Retraite internationale de Samir Nasri : une communication cohérente mais désastreuse pour son image

Samir Nasri a enfin officialisé l’épilogue de son interminable divorce à rebondissements d’avec l’équipe de France. Cette décision lui permet de rester droit dans ses bottes mais n’est pas sans risque réputationnel pour la suite de sa carrière. Analyse.

A la différence des vieillissants Eric Abidal et Franck Ribéry qui ont également tiré leur révérence au maillot bleu, Samir Nasri pouvait encore éventuellement espérer un jour revêtir à nouveau la tunique tricolore et rectifier ainsi sa relation tumultueuse avec l’équipe de France grâce à par exemple un « happy end » à la Coupe du Monde 2018 en Russie. A moins d’un ultime revirement contrit, ce scénario ne verra pourtant jamais le jour. Le milieu de terrain offensif de Manchester City a choisi de larguer les amarres de la sélection nationale et de cultiver sa réputation de banni injustement incompris du football français. Un choix cohérent au regard des algarades qui ont émaillé son parcours en bleu mais un choix également risqué en termes de réputation pour les quelques saisons qu’il lui reste à disputer en Angleterre ou ailleurs.

Nasri au bout de sa logique

Nasri - tweet CDM 2014Même si la retraite internationale de Samir Nasri intervient déjà à l’âge de 27 ans, elle ne constitue pas véritablement une surprise en soi. Entre le minot marseillais et la sélection nationale, la chronique est jonchée de prises de becs et de coups de gueule en tout genre. Une instabilité caractérielle qui avait d’ailleurs conduit Didier Deschamps à se passer de ses talents pour disputer la Coupe du Monde au Brésil cet été. Bien que Samir Nasri eût tenté de prime abord de prendre sereinement la décision du coach tricolore avec un tweet philosophe le 13 mai (« Merci a tous vos message de soutien c’est la vie une autre coupe du monde a la maison se qui ne tue pas rends plus fort » – sic), sa compagne mannequin Anara Atanes avait rapidement consumé à sa place le peu de crédit qu’il lui restait en insultant Didier Deschamps le jour d’après sur Twitter.

Dans une ultime bravade médiatique et à l’approche de l’annonce imminente de la prochaine liste des Bleus attendue pour le 28 août, Samir Nasri a donc poussé sa logique de « génie » footballistique mal aimé jusqu’au bout en prenant les devants. Plutôt que de se voir une nouvelle fois exclu des petits papiers de Didier Deschamps, le joueur mancunien a souhaité rester metteur en scène de son éviction finale. Avec un plan média savamment élaboré pour montrer que personne ne peut lui dicter ce qu’il a à faire, ni le tempo à suivre. Dans un premier temps, il laisse fuiter le 4 août lors d’une interview à Skynews, l’idée qu’il pourrait renoncer à l’équipe de France avant de tirer le rideau final le 10 août en déclarant au Guardian : « Quand j’y vais, il y a toujours des problèmes. Je fais l’objet d’accusations et ma famille en souffre, or je ne veux pas la faire souffrir. C’est mieux que je m’arrête et que je me concentre sur ma carrière en club ».

Une posture inéluctable de Calimero

Nasri - ferme ta gueuleExcepté une résipiscence en bonne et due forme (à la probabilité aussi forte que de gagner au loto), Samir Nasri n’avait guère d’autres options de communication que celle du Calimero en short pour tenter de sortir la tête haute d’un bourbier réputationnel qu’il n’a jamais cessé de touiller tout au long de ses 41 sélections en équipe de France. Déjà à l’Euro 2008, il s’était signalé en jouant les petits caïds défiant des anciens comme William Gallas et Thierry Henry. Cette première fracture lui avait valu de ne pas être retenu pour la calamiteuse Coupe de Monde 2010. Vierge de la sale image des grévistes du bus de Knysna, Samir Nasri a pourtant récidivé lors de l’Euro 2012 en insultant publiquement des journalistes. En dépit des 3 matchs de suspension dont il écopa, Samir Nasri a persisté mordicus dans sa posture de bouc émissaire auquel on veut faire payer à lui seul l’addition d’une équipe de France alors en déshérence sportive et médiatique. Pire, il est même allé jusqu’à provoquer la presse d’un « ferme ta gueule » durant un match contre l’Angleterre où il avait inscrit un but.

Loin d’essayer d’arrondir les angles ou de répondre avec des performances sportives de haut rang en équipe de France, Samir Nasri n’a jamais cessé d’être au cœur des polémiques tant sur le terrain pour son attitude nonchalante contre l’Ukraine en barrages de la Coupe du Monde que dans les vestiaires où il a nourri nombre d’inimitiés parmi les joueurs. Seules ses prestations sous le maillot de Manchester City ont péniblement et partiellement atténué l’image de sale gosse arrogant et individualiste qui lui colle aux basques en équipe nationale. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que Samir Nasri a choisi deux médias anglais pour annoncer sa retraite internationale. Comme un ultime pied-de-nez à cette presse française qu’il abomine au plus haut point.

Et maintenant ?

Nasri - avec AnelkaSi Samir Nasri est resté cohérent de bout en bout dans son entêtement forcené, son auto-sabordage médiatisé n’est pour autant pas la stratégie de communication la plus intelligente qui soit. Certes, il demeure aujourd’hui une idole adulée par les fans de Manchester City et un attaquant prolifique auréolé d’un titre de champion d’Angleterre. Mais même outre-Manche, Samir Nasri a réussi à brouiller une fois de plus son image. En annonçant son retrait définitif de la sélection française, le joueur en a profité pour morigéner son ancien club Arsenal où il n’avait rien gagné pendant 4 ans. Un coup de griffe qui a aussitôt déclenché une sérieuse bronca chez ses anciens coéquipiers et supporters de l’Emirates Stadium. Arsène Wenger, le coach d’Arsenal, appréciera !

Désormais, Samir Nasri est voué à endosser pour toujours le rôle de paria qu’il a largement contribué à façonner au gré de ses comportements de morveux indomptable. A cet égard, il marche totalement dans les pas d’un autre olibrius expert ès fracas en la personne de Nicolas Anelka. Or, cette « anelkaisation » de Samir Nasri n’est pas sans embûche. A regarder de près les réactions des commentateurs sportifs et du public sur Twitter, les mots ne sont guère compassionnels envers le joueur de Manchester City. Autant un Eric Cantona pouvait se permettre d’être un fort en gueule sans trop s’aliéner l’opinion publique, autant Samir Nasri suscite une majorité écrasante de remarques sarcastiques qu’un mini-sondage en ligne du Parisien achève de confirmer : 91% jugent qu’il a eu raison de renoncer au maillot bleu. Il lui sera en revanche nettement plus difficile de se débarrasser d’une réputation de joueur hautain et incapable de se remettre en cause. Si son niveau de jeu venait à faiblir à Manchester City, la retraite intégrale pourrait même sonner plus vite que prévu !



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