Social TV : TF1 entre dans la mêlée de la télévision immersive et enrichie

Si la question de la consommation de contenus vidéo en ligne ne fait plus l’ombre d’un doute dans les états-majors des chaînes de télévision, celles-ci explorent également d’autres aspects de la révolution digitale et sociale sur les écrans connectés. C’est dans cette optique que myTF1 a mis en place un dispositif digital pointu et innovant à destination des internautes pour suivre l’intégralité de la Coupe du Monde de Rugby qui se déroule en Angleterre du 18 septembre au 31 octobre. Appuyez sur le bouton « on » de la TV interactive et augmentée !

Face à une fragmentation accrue des audiences et à la délinéarisation accélérée de la consommation des contenus télévisuels, les acteurs du PAF rivalisent désormais d’ingéniosité pour s’adapter et notamment capter cette portion de moins en moins négligeable de téléspectateurs pour lesquels TV rime plus souvent avec tablette, ordinateur ou même smartphone. A cet égard, les grands évènements sportifs constituent indéniablement des carrefours d’audience et des laboratoires d’essais pour concevoir et tester des dispositifs éditoriaux digitalisés où l’internaute peut même personnaliser son expérience à certains moments de sa navigation. Le Blog du Communicant a rencontré Nicolas Lemaître, directeur Produit et Contenus d’eTF1 (division de TF1 qui englobe les activités Web de myTF1, WAT, Tfou, etc) à l’occasion du match de poule France-Canada.

Contenus : Exhaustivité totale

Nicolas Lemaître

Nicolas Lemaître

Pour la Coupe du monde de Rugby 2015, les internautes sont particulièrement choyés. En plus de pouvoir suivre en ligne la vingtaine de matchs retransmis en direct par TF1 (dont ceux de l’équipe de France), ils peuvent également assister à l’intégralité (en mode rattrapage) des autres rencontres disputées du 18 septembre au 31 octobre mais non diffusées par TF1. Cette volonté d’exhaustivité éditoriale se retrouve pleinement dans l’approche globale du dispositif créé pour la circonstance par eTF1. « Nous avons voulu que rien n’échappe aux internautes à l’occasion de cette huitième édition de la compétition » explique Nicolas Lemaître (1), « notre dispositif s’articule par conséquent en trois phases : avant le match, pendant et après avec à chaque fois des contenus et des fonctionnalités spécifiquement digitaux ».

Pour les équipes d’eTF1, le coup d’envoi a donc commencé dès juillet 2015 avec la conception d’une application mobile disponible sur iOS et Android intitulée le « 20XV ». Visuellement, la solution emprunte aux codes graphiques d’un magazine sportif qui se feuillette tactilement sur tablette ou smartphone. En revanche, les contenus sont 100% multimédia mêlant agréablement du texte, de la vidéo, des photos, des infographies, etc. Depuis le 2 juillet et jusqu’au coup de sifflet final de la compétition, les internautes découvrent chaque mois une thématique pour approfondir ses connaissances rugbystiques et disposer de toutes les informations adéquates. Le premier numéro était ainsi entièrement consacré à la présentation du XV de France, le second à la culture du rugby et notamment ses règles parfois absconses pour le quidam tandis que la troisième est un guide pratique pour le supporter.

TF1 - mag-20« L’idée est clairement de faire monter l’ambiance autour du tournoi et également d’aller toucher un public très connecté, aimant le sport, une cible que les annonceurs recherchent de manière croissante » précise Nicolas Lemaître. A l’heure où les logiciels bloqueurs de publicité ont particulièrement le vent en poupe, on peut d’ailleurs noter l’effort d’intégration ergonomique des publicités présentes dans les contenus digitaux liés à ce dispositif avec notamment des pré-rolls sur les séquences vidéo qui n’excèdent pas 10 secondes. Un effort appréciable pour l’internaute mais aussi une exposition moins intrusive de la marque partenaire … qui limite la tentation de l’ad-blocker !

Echauffement d’avant-match et viralisation digitale

TF1 - Rugby MixDans ce dispositif complet, l’aspect social et viral trouve sa place avec le « Rugby Mix ». Les équipes d’eTF1 ont compilé et redécoupé en différents petits modules visionnables près de 40 ans d’archives vidéo soit de 1987 à 2011 dont le World Rugby (ex-International Rugby Board) a concédé les droits d’exploitation durant le temps du tournoi. Dans ce vaste catalogue, l’internaute peut choisir de revoir des séquences déjà éditées ou alors créer sa propre vidéo exclusive en sélectionnant différents thèmes parmi les équipes ayant participé à la Coupe du Monde, les joueurs et les actions (mêlées, plaquages, essais, drops, etc). Une fois son choix effectué, l’outil génère automatiquement une vidéo que l’internaute peut ensuite poster auprès de sa communauté sur Twitter et Facebook.

D’autres rubriques en ligne proposent des contenus uniques comme les « Highlights » où l’on peut voir et revoir par exemple les fameux hakas impressionnants des All Blacks ou la célébration des hymnes nationaux. Enfin, pendant les rencontres, les réseaux font également l’objet de toute l’attention de l’équipe de 10 personnes aux manettes du dispositif digital. Twitter est scruté en permanence pour identifier les meilleurs messages émanant d’experts ou tout simplement de passionnés de l’ovalie. « C’est d’ailleurs grâce à un tweet d’un spectateur pendant le match Angleterre-Fidji que nous avons pu récupérer aussitôt une séquence passée inaperçue lors de la diffusion TV en direct. Le tweet racontait que « la Marseillaise » était entonnée dans le stade. Nous avons isolé les bonnes images et les avons aussitôt mises en ligne » raconte Nicolas Lemaître.

Expérience immersive et info enrichie

TF1 - referee cameraC’est sans doute pendant le match que le dispositif d’eTF1 est vraiment marquant. Appelé le « Rugby Live Center », le service offre à l’internaute (mais aussi aux abonnés de la Livebox TV d’Orange) de vivre la partie à travers trois angles de vue : le flux télévisuel en direct du diffuseur auquel s’ajoutent une caméra aérienne qui permet de visualiser le placement des joueurs sur le terrain et surtout la « ref cam ».

Cette dernière est une petite prouesse technique qui consiste à glisser une mini-caméra dans le col avant du maillot de l’arbitre central. Résultat : le spectateur peut se retrouver depuis son écran à deux mètres d’une mêlée ou de la validation d’un essai et entendre l’arbitre dialoguer avec les joueurs. L’expérience est honnêtement saisissante et apporte de surcroît une compréhension plus fine des décisions arbitrales.

TF1 - Rugby Live CenterMais ce n’est pas tout ! Pendant la rencontre, 10 personnes d’eTF1 sont à pied d’œuvre pour pousser en complément de l’écran principal, des statistiques pertinentes (comme par exemple le nombre de points marqués par Frédéric Michalak sous le maillot bleu ou encore la vitesse d’impact d’un joueur de 120 kilos lors d’un plaquage !), des faits de jeu marquants qui sont aussitôt découpés et ré-encapsulés dans une vignette vidéo déposée sur une timeline qui s’enrichit à mesure que le match se déroule. Enfin, un mini-résumé est mis en ligne dès la mi-temps et un autre à la fin du match. Sur le digital, immersion et information se conjuguent pour le meilleur de l’expérience télévisuelle. Et une fois la fin de la partie sifflée, les internautes peuvent alors bénéficier d’un replay de tous les matchs mais d’un magazine qui fait le debriefing de la rencontre avec des journalistes et des spécialistes du rugby.

Vous pouvez éteindre la vieille TV !

A défaut de pouvoir déjà tirer des conclusions en termes d’audience (laquelle devrait substantiellement encore grimper après les 9 millions de téléspectateurs enregistrés lors de France-Canada sur le flux TV classique et à l’issue, la qualification des tricolores pour les quarts de finale), une chose est désormais acquise. La télévision est bel et bien entrée dans une digitalisation en mode « fast » pour mieux répondre aux nouveaux usages des téléspectateurs.

Nicolas Lemaître le constate : « Depuis 2012, eTF1 profite des grands événements sportifs et de divertissement pour sans cesse décliner des nouveaux formats, services et contenus digitaux où le téléspectateur prend une place de plus en plus active dans la façon de regarder son écran. L’audience y est certes encore moindre que la TV diffusée en mode classique mais le développement est incroyablement rapide et nous entendons bien être à l’avant-scène de cette TV sociale, immersive et enrichie. D’autant plus que pour les annonceurs, c’est un canal très prometteur vis-à-vis de leurs propres cibles ». On ne dira bientôt plus allumer la télé mais connecter la télé !

Sources

– (1) – Entretien avec l’auteur le 1er octobre 2015



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