Ségolène Royal & Twitter : le bouc émissaire si pratique des politiciens

A chaque avanie électorale ou dérapage politique, c’est la même histoire qui se répète. Les réseaux sociaux, Twitter en tête, sont les vilains de l’histoire. L’argument éculé et pourtant si récurrent n’a pas manqué d’être épinglé dans le plaidoyer pro domo de Ségolène Royal après sa défaite. Mise au point !

Son cuisant échec aux législatives et par ricochet dans la conquête du perchoir de l’Assemblée nationale, l’ex-concubine du Président l’impute sans barguigner (entre autres) au tweet ravageur de la première dame de France. Interrogée dans le Parisien au sujet de l’affaire « Twitter-weiler », elle répond sans détours : « Cela n’a pas arrangé ».

Twitter et raison garder

Si le mini-message vachard de Valérie Trierweiler a indubitablement déclenché une tornade médiatique ahurissante (et bien superfétatoire à des égards), c’est en revanche lui prêter des impacts exagérés dans la déroute cinglante que vient d’encaisser Ségolène Royal. Il faut absolument mettre un terme à cette hypocrisie des politiques (surtout les perdants ou en voie de l’être) qui se défaussent comme des gamins malhabiles sur un malheureux volatile numérique.

Twitter, responsable de la « mort » législative de Ségolène Royal ? (dessin Ixène)

Que Twitter ait acquis un écho avéré dans l’arène médiatico-politique, est un fait indéniable. Au fil du temps et des échéances politiques, les élus ont d’ailleurs été de plus en plus nombreux à s’immiscer dans le gazouillis digital, y voyant là souvent une opportunité d’être innovant dans leurs rapports avec leurs concitoyens (pour les plus investis comme Laure de la Raudière par exemple), un moyen de se distinguer et de faire des coups d’éclat (comme Lionel Tardy twittant les propos tenus pendant une séance plénière de l’Assemblée) ou alors un défouloir à la limite de la propagande binaire d’un autre temps (comme Nadine Morano ou Benjamin Lancar et leurs formules militantes coup de poing). Mais faut-il pour autant rendre Twitter responsable de tous les maux ?

L’oiseau qui cache le nid d’embrouilles

Le volatile Twitter aurait-il privé Royal du « perchoir » de l’Assemblée ? (dessin Chrib)

Dans ce ball-trap à l’oiseau numérique, les médias n’ont d’ailleurs guère aidé à prendre une salutaire prise de recul. Que n’a-t-on glosé sur ces 140 signes de soutien appuyé de Valérie Trierweiler au candidat dissident du PS, Olivier Falorni qui avait l’outrecuidance de ne pas céder au diktat parisien du parachutage de Ségolène Royal ! Qu’une bileuse rivalité entre une ex et une actuelle ait nourri le tweet est incontestable. Toutefois, réduire le plantage de l’une à l’usage malvenu de Twitter de l’autre est tout aussi ridicule que le bazar politico-médiatique touillé autour de cette bataille législative rochelaise un peu prestement résumée à un crêpage de chignons.

La défaite de Ségolène Royal ne tient pas dans un tweet, si peu politiquement correct et inspiré soit-il. Depuis sa candidature à l’élection de 2007, la présidente du conseil général de Poitou-Charentes n’ cessé de cultiver à l’envi une image clivante jusqu’à l’overdose dans ses propres rangs politiques. D’où une claque magistrale reçue lors des primaires socialistes pour la désignation du titulaire de la présidentielle de 2012.

Imposée de force par les caciques du PS dans une circonscription où Olivier Falorni avait pourtant toute légitimité pour défendre les couleurs de la majorité présidentielle, elle devait obligatoirement s’attendre à un retour de bâton. Le Trierweilergate n’aura donc été que la pointe émergée d’un iceberg d’hypocrisie et de manœuvres politicardes à la petite semaine.

Twitter ou la real-politique dans sa lumière crue

Twitter peut aussi être un espace d’expression pertinent (dessin Na!)

C’est en cela que Twitter imprègne désormais la vie politique : dans cette capacité à propulser en une fraction de secondes tout le salmigondis des officines électorales. Avant, c’était plus ou moins su mais très souvent tu. Aujourd’hui, c’est lu et vu de tous, pour le meilleur et pour le pire et éparpillé aussitôt sur la Toile.

D’où la récente saillie verbale du frais émolu député Henri Guaino qui s’est fendu d’un verdict sans appel à l’égard de Twitter qui « rend fou » à ses yeux et « qui devrait être interdit aux hommes publics » ! Rien de moins !

A toutes ces bonnes âmes politiques de droite et de gauche qui s’offusquent des déballages pas toujours élégants, ni pertinents sur Twitter et consorts, il faudrait absolument leur rappeler que les outils d’expression et de communication ne sont jamais que des reflets de la société dans laquelle nous évoluons. Si le portrait des politiques sur Twitter leur inspire un tel sursaut nauséeux, sans doute alors seraient-ils inspirés d’apprendre à se réfréner et à ne plus dégainer en toutes circonstances le jeu de fléchettes verbales dans l’espoir d’avoir sa petite minute de gloire médiatique. Tout le monde y gagnerait en échanges constructifs plutôt qu’en tweet-clashs stériles.

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2 commentaires sur “Ségolène Royal & Twitter : le bouc émissaire si pratique des politiciens

  1. Olivier Caussin  - 

    Olivier, j’abonde pleinement ! Et dire qu’au lieu de ce pugilat méprisable, les politiques pourraient apprendre à comprendre le rôle positif que Twitter pourrait jouer dans leur communication, même hors de campagne !

    Je trouve aussi un peu dommage que les médias aient jugé ce tweet assez important pour y consacrer massivement autant de couverture. Un intervenant dans une conférence récente sur Internet et la communication d’influence soulignait assez justement à quel point Internet (Google News) montrait l’uniformité inquiétante des médias. Tous traitent les mêmes sujets au même moment au lieu de rechercher des sujets différentiateurs. Je serais curieux de savoir combien de personnes furent exposé directement au tweet en question par rapport à celles qui le furent via les médias ? 1% ? 0,1% ? 0,01% ? Probablement beaucoup moins. N’y avait il aucun autre tweet plus digne d’intérêt sur la campagne au même moment ?

    Si les politiques s’abaissent de la sorte et que les médias s’en repaissent, le public n’est pas prêt de s’intéresser à des sujets de fond !

    1. Olivier Cimelière  - 

      Je partage tout à fait ta remarque ! Combien de personnes ont été effectivement exposées au tweet de Trierweiler ? Dommage que Twitter et les réseaux sociaux soient toujours traités sous l’angle de la polémique et de l’anxiogène. Mais malheureusement, c’est une règle intangible des médias : on préfère les trains qui n’arrivent pas à l’heure. D’où cette noirceur et déliquescence dont la presse nous abreuve, particulièrement la TV. Pourtant, parler de motifs d’espoir, d’initiatives constructives sont tout autant valorisantes et encourageantes que ces micro-polémiques stériles !

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