[Expo à visiter] – La Cité des Sciences et de l’Industrie décrypte la mécanique des foules

Depuis le 18 octobre et jusqu’au 6 août 2023, le célèbre établissement culturel parisien propose une remarquable exposition sur les foules et leurs modes de fonctionnement et d’interaction. En partenariat avec le Max Planck Institute for Human Development de Berlin, l’événement explore les facettes multiples que le phénomène de foule peut revêtir avec notamment des ateliers interactifs très pédagogiques qu’il s’agisse de foules compactes, de foules éphémères ou de foules numériques. Pour les communicants professionnels, cette exposition est un passage obligé.

On la maudit ou on la plébiscite selon les circonstances. Il n’en demeure pas moins que la dynamique de la foule est omniprésente dans nos vies sociales. L’actualité de ces derniers jours vient d’encore en administrer la preuve. Entre foules contestataires d’un régime autoritaire en Iran, foules prises au piège des grèves des transports et des raffineries, foules qui battent le pavé contre la vie chère et génèrent des polémiques de comptage ou encore foules numériques souvent fallacieuses et alimentées par des activistes, cette notion collective est incontournable. Elle obéit aussi étonnamment à des règles scientifiques qui relèvent autant des disciplines comportementales et psychologiques que des lois de la physique des particules et des fluides.

La foule, un phénomène physique

Il est impossible de résumer dans un seul billet une exposition aussi riche en contenus et en expériences autour de la mécanique des foules. En revanche, il est possible de donner quelques arguments pour se rendre au 3ème étage de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris et s’immerger le temps d’une visite dans l’incroyable dynamique qui anime une foule. Et pour commencer, quoi de mieux que d’essayer de la matérialiser et de la mesurer en montrant des silhouettes bigarrées imprimées en 3D se tenant dans des cylindres de 1 mètre2 de surface. La foule dispose en effet de son unité de mesure : la densité qui se calcule par le nombre de personnes dans 1 m2. Ce qui permet de définir les seuils d’acceptabilité pour des individus réunis dans un même lieu jusqu’aux seuils de dangerosité où la foule trop compacte ne peut plus se mouvoir et s’écouler correctement.

Commissaire scientifique de l’exposition et chercheur en sciences cognitives au Max Planck Institute, Mehdi Moussaïd révèle que l’étude des foules à partir d’équations mathématiques et physiques est avec surprise, une discipline relativement récente apparue dans les années 70/80. Pourtant, cette approche rationnelle et chiffrée est particulièrement précieuse pour modéliser des circuits de circulation et d’évacuation des foules dans des lieux publics qu’il s’agisse de gares, de stades, de centres commerciaux et culturels ou encore des aéroports. On apprend notamment (même si cela peut paraître totalement contre-intuitif) que des obstacles judicieusement placés permettent une régulation des flux plus efficace et évitent des engorgements qui peuvent s’avérer fatals en cas d’évacuation urgente. Le tout étant concrètement illustré avec des animations très didactiques et ludiques dans lesquelles le visiteur est l’acteur.

La foule, version numérique

Tout un pan de l’exposition va plus particulièrement parler aux communicants dont le métier consiste précisément à identifier des communautés d’intérêt et à interagir avec elles mais également capter et analyser les conversations, notamment sur Internet et les réseaux sociaux. Pour prendre la mesure de cette foule numérique, le public est accueilli par une vaste projection murale de datavisualisation établie par le mathématicien et chercheur au CNRS, David Chavalarias. Cette fresque mouvante fait visuellement prendre conscience des groupes qui se constituent en ligne autour d’un sujet donné. Avec en point d’orgue à retenir : le phénomène de chambre d’écho. Dans plusieurs groupes, on peut en effet observer des discussions et des interactions intenses entre les membres d’un même groupe. En revanche, beaucoup plus rares sont les interactions et les échanges entre divers groupes. Les chambres d’écho ne s’interpénètrent pas (ou très peu) et chaque mini-foule en ligne reste (et se renforce) avec les convictions qui l’animent initialement.

Autre phénomène évoqué qui s’applique particulièrement aux réseaux sociaux : le point de bascule. Ce point crucial est le moment où un groupe va soudainement grandir pour former une foule sous l’impulsion d’un élément déclencheur qui peut être par exemple la mort de George Floyd à cause d’un policier qui engendrera le mouvement #BlackLivesMatter en s’appuyant sur des groupes digitaux déjà constitués mais à l’audience restée confidentielle jusqu’alors.

L’exposition revient également sur 10 rumeurs célèbres (anciennes comme la rumeur d’Orléans, les bouillons Kub servis aux soldats français de la 1ère guerre mondiale ou encore le monstre du Loch Ness et celle plus récente autour de l’adrénochrome poussée par le mouvement complotiste américain Qanon). Ces rumeurs ont la capacité de persister à travers le temps mais également de se transformer en fonction de l’époque et du contexte culturel où le bouche à oreille opère. Cette plasticité des rumeurs fonctionne autrement dit sur la même mécanique virale mais avec des ingrédients/arguments qui varient en fonction des foules qui la reçoivent et qui vont ensuite elles-mêmes la repartager, en y ajoutant leurs propres biais cognitifs.

Alors, on y va ?

Le grand mérite de cette exposition est d’avoir su éviter l’écueil de la complexité pour rendre compte de toutes les facettes que recèle une foule. Les ateliers interactifs sont particulièrement efficaces pour acquérir du savoir sans être trop fastidieux ou trop longs, notamment pour la génération Z bien connue pour ses volatiles capacités d’attention et de concentration ! A noter également que l’exposition se décline en deux autres langues (anglais et espagnol) et qu’elle permet en fin de parcours, une expérience inédite où le visiteur se transforme en observateur. Mais chut ! On n’en dira pas plus. Il faudra venir pour savoir !

Bon à savoir

– Il est possible de retrouver les contenus numériques de l’exposition sur une page dédiée du site Internet de la Cité des Sciences et de l’Industrie 
– A partir du 31 octobre, un escape game en ligne sur la thématique de la foule sera disponible pour 2 à 6 joueurs à partir de 11 ans
Sélection de livres sur le sujet de la foule par la Cité des Sciences et de l’Industrie



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