Sibeth N’Diaye & son #ASKPPG : De quoi la communication est-elle le nom ?

Jamais à court de punchlines en bois massif et de boulettes de com’ mémorables, la porte-parole de l’Elysée a inauguré lundi soir un « nouveau » format de communication sur Twitter. L’idée ? Solliciter des questions à adresser au gouvernement parmi les internautes via un hashtag dédié : #ASKPPG. Au regard des réponses qui n’ont pas tardé, on se demande si la « brillante » idée n’est pas déjà « dead » ?! Voici pourquoi.

« L’écoute et l’échange sont au cœur de mon action de Porte-parole du Gouvernement. Cela vaut aussi pour les réseaux sociaux. Je lance donc aujourd’hui un nouveau format : le #ASKPPG ». Pas peu fière de sa trouvaille numérique, Sibeth N’Diaye enchaîne avec un deuxième tweet primesautier : « Chaque veille du Conseil des Ministres, vous pourrez me poser vos questions en commentaires. Et je répondrai à celles tirées au sort, à l’issue du compte-rendu du Conseil des Ministres. À vos commentaires ! #ASKPPG ». Et voilà, c’est parti pour la Foir’Fouille aux questions. Sauf que cela ne pouvait pas fonctionner.

Sibeth N’Diaye n’est pas perçue comme transparente

A sa décharge, endosser le rôle de porte-parole gouvernemental n’est pas une sinécure. Nombreux sont ses prédécesseurs à s’être cassé les dents sur cet exercice de contorsion rhétorique qui se veut transparent tout en ne pouvant pas l’être vraiment. Raison d’Etat oblige. Ce blog s’était d’ailleurs déjà questionné sur la pertinence du maintien d’un tel poste souvent condamné d’avance à n’être que comme le petit chien mascotte de Pathé Marconi : « la voix de son maître ». Ceci étant dit, cette perspective n’a jamais eu l’air d’effrayer Sibeth N’Diaye. Le 12 juillet 2017, la communicante « stratège » déclarait à L’Express : « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le Président ». Une légende était née et l’impétrante n’a fait que la nourrir depuis à longueur d’interviews où la moulinette à éléments de langage turbine à fond.

Dès lors, lestée d’une telle perception, est-ce vraiment indiqué pour l’actuelle porte-parole que de vouloir s’adonner à un exercice de transparence citoyenne ? Sibeth N’Diaye et la transparence sont plus proches de l’oxymore qu’autre chose. La jeune femme a de surcroît connu bien des péripéties avec la presse sitôt nommée à l’Elysée après l’élection d’Emmanuel Macron. Entre tentatives de bordurage de certains et mise à l’écart d’autres, elle s’est très rapidement attiré les foudres des journalistes qui voyaient en elle un verrou plutôt qu’une facilitatrice. C’est effectivement une façon de concevoir la communication. Elle n’est ni la première, ni probablement la dernière à la pratiquer ainsi. Mais au final, quel désastre pour la profession de communicant sempiternellement assimilée à ces pratiques d’une autre époque que plus personne ne croit un instant.

Sibeth N’Diaye connaît-elle les réseaux sociaux ?

Avec une communauté de 94 800 abonnés sur Twitter, Sibeth N’Diaye dispose en principe d’une vigie incontournable pour capter et comprendre les codes et le fonctionnement de cet écosystème digital un peu particulier et volontiers très chambreur, voire carrément de mauvaise foi et virulent à l’excès. Elle avait pourtant déjà essuyé des petites tempêtes numériques en 2019. On se souvient par exemple de son inénarrable vidéo diffusée pour l’ouverture de la Coupe du Monde de football féminin. Avec le concours de Julien Denormandie, secrétaire d’Etat à la Ville et au Logement, elle s’était grimée en supportrice de football dans un accoutrement tellement exagéré et peu crédible qu’elle fut la risée des médias sociaux. Rebelote avec son tweet du fond du siège arrière de sa berline de fonction qui verse une petite larme d’empathie pour les Parisiens obligés d’arpenter les trottoirs à cause d’une énième grève des transports en commun. Là encore, buzz à gogo.

Le lancement d’un #ASKPPG était d’emblée voué au gros « fail ». Twitter en particulier est un luxuriant nid à trolls qui tirent sur tout ce qui bouge, surtout si c’est une figure politique qui s’exprime. Il y a les rigolos de service qui ont l’art de détourner des images ou d’exhumer d’anciens tweets pour jouer la contradiction. Il y aussi les acharnés qui chassent en meutes extrémistes pour déverser leur haine pathologique. Or, lorsqu’on fait défiler le fil des tweets qui se sont aussitôt coagulés à l’invitation à la « Foire aux Questions » de Sibeth N’Diaye, un professionnel de la communication ne peut qu’être consterné par tant de naïveté ou d’ignorance (cocher la case au choix).

Pour un tweet qui s’efforce de jouer le jeu du ping-pong officiel, ce sont dix tweets sarcastiques, moqueurs, violents et borderline qui suivent d’emblée. Résultat : un carnage qui n’a ni queue, ni tête et qui alimente encore les clichés sur le métier de la communication. Pour toutes les raisons décrites ci-avant, cette initiative ne pouvait pas rencontrer un écho constructif. Les réseaux sociaux sont malheureusement des creusets éruptifs qu’il convient de manier avec précaution et sagacité tout en tenant compte de la perception qu’on dégage aux yeux de l’opinion numérique. C’est pour avoir omis cette réflexion que Sibeth N’Diaye s’est encore tiré une balle dans le pied. C’est en fin de compte le tweet de @SarabandeHaende qui résume le mieux cet insensé pari de communication : « Je vous ai tellement entendu mentir que je n’ai pas envie d’échanger avec vous ».



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