Kazakhstan : Il est urgent que les relations publics abandonnent la communication cosmétique

Dans son numéro en date du 1er octobre, Le Canard Enchaîné a épinglé les pratiques très « borderline » de cabinets de relations publics en charge de redorer l’image internationale du Kazakhstan. La lecture de l’article montre que les conceptions déviantes de la communication cosmétique perdurent malheureusement. Il est grand temps que les professionnels dignes de ce nom s’affranchissent de ces tactiques de barbouzes communicants. Mise au point.

C’est peu de dire que la réputation planétaire du Kazakhstan n’est guère reluisante. Si la flamboyante économie du pays aiguise les appétits des investissements grâce à ses ressources pétrolifères et ses gisements d’uranium, cette jeune République indépendante depuis 1991 est surtout dirigée d’une main de fer par son président Nursultan Nazerbaïev. Atteintes répétées aux droits de l’homme, tortures policières impunies, répression persistante contre la presse, corruption rampante placent régulièrement cet Etat dans la ligne de mire des ONG comme Amnesty International, Reporters Sans Frontières, Human Rights Watch et autres organismes humanitaires. C’est pour tenter d’estomper ce contexte réputationnel déplorable que le Kazakhstan a missionné pas moins de 6 cabinets de relations publics et d’avocats conseil.

Kazakhstan = alléchants budgets de com’

Kazakhstan : 161ème sur 180 pays en matière de liberté de la presse !

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Pour des agences de communication, il est évident qu’un client comme la présidence du Kazakhstan a de quoi titiller les envies de collaboration tant le pays regorge de richesses minérales, gages de généreux budgets pour mener des opérations de relations publics.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan joue en effet les premiers rôles sur le marché du potassium, du chrome, du manganèse, etc. Autant de précieux minéraux que s’arrachent les industriels du monde entier à coups de transactions financières record. Côté pétrole, les perspectives sont tout aussi souriantes avec des réserves gigantesques encore non totalement exploitées et l’ambition affichée d’intégrer le top 5 des pays producteurs d’or noir d’ici 2020.

Problème : si le Kazakhstan présente un passeport économique impeccable, il est en revanche un cancre avéré en matière de démocratie. De république démocratique, le pays n’a que l’apparence. Ainsi en 2011, l’actuel président Nazerbaïev a été reconduit dans ses fonctions avec 95,5% des suffrages, un score digne des républiques bananières les plus sordides. Au quotidien, le régime se distingue plus pour sa propension ultra-autoritaire où les opposants sont traqués, les journalistes bâillonnés et les leviers étatiques kidnappés au profit d’une oligarchie soumise. Avec un pareil tableau dénoncé régulièrement par les médias étrangers et les ONG, le Kazakhstan jouit donc d’une réputation sulfureuse qui ralentit et complexifie ses relations commerciales internationales. D’où cette feuille de route communicante confiée à des experts des relations publics parmi lesquels figurent des communicants spécialisés comme FTI International et des lobbyistes patentés comme le cabinet Reed Smith (1).

Pathétique et vieilles ficelles

Kazakhstan - manipulationSans doute était-ce mission impossible que de chercher à faire évoluer les mentalités présidentielles kazakhs pour redorer l’image écornée du pays. Il est vrai que face à des budgets très probablement garnis de montants à 7 ou 8 chiffres en dollars, l’envie d’exercer un vrai rôle de conseil éclairé se trouve évidemment tempérée. Ceci d’autant plus que le président Nazerbaïev n’est sûrement pas homme à se laisser convaincre par des approches communicantes plus subtiles et éthiques. D’où au final, la pathétique grosse artillerie cosmétique déployée par les communicants mandatés par l’Etat kazakh.

L’inventaire révélé par le Canard Enchaîné est à cet égard affligeant. En ce qui concerne les relations presse, l’effort a d’abord été porté sur l’identification des médias les plus complaisants. Autrement dit, ceux que l’on peut inviter sur place pour ensuite obtenir un reportage lénifiant et expurgé de tout regard critique. Résultat : le plan presse se résume au ciblage prioritaire de médias comme Valeurs Actuelles ou encore le site d’informations économiques Wansquare, un média financier lancé par le Figaro et Le Journal des Finances en 2009. Compte-tenu des accointances capitalistiques des propriétaires de ces titres et de leur ligne éditoriale très militante où les droits de l’homme ne sont guère le fonds de commerce, il est évident que l’image du Kazakhstan ne risque pas de s’en trouver bousculée !

Toutefois, la stratégie de communication ne s’est pas bornée à conseiller de sirupeuses relations presse. Les spin doctors de service se sont également ingéniés à bricoler des contrefeux informationnels. C’est ainsi qu’ils ont mandaté une ONG baptisé Observatoire du Crime Organisé (OCO) basée à Genève. Selon le Canard Enchaîné, celle-ci s’est alors prêtée à la publication d’un rapport dithyrambique envers le régime kazakh. Lequel était abondamment nourri en éléments de langage par les communicants de service. Le Web n’a pas non plus été oublié dans cette approche intoxicante digne des dictatures. Le référencement du Kazakhstan a été optimisé sur les moteurs de recherche afin que les contenus négatifs reculent substantiellement au profit d’informations accusatrices de détournement d’argent concernant l’opposant n°1, Moukhtar Abliazov actuellement détenu en France et sous le coup de plusieurs demandes d’extradition de son pays d’origine (2).

L’appât du gain ne justifie pas tout

Kazakhstan - PR ethicsSans être un naïf de la première heure et bercé par de douces utopies communicantes, il est pourtant essentiel que le débat s’amplifie autour de ces pratiques d’un autre âge. Non seulement celles-ci nuisent à la crédibilité et au sens de l’éthique de la profession mais en plus, elles desservent les clients qu’elles sont pourtant censées enluminer. Qui aujourd’hui peut être encore assez niais pour ignorer que le Kazakhstan est un pays où le droit commun et le respect de la démocratie sont bafoués sans états d’âme. Qui peut décemment croire qu’un ripolinage à grands coups de pinceaux de médias obséquieux et de manips informationnelles suffira à répondre aux enjeux de communication.

Certes, Nursultan Nazerbaïev est censément un dirigeant naturellement enclin à ce genre de déviances racoleuses pour sublimer sa présidence et l’attractivité de son pays. Est-ce pour autant une raison suffisante pour des agences professionnelles de succomber si vilement à l’appât du gain et de se transformer en officines d’intoxication à grande échelle ? Le contexte sociétal actuel est suffisamment empli de défiance pour ne pas en rajouter encore une louche avec ce genre de pratiques sans fondement et bien peu éthiques. Il en va de l’avenir et de la fiabilité du métier de communicant.

Sources

– (1) – Alicia Bourabaâ – « Ces journalistes et politiques que l’argent fait tourner kazah » – Le Canard Enchaîné – 1er octobre 2014
– (2) – Ibid.

 



2 commentaires sur “Kazakhstan : Il est urgent que les relations publics abandonnent la communication cosmétique

  1. Nicolas Giannakopoulos  - 

    Cher Monsieur,
    Vous citez dans votre article un autre article paru dans le Canard Enchaîné concernant notre association. Sachez pour votre gouverne que la journaliste n’a jamais daigné prendre contact avec nous. Nous n’avons pas agit alors concernant cet article purement diffamatoire. Notre association n’a jamais reçu d’argent ni de FTI ni des avocats de Reed Smith et notre rapport est loin d’être dithyrambique pour le régime kazakh comme vous le reprenez servilement. Enfin, nous vous indiquons que la journaliste a, de ses propres aveux, reçu des compensations pour écrire cet article. Votre allusion est donc diffamatoire et nous vous prions de la retirer dans les 30 jours à dater de la présente.
    Merci
    Nicolas Giannakopoulos
    Président OCO

    1. Olivier Cimelière  - 

      Cher Monsieur

      Merci pour les précisions que vous entendez apporter en complément de ce billet. Avant de qualifier de « diffamatoire » cet article (le mot a une définition très précise et argumentée dans le Code Pénal français), je vous remercie de faire connaître publiquement et à toutes fins utiles les preuves et les documents relatifs aux asssertions que vous avancez. Au regard de celles-ci, je serai en mesure d’estimer concrètement l’authenticité des accusations que vous formulez et de retirer le cas échéant l’article en question. Dans le cas contraire, sachez que ce billet n’est nullement insultant, ni ne relève de la calomnie au regard du droit français mais de la plus élémentaire liberté d’expression et de contradiction au sens légal du terme. Merci

      OC

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