GUEST – Les blogueurs ont-ils détrôné les journalistes ?

Les blogueurs ont pris de plus en plus de place sur la Toile, bousculant les pratiques des journalistes traditionnels. Après une phase de défiance, l’heure semble désormais à la complémentarité. Billet invité signé par Manon Puloch.

J’ai le plaisir d’accueillir Manon Puloch. Etudiante en 1ère année de cycle InfoCom, elle m’avait récemment sollicité pour recueillir mon analyse sur les rapports entre blogueurs et journalistes. Son billet m’avait particulièrement intéressé. D’où l’idée de le partager plus amplement avec les lectrices et lecteurs du Blog du Communicant.

 

A-t-on vraiment besoin des blogueurs ?

Puloch - BD« Pourquoi les blogueurs sont-ils placés au premier rang des défilés ? Avons-nous besoin d’eux ? Ils n’expriment aucune opinion, ils ne font que parler d’eux-mêmes et se prennent en photo dans des tenues absurdes.» Cette réflexion acide de la rédactrice en chef d’un magazine de mode italien, rapportée par une journaliste de l’Express, en dit long sur les relations qu’entretiennent parfois blogueurs et journalistes.

Depuis une dizaine d’années, les blogueurs ont tissé leur toile sur Internet et sont devenus des acteurs incontournables de l’univers médiatique. Leur multiplication serait-elle liée à une défiance des lecteurs envers les médias classiques, leur reprochant un manque de transparence et de liberté de ton ? « C’est entre autres le désamour du public qui a permis aux blogueurs de prendre de plus en plus de place dans l’univers médiatique», constate Olivier Cimelière, ancien journaliste devenu directeur associé de l’agence d’image et d’opinions Wellcom.

Une précieuse liberté de ton

Puloch - nuages de motsLes blogueurs ont su s’imposer par leur liberté de ton. Ces derniers s’expriment en effet en leur nom propre dans leurs articles et ne se dissimulent pas derrière le titre de leur journal. « La force des blogueurs, au départ, c’est la liberté, confirme Caroline Franc Desages, journaliste indépendante et fondatrice du blog Pensées by Caro. Ils peuvent s’impliquer personnellement dans leurs dires ». Et c’est cela qui plaît aux lecteurs. Les blogueurs n’ont pas non plus les mêmes contraintes que les journalistes, qui sont obligés de soumettre leur travail à leur rédaction en chef avant publication, respecter une longueur impartie ou des délais de publication. « Les blogueurs sont davantage dans l’instantanéité et la réactivité », ajoute la blogueuse.

Peut-on pour autant parler d’une prise de pouvoir des blogueurs sur les journalistes ? Caroline Franc Desages estime que ces derniers « ne représentent pas une menace mais participent à une remise en question du métier ». En témoigne la volonté des journaux classiques de participer au phénomène. De nombreux médias se mettent ainsi à la page en développant leurs propres blogs. « Le Monde a créé le « monde des blogs » où diverses voix s’expriment sur différents domaines sans détenir de cartes de presse mais en apportant un éclairage supplémentaire au travail des journalistes », illustre Olivier Cimelière.

Complémentarité des approches

Puloch - Carte de presseAu final, blogueurs et journalistes seraient davantage complémentaires qu’adversaires. Selon Caroline Franc-Desages, « les blogueurs ne concurrenceront jamais les journalistes qui continuent à enquêter sur le terrain, à vérifier les informations et à interviewer de vraies personnes ». Mais ils viennent apporter une nouvelle lecture. Par ailleurs, rares sont les blogueurs à avoir une audience pouvant représenter une réelle concurrence pour les médias. La presse féminine, par exemple, résiste bien à cette nouvelle donne et sait s’adapter à l’avènement des blogs. « Des situations, comme celle de la blogueuse de mode Garance Doré, dont les posts comptent autant qu’un article de Elle ou de Vogue, restent encore très marginales », explique Olivier Cimelière.

Aujourd’hui, de plus en plus de journalistes se mettent à tenir un blog, soit dans le cadre de leur travail, soit à leurs heures perdues pour acquérir la liberté d’expression qu’ils n’ont pas forcément dans leur rédaction et pour pouvoir échanger avec leurs lecteurs. Caroline Franc-Desages possède ainsi les deux casquettes, en rédigeant des articles de fond sur l’enseignement supérieur tout en tenant un blog féminin, et estime s’épanouir dans ces deux univers profondément distincts : « J’ai choisi de bloguer sur des sujets qui ne concernent pas ma casquette de journaliste, donc j’ai vraiment l’impression qu’il y a une muraille de Chine entre les deux », dit-elle. Les blogueurs n’ont pas détrôné les journalistes, mais sans doute leur ont-ils permis de faire évoluer leurs pratiques professionnelles. Voire de gagner en liberté.

Billet initialement paru sur le blog Aparté de SciencesCom, école de la communication et des médias d’Audencia Group



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