Football : Jean-Michel Aulas doit-il continuer à être sur Twitter ?

Il y a deux ans quasiment jour pour jour, le sémillant président de l’Olympique Lyonnais ouvrait son compte Twitter. A ce jour, Jean-Michel Aulas a émis plus de 1100 tweets et recruté plus de 75 000 abonnés. Si l’on ne peut que se réjouir qu’un haut dirigeant ait tôt saisi l’importance stratégique de la communication numérique, on peut également s’interroger sur les embardées régulières de celui qui tweete plus vite que son ombre. Nombreux sont les tweetclashs à émailler sa timeline. Est-il pertinent dans ces conditions de poursuivre l’expérience ? Réflexions.

Pour le deuxième anniversaire de l’ouverture de son compte Twitter, Jean-Michel Aulas n’aura pas fait les choses à moitié en s’offrant une retentissante polémique par tweets interposés avec le journaliste sportif vedette de Canal +, Pierre Menès. Les mots cinglants ont fusé à la vitesse des clics et fait jaser la twittosphère des fans de football jusqu’à aboutir à une explication finale en direct à la télévision lors de l’émission dominicale « Canal Football Club » du 16 septembre. Les bras-de-fer entre journalistes et présidents de club ont toujours existé mais jamais de manière aussi voyante et publique. Le président emblématique de l’OL rend-il service à son club en lâchant régulièrement des bombinettes verbales sur Twitter ?

Un bilan Twitter qui ne passe pas inaperçu

Aulas - Twitter profil communicationSur le plan purement comptable, Jean-Michel réalise une performance à l’aune du club septuple champion de France d’affilée qu’il préside depuis 1987. Non seulement l’immense majorité de ses 20 homologues de la Ligue 1 française brille par son absence de Twitter mais en plus il surclasse allègrement les deux autres présidents à lui avoir emboité le pas. Même s’il n’est chronologiquement pas le premier à avoir débarqué sur Twitter, le président de l’OL s’est vite taillé un écho tonitruant.

Suivi en masse par les passionnés de football, l’homme est de moins en moins avare de commentaires, de piques et de révélations en tout genre qui font le miel des observateurs. Foller.me, l’outil d’analyse statistique des profils sur Twitter, établit les positions suivantes :

Aulas - tableau Twitter communication

Si l’on creuse encore un peu plus sur l’activité statistique relative à Jean-Michel Aulas sur Twitter, l’outil de veille Topsy révèle d’autres métriques plus intéressantes. Ainsi, lors des 30 derniers jours écoulés, 62 651 tweets mentionnent le nom du président du septuple champion de France de football. Un indicateur très révélateur de l’intérêt que suscite le personnage qui ne se prive guère en retour de s’immiscer très régulièrement dans les conversations et d’y ajouter son grain de sel.

En revanche, un autre critère chiffré mesuré par Topsy, le « Sentiment Score » lève le voile sur un autre aspect. Là, Jean-Michel Aulas parvient d’une courte tête à enregistrer 52% d’évocations positives contre 48% négatives. La preuve s’il en est du caractère extrêmement clivant de cet acteur incontournable du football professionnel hexagonal. Une caractéristique qui se confirme avec l’observation de la courbe d’audience de son fil Twitter qui connait régulièrement des accès de fièvre à chaque fois que Jean-Michel Aulas lance un tweet jamais loin du tacle musclé !

Prise de bec et tirage de maillot

Un tacle ni vu ni connu contre les Verts !

Un tacle ni vu ni connu contre les Verts !

Pour se convaincre de la cristallisation digitale que suscite le n°1 de l’OL, il suffit de remonter quelques semaines en arrière le fil de son compte Twitter pour remarquer que Jean-Michel Aulas a décidé de faire de celui-ci, un porte-voix sans langue de bois mais non sans parfois de mauvaise foi ! Ceux qui se plaignaient du langage aseptisé qui règne si fréquemment dans l’univers du football, ne sont au moins pas déçus lorsqu’ils se mettent à suivre la timeline de Jean-Michel Aulas.

Surtout depuis quelques mois où le patron de l’OL a choisi d’enclencher la surmultipliée question tweets. Histoire peut-être de regagner de la lumière médiatique à l’heure où le PSG, Monaco et dans une moindre mesure Marseille monopolisent l’attention de la presse sportive et généraliste. Le résultat ne s’est guère fait attendre !

Ce dépit d’être quelque peu relégué au deuxième plan depuis que le trio mentionné ci-dessus recueille les faveurs du public avec leurs recrutements fastueux, est probablement un des leviers qui concourt à l’activisme digital dont fait preuve Jean-Michel Aulas. Fin août, il a d’ailleurs mis à plusieurs reprises les points sur les « i » en assénant quelques chiffres rappelant le poids historique de l’Olympique Lyonnais en termes de performances, titres glanés et participations aux coupes européennes. Difficile effectivement d’accepter de céder le pas à d’autres lorsqu’on a dominé le championnat de la tête et des épaules pendant plusieurs années.

La limite de l’exercice est que Jean-Michel Aulas commet parfois des dérapages dignes du supporter torse-poil et cannette à la main qu’on voit beugler dans les stades. Ainsi, lorsque l’ennemi séculaire et irréductible qu’est l’AS Saint-Etienne, a été éliminé piteusement de la Ligua Europa fin août par une modeste formation danoise, Jean-Michel Aulas ne s’est pas retenu pour décocher quelques sous-entendus moqueurs qui lui ont aussitôt valu d’être trollé et agoni par les supporters des Verts ! Parfois, le ton est encore plus détonnant, y compris avec ses propres fans. Lors du mercato estival, ces derniers ont fait part à plusieurs reprises de leur mécontentement au sujet des transferts opérés par le club. Souvent avec des propos peu respectueux, voire carrément vulgaires. Pourtant, Jean-Michel Aulas ne s’est pas démonté et a répliqué du tac au tac, l’amenant parfois à trop en dire et avec un style borderline.

Trop de transparence ou d’errance ?

Et un coup sur la tête de Bafetimbi Gomis

Et un coup sur la tête de Bafetimbi Gomis

L’affaire qui a généré évidemment le plus de buzz médiatique est celle qui a opposé Jean-Michel Aulas à son attaquant Bafetimbi Gomis durant cet été. Le premier s’était mis en tête de se débarrasser absolument du second du fait de ses émoluments aujourd’hui moins compatibles avec les finances racornies du club. Or, face à son joueur qui n’est guère pressé d’endosser un autre maillot et alléger la masse salariale de l’OL, Jean-Michel Aulas va vite perdre patience et le faire savoir publiquement sur Twitter. Résultat : des accusations larvées et des mots acides envers Gomis qui sera même accusé d’inciter des jeunes pousses de la formation lyonnaise à signer dans d’autres clubs (ce fut notamment le cas d’Anthony Martial qui a rejoint Monaco).

Cette stratégie de matraquage public va pourtant engendrer nombre de réactions négatives, à commencer par celles de supporters lyonnais qui trouvent exagéré le traitement infligé à Gomis, de surcroît de façon aussi crue et aux yeux de tous. Ce harcèlement moral constituera d’ailleurs le prélude au gros clash entre le journaliste Pierre Menès, connu pour être assez proche du joueur devenu paria, et le président de l’OL qui ne manquera pas de s’agacer de cette proximité amicale. La réaction présidentielle sera également identique envers les supporters qui osent mettre en cause les options qu’il applique. Nombreux ont été ceux qui se sont faits rudoyer et renvoyer sans précaution dans les cordes par Jean-Michel Aulas.

Cette propension à aller très loin, autant dans le contenu des messages que le vocabulaire un brin contempteur, a pourtant fini par se retourner contre l’émetteur lui-même. Devant un Bafetimbi Gomis résolu à ne pas partir n’importe comment, Jean-Michel a dû capituler à la fin de la période des transferts et à émettre le 1er septembre un tweet gêné aux entournures : « C’était logique que Bafé n’arrive pas en fin de contrat mais si ce n’est pas possible on a plus le temps de recruter c sera notre recrue ». C’était bien la peine de mettre le feu sur Twitter !

Doit-il réviser le tir ou sortir du terrain ?

Gare aux fans accrocheurs. Le coup de coude n'est pas loin !

Gare aux fans accrocheurs. Le coup de coude n’est pas loin !

Bien avant que Jean-Michel Aulas ne se défoule sur Twitter, sa personnalité a toujours été l’objet de discours passionnés et clivés entre les pros énamourés et les antis forcenés. Force est de reconnaître que l’homme ne laisse pas insensible tant sa détermination inextinguible à faire gagner son club est sans limites. Il est notamment de ces présidents de club qui n’hésitent pas à descendre à la mi-temps d’un match dans les vestiaires des arbitres s’il n’est pas content du déroulement de la rencontre et à les admonester en conséquence.

En débarquant sur Twitter, Jean-Michel Aulas a au moins le mérite de ne pas jouer un autre personnage. Il est au contraire plutôt cohérent avec son caractère impétueux et dominateur qui ne souffre pas que la concurrence puisse lui passer devant ou même qu’un entraîneur puisse lui tenir tête.

Aujourd’hui coach de l’OGC Nice, Claude Puel n’est pas prêt d’oublier l’inflexibilité de son ex-président. C’est un trait de caractère que l’on retrouve à intervalles réguliers dans les tweets de Jean-Michel Aulas, quitte à quelquefois s’abaisser à des débats bas de plafond avec des supporters aux neurones mal connectés.

Depuis sa passe d’armes avec Pierre Menès entre Twitter et plateau de télévision, Jean-Michel Aulas a quelque peu levé le pied et adopté un ton plus gentillet en allant même jusqu’à saluer la performance du Paris SG contre les Grecs de l’Olympiakos en Ligue des Champions ! Il reste malgré tout à voir si le bouillant président lyonnais va désormais s’astreindre à des tweets moins lance-flammes ou s’il va récidiver. Autant sa fraîcheur de ton est plutôt appréciable et a le mérite d’être franche dans un monde footballistique calibré, autant ses envolées excessives peuvent véritablement nuire à terme à la réputation du club qu’il dirige.

Or, persister dans les joutes verbales tous azimuts ne constitue pas la meilleure des publicités pour le club qui actuellement est repassé au second plan. En termes d’attractivité pour de futurs joueurs, de ventes de maillots, d’abonnements au stade et autres challenges permanents qu’un club de foot doit relever, avoir un président qui tweete sans retenue équivaut à titulariser un joueur mettant sans cesse des buts contre son camp !



2 commentaires sur “Football : Jean-Michel Aulas doit-il continuer à être sur Twitter ?

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