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— 30 janvier 2026
Etude RepRisk : la biodiversité, ce nouveau levier du greenwashing des entreprises
RepRisk, une plateforme suisse de gestion des risques réputationnels et financiers pour les entreprises, a récemment publié la 4ème édition de son rapport dédié à l’état du greenwashing dans le monde. Spoiler : ce dernier continue de bien se porter ! L’étude révèle ainsi que la biodiversité fait de plus en plus l’objet d’éco-blanchiment. En 2021, on dénombrait 1% de cas. Désormais, il s’agit de 3% en 2025. Et la tendance ne s’essouffle pas. Résumé des points saillants à retenir.
Longtemps, le dossier de la biodiversité a été quelque peu estompé par celui du dérèglement climatique et des émissions de carbone et de gaz à effet de serre. Depuis que dans son dernier rapport sur les risques globaux, le Forum Economique Mondial a pointé la perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes comme la deuxième menace à long terme la plus grave pour la croissance économique, la thématique n’a guère tardé à être reprise plus fréquemment dans les discours environnementaux des entreprises. La mascarade des crédits carbone et des plantations d’arbres ayant fait long feu, c’est dorénavant la préservation des espèces et des écosystèmes qui prend le relais et qui se voit entachée par la menace de greenwashing.
La biodiversité, nouvelle victime du greenwashing
RepRisk estime que la part des entreprises exposées au greenwashing concernant la biodiversité, a doublé en cinq ans, passant de 3 % en 2021 à 6 % en 2025. Bien que ce risque croissant implique tous les secteurs d’activité et les zones géographiques de la planète, il est à noter toutefois qu’en 2025, 19 % d’organisations bancaires et financières supplémentaires ont été signalées pour des données, des promesses et des allégations abusives, voire fausses. Ce qui n’est pas sans conséquences financières, réglementaires et réputationnelles sur leur crédibilité auprès de leurs clients et leurs partenaires.
La plateforme helvétique souligne notamment que la biodiversité représente 38 % des incidents liés aux risques environnementaux enregistrés par RepRisk à juin 2025. Ce qui en fait le problème environnemental le plus fréquemment signalé, suivi par la pollution (33 %) et les déchets (17 %). Par ailleurs, les données des cinq dernières années indiquent que le nombre d’incidents liés à la biodiversité signalés est de plus en plus fréquent par rapport aux autres problèmes environnementaux.

Les pays occidentaux guère vertueux
Si l’on considère le problème sous l’angle géographique, les cas de greenwashing se concentrent dans un groupe relativement restreint de pays où les pressions écologiques (notamment réglementaires) sont les plus intenses. Selon RepRisk, huit pays – dont les États-Unis, l’Australie, le Brésil, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France – représentent 52,3% % des problématiques patentes de greenwashing. A cet égard, il est étonnant de noter l’absence totale de la Chine et de certains pays asiatiques qui sont pourtant régulièrement mis à l’index par les ONG environnementales et autres observateurs. Est-ce dû à un déficit de données fiables ou à la difficulté d’y avoir accès ? Sans doute un peu des deux !
En se penchant de façon plus granulaire, RepRisk fait observer que les cas de greenwashing connaissent des évolutions différentes. Si ceux-ci restent encore importants dans l’Union européenne, ils enregistrent néanmoins un léger recul (sous l’impact des nouvelles régulations environnementales entrées en application) tandis qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, leur nombre repart significativement à la hausse (respectivement de 1,8% à 2,3% aux USA et de 3,8% à 4,4% dans la perfide Albion).

Banquiers et financiers, les mauvais élèves
Côté entreprises, c’est sans réelle surprise que le monde des banques, des services financiers et de la gestion d’actifs se retrouve dans l’œil du cyclone de l’éco-blanchiment. En 2025, RepRisk indique que 294 organisations bancaires et financières ont été signalées pour leur risque de greenwashing, soit une augmentation de 19 % par rapport aux 248 entreprises de l’année précédente. En ligne de mire, on trouve les fonds durables, les obligations vertes et les produits d’investissement liés à la biodiversité dont les arguments promotionnels ne correspondent pas toujours aux pratiques réelles.
Les données RepRisk montrent en outre que 18,7 % des entreprises du secteur des services bancaires et financiers, liées à des risques liés à la biodiversité ont également été associées à des incidents liés à des communications trompeuses. Pourtant en Europe, les mesures réglementaires visant les institutions financières pour greenwashing n’ont eu de cesse de devenir plus drastiques, avec des conséquences financières non-négligeables en cas de présentation trompeuse. En avril 2025 par exemple, les procureurs ont infligé une amende de 25 millions d’euros pour greenwashing à DWS, un important gestionnaire d’actifs détenue par la Deutsche Bank) après qu’il a eu enfreint les lois allemandes sur les investissements.
De plus, les ONG s’efforcent à l’échelle mondiale d’attirer l’attention sur le financement de projets associés au risque de greenwashing. En août 2025, une coalition d’ONG a publié une lettre ouverte exhortant 16 banques et institutions financières à cesser de financer les projets de réfection du revêtement des hauts fourneaux à charbon d’un sidérurgiste sud-coréen. La lettre des ONG soulignait le décalage entre les affirmations publicitaires écologiques de l’entreprise et son recours continu au charbon.

Entreprises et biodiversité : peut largement mieux faire !
Cependant au cours des cinq dernières années, le monde de la finance n’est pas le seul à s’être précipité sur le thème de la biodiversité pour se présenter comme « respectueux de la nature », « climatiquement neutre », « respectueux de la biodiversité » ou « régénérateur ». Les données de RepRisk soulignent que le greenwashing est une caractéristique récurrente du comportement des entreprises en général.
Les compagnies aériennes illustrent cette dynamique. Près de sept entreprises sur dix dans le secteur aérien signalées pour risque de greenwashing en 2024 l’ont été à nouveau en 2025. Des tendances similaires sont observables dans les secteurs de l’automobile, des mines et des technologies, où les allégations de déclarations trompeuses en matière de développement durable se poursuivent année après année. Ces apparitions répétées ne sont pas uniquement le signe de simples défaillances temporaires en matière de communication mais d’une volonté affirmée de se verdir autant que possible pour se rendre plus attractives.
Un jeu qui tient pourtant de la roulette russe réputationnelle à mesure que les législateurs encadrent plus strictement les pratiques commerciales. Vouloir se parer excessivement d’atouts séduisants et bénéfiques pour la biodiversité, revient de plus en plus à mettre en danger la réputation de l’entreprise et de brouiller ou distendre la confiance avec les parties prenantes. Au Royaume-Uni par exemple, les entreprises peuvent être condamnées à une amende pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d’affaires annuel pour pratiques trompeuses (y compris les allégations environnementales) suite à l’entrée en vigueur en 2025 de la loi sur les marchés numériques, la concurrence et les consommateurs. Et si la franchise et l’honnêteté étaient en fin de compte plus payantes en termes de réputation que les éternelles ficelles du greenwashing ?

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