Note de lecture : « Ce que j’aimerais te dire » de Nikos Aliagas

D’aucuns vont probablement se demander en quoi la chronique du livre de Nikos Aliagas trouve sa place sur un blog qui traite prioritairement de stratégie de communication, gestion de la réputation et d’image publique. Pourtant, la lecture des principes fondateurs et des valeurs de vie que l’animateur vedette souhaite transmettre à sa petite fille à travers cet ouvrage, se révèle aussi être un vademecum inspirant à l’heure où le narcissisme numérique n’a jamais été autant répandu.

D’emblée, le livre prend aux tripes et plus particulièrement celles des papas qui ont vu leur existence changer radicalement de perspective avec la naissance d’une petite fille. Avec tact, sensibilité et éloquence, Nikos Aliagas réussit un exercice littéraire touchant, voire surprenant pour celles et ceux qui n’auraient à l’esprit que l’image du sémillant animateur d’émissions de divertissement à succès. Un exercice où il s’affranchit pleinement de son étiquette médiatique pour livrer et partager un dialogue avec sa petite fille autour des chemins et des postures que l’existence nous amène à prendre. Au fil des pages, l’ancien journaliste polyglotte revisite les épisodes saillants de la mythologie grecque pour en tirer des leçons pas si anodines au regard de son exposition médiatique actuelle.

Un livre à facettes multiples

Nikos - pile de livresS’il s’adresse en priorité à sa fille en esquissant une bienveillante feuille de route paternelle, le livre de Nikos Aliagas n’en recèle pas moins d’autres aspects qu’il est intéressant d’évoquer et de revisiter à la lumière de la pratique des réseaux sociaux et de l’impact sur l’image de chacun que cela implique. En parcourant avec plaisir ces lignes particulièrement nourries et bien écrites, j’ai en effet noté plusieurs points qui peuvent totalement se décliner en matière de communication, de réputation, d’image projetée et perçue et de cheminement pour qui exerce une fonction publique ou tournée vers les autres.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux amènent de plus en plus de personnes à cultiver un positionnement et à chercher à se différencier. Certains le font avec sincérité et pertinence. D’autres forcent le trait et s’arrogent des expertises mais tous sont scrutés par le regard d’autrui. Raison de plus pour revenir quelques instants sur 4 notions développées par Nikos Aliagas.

Le « kairos »

Fort de ses racines hellènes, Nikos Aliagas est allé puiser avec finesse dans la mythologie grecque pour tenter de prodiguer quelques conseils de vie à sa petite fille qui devra progressivement tailler sa route dans le monde et trouver sa résonnance avec celui-ci. A ses yeux, tout commence avec le kairos, un concept grec qui traduit la capacité de quiconque à saisir le moment opportun qui se présente, sans calcul délibéré mais avec une intuition avérée. Il en est de même pour quiconque alimente un profil numérique au sein d’une communauté. Autrement dit, plutôt que s’échiner à se bâtir un double sous étroit contrôle, laissons-nous porter par plus de spontanéité et rebondir au gré des événements. C’est en se montrant tel qu’on est que l’image n’en sera que plus authentique. Mais attention, « le kairos n’obéit pas à une stratégie, à un plan de vie ou de carrière que l’on détermine à l’avance, mû par l’ambition pure et dure de prendre à d’autres ce qu’ils ont. Il n’y a pas de place à prendre, il y a la place que l’on se créé » (1).

L’« hybris »

Nikos - couverture livreSur les médias sociaux, l’égotisme a nettement tendance à proliférer à la vitesse du chiendent. On ne compte plus ces cerveaux boursouflés et ivres d’eux-mêmes qui usent et abusent de toute puissance narcissique. Ceux-là sont tombés dans l’hybris, une notion grecque qui renvoie à la tentation permanente des mortels de se surestimer et d’aller défier les dieux de l’Olympe avant d’en souvent payer un amer tribut. Cette ébriété digitale et médiatique est un piège dont il faut se prémunir en toute circonstance si l’on ne veut pas un jour déraper par excès d’orgueil ou d’auto-satisfaction. « Les miens m’ont toujours averti lorsque ma vie professionnelle devenait intense et que la reconnaissance, souvent passagère, venait frapper à ma porte : « Reste à ta place, disait mon père, ton pire ennemi n’est pas face à toi, il se cache en toi et il attend : c’est l’hybris » (2)

La « métis »

Cette notion est particulièrement en phase avec le côté quelque peu disruptif du digital. La métis est une conception grecque de l’intelligence où celle-ci est polymorphe, c’est-à-dire capable de s’adapter, de sortir du cadre pour trouver de nouvelles solutions et ne pas rester rivé mordicus à des processus préétablis et/ou des étiquettes sociales indélébiles.

L’auteur du livre en parle d’ailleurs en connaissance de cause (3) : « J’en ai acquis une certitude : la meilleure façon de se débarrasser d’une étiquette, c’est d’en coller plein d’autres dessus (…) La métis, c’est peut-être laisser croire ou faire croire, garder sa liberté de penser et agir en dehors des schémas qu’un entourage cherche à vous imposer comme étant les seuls valables ». En cela, les réseaux sociaux ont permis d’élargir le champ des connaissances et des possibles et d’aller au-delà des rigidités dans lesquelles beaucoup se complaisent frileusement.

Le « muthos » et le « logos »

Plus que jamais, les mots ont un impact. Même un tweet de 140 petits caractères peut suffire à ébranler une réputation jugée inoxydable ou battre en brèche un discours pourtant rôdé. Le sens des mots est un perpétuel aller et retour entre le muthos (la parole) et le logos (la raison). « Les mots, qu’ils soient hérités ou acquis, sont des clefs qui nous donnent accès à la connaissance. Mais lorsqu’on ne les assimile pas, ils peuvent aussi être trompeurs. Aussi écoutais-je avec déférence mon grand-père Spyros quand il disait : « Celui qui sait bien parler, sait aussi se taire » (4). Une notion que nous avons fâcheusement tendance à perdre de vue, obnubilés que nous sommes par le gazouillis ambiant. Ce qui conduit d’ailleurs Nikos Aliagas à établir un rapprochement pertinent entre les sophistes et les actuels gourous de la communication (5) : « Sachons toutefois reconnaître aux sophistes le mérite de leur technique rhétorique. Il ne tient qu’à nous d’user de leur savoir-faire sans adopter leur dessein ». Vaste défi pour quiconque communique avec ses pairs !

Sources

– (1) –page 35
– (2) – page 46
– (3) – page 63
– (4) – page 76
– (5) – page 84

A lire par ailleurs

– Blaise de Chabalier – « Nikos Aliagas, derrière les paillettes » – Le Figaro – 26 novembre 2014
– « Nikos Aliagas : c’est l’authenticité qui compte sur les médias sociaux » – Le Blog du Communicant – 16 janvier 2014
– « Nikos Aliagas : Peut-on s’énerver sur Twitter lorsqu’on est une célébrité ? » – Le Blog du Communicant – 3 juillet 2014

Le pitch de l’éditeur

Nikos Aliagas – Ce que j’aimerais te dire – Editions Nil – 196 pages – 17,50 €

« Ce livre est le témoignage d’un homme à sa fille, les mots d’un père qui réapprend à vivre, soudain, dans les yeux de son enfant. En vérité, je ne l’ai pas écrit pour Agathe ou pour moi, mais pour nous, pour ce que nous sommes et ce que nous allons devenir. Comme une bouteille lancée à la mer de notre avenir. Avec tout mon amour. » – N.A.

Pour la première fois, Nikos Aliagas se dévoile, avec pudeur et fierté, dans ce livre dédié à sa fille. Journaliste, animateur de télévision et de radio connu et reconnu du grand public, Nikos Aliagas a vécu l’événement le plus bouleversant de son existence : devenir père. À l’occasion des deux ans d’Agathe, il replonge dans son histoire familiale avec une douce nostalgie, évoque son rapport viscéral à la terre de ses ancêtres, à sa double culture, et raconte avec passion comment les enseignements de la Grèce antique ont pu l’aider dans les moments clés de sa vie. Le kairos, la mètis, la philia… Autant de principes fondateurs que lui a offerts son pays de coeur, autant de valeurs qui l’ont façonné et qu’il souhaite partager, à son tour, avec sa fille pour qu’elle puisse trouver son chemin dans le monde d’aujourd’hui.



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