté » de leur vie publique.

Pourtant, Ashley Hansen va assez rapidement mettre une certaine distance avec ses employeurs qui en 2024, deviennent les clients de sa nouvelle agence baptisée Three Gate Strategies. Quelques insiders bien informés y voient le signe d’une distanciation subtile pour s’éviter d’avoir à subir un micro-management quotidien. Face à ce pas de côté, d’autres recrues vont venir renforcer la communication de la fondation Archewell et de son couple. Mais là encore, le temps se gâtera encore plus vite. C’est d’abord Kyle Boulia qui devient dircom en avril 2024. A ses côtés, apparaît également Charlie Gipson qui est en charge de l’Europe.

En mai 2025, l’ex-duc Harry donne une interview à la BBC qui se passe mal. Il morigène son père, le roi Charles III, et lui reproche de refuser de lui parler. Le mois d’après, l’équipe communication saute, emportant avec elle Kyle Boulia et Charlie Gipson. En ajoutant pour la seule année 2025, les départs de Meredith Maines et Emily Robinson, la boucle est bouclée ! Ce chambardement qui s’est accéléré à la communication des Sussex n’est pas passé inaperçu auprès de la presse britannique qui a surnommé tous ces anciens communicants, le « Sussex Survivors Club ». Lesquels ont tous su rebondir rapidement mais chez certains, la pilule semble avoir été amère au point d’omettre leur passage au service d’Harry et Meghan dans leur profil LinkedIn.

Quels enseignements pour les autres dircoms ?

Ce n’est pas une découverte. Endosser le rôle de dircom s’accompagne généralement d’un siège éjectable activable pour un oui ou pour un nom au gré des circonstances et des caractères des dirigeants. De tous les postes d’un comité exécutif, c’est sans doute celui dont la date de péremption peut être décrétée très soudainement. L’incroyable turnover de communicants enregistré par Harry et Meghan n’en est que l’expression poussée à son paroxysme. Néanmoins, les témoignages lus çà et là dans la presse anglo-saxonne font état de symptômes que l’on retrouve aussi malheureusement très fréquemment dans les entreprises et les institutions.

Même si quelques-uns des départs ont été présenté de manière flatteuse et à l’amiable, il ressort surtout de cette valse de postes, une ambiance toxique. Des anciens employés décrivent en particulier une charge de travail épuisante. Harry et Meghan exigeraient une réactivité 24h/24 face à une presse mondiale qui ne dort jamais. Exigence qui se double également d’un micro-management particulièrement chez Megan Markle décrite comme une patronne ultra-tatillonne envoyant des emails et des instructions dès l’aube.

Ensuite, il y a l’extrême difficulté de la mission. Bien qu’ils soient soucieux de leur réputation, Harry et Meghan agissent régulièrement comme bon leur semble, sans forcément prévenir leurs communicants mais charge à eux ensuite de réparer la vaisselle cassée. N’importe quel professionnel aguerri ne peut pas à plus ou moins brève échéance conduire une stratégie de communication efficiente si le principal sujet est le premier à s’en absoudre sans crier gare.

Comment en effet bâtir une image durable sur le long terme lorsque les impétrants sont en train de ferrailler à intervalles réguliers avec la maison royale britannique et/ou d’accumuler les déboires comme leur flop de leur série à 100 millions de dollars avec Netflix et celui de leurs podcasts à 20 millions de dollars sur la plateforme Spotify ? Le dircom n’est pas un prestidigitateur qui rattrape systématiquement les erreurs et les écarts. Le problème n’est pas le talent des recrues mais la gouvernance de la marque !

Sources

(1) – DLG – « Meghan et Harry, les rois du marketing » – Stratégies – 26 février 2020

A lire en complément

Matt Strudwick – «  Why DID all of Prince Harry and Meghan Markle’s publicists quit? All the reasons PR gurus gave for leaving Team Sussex » – Daily Mail – 30 décembre 2025

« Funérailles d’Elizabeth II : God save Communication ? » – Blog du Communicant – 19 septembre 2022

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