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— 7 février 2014
JO de Sotchi : Google est-il sincère ou opportuniste avec son Doodle gay-friendly ?
A moins d’être totalement étourdi ou coupé du monde, il était impossible de manquer le Doodle concocté par le célèbre moteur de recherche pour célébrer l’ouverture des J.O. d’hiver de Sotchi. Loin de se contenter de fêter une date spéciale comme il le fait à son ordinaire, Google l’a teinté cette fois d’un explicite message politique dénonçant la politique discriminatoire de Vladimir Poutine envers la communauté homosexuelle en Russie. Google est-il légitime pour autant sur ce sujet grave ?
Est-ce une subtile manière de renouer avec son atavique slogan « Don’t be evil » sérieusement écorné ces temps-ci avec les histoires de données personnelles concédées à la NSA et les esquives fiscales à répétition de Google en Europe ? Toujours est-il que ce vendredi 7 février, Google s’est taillé une énormissime cote de sympathie en installant fièrement sur sa page d’accueil, un Doodle militant paré des couleurs arc-en-ciel du drapeau de la cause gay pour critiquer l’homophobie patente du régime russe, organisateur des Jeux Olympiques de Sotchi. Le tout ponctué par un extrait non moins éloquent de la Charte Olympique rappelant que le sport n’est pas instrument de discrimination. Faut-il considérer un geste sincère ou un artifice de communication à peu de frais pour se donner un peu d’air face aux controverses actuelles qu’affronte Google ?
Google vraiment sensible à la cause gay ?

A ceux qui ne voudraient voir dans ce Doodle pas comme les autres qu’une obséquieuse démarche de communication de circonstance, il convient de relativiser et d’élargir le contexte. Dans son historique, Google a régulièrement été une entreprise manifestant sa sympathie pour la communauté homosexuelle. Laquelle est par ailleurs bien représentée et influente à divers niveaux de son organisation. Loin d’être un sujet tabou ou épiphénoménal, la société s’est déjà exprimée par le passé sur la cause gay.
Co-fondateur de Google et actuel directeur des projets spéciaux, Sergey Brin n’a ainsi pas hésité en 2008 à mettre les pieds dans le plat lors du débat sévissant en Californie sur l’interdiction du mariage homosexuel. Sur le blog de l’entreprise, il avait alors pris clairement position contre une telle prohibition législative, rappelant son attachement à l’égalité des droits pour toute personne quels que soient son origine, sa religion, sa sexualité ou ses opinions.
En 2010, l’entreprise a récidivé sur ce terrain militant en décidant de verser au salaire de ses employés homosexuels, une indemnisation permettant d’estomper le coût d’une taxe d’assurance santé dont les couples hétérosexuels ne sont pas redevables aux Etats-Unis. En juillet 2012, Google a poursuivi dans le même registre avec le lancement d’une campagne intitulée « Legalize Love ». D’abord orchestrée en Pologne et à Singapour, deux pays notoirement connus pour leurs sévères restrictions juridiques en matière d’homosexualité, l’opération avait été ensuite élargie dans une soixantaine d’autres pays où Google est physiquement installé. La même année, la firme de Mountain View avait d’ailleurs déjà commis un Doodle gay-friendly à l’occasion de la Saint-Valentin. En ce sens, l’irruption du Doodle arc-en-ciel pour les J.O de Sotchi s’inscrit donc en droite ligne des positions ponctuellement affichées par Google concernant la cause homosexuelle.
Manque de cohérence chronique

Si Google ne fait pas mystère de ses sympathies pour la défense des droits de la communauté gay, la société ne fait pas pour autant toujours preuve de cohérence dans certains domaines. Depuis 2013, une polémique a ainsi éclaté autour d’une application ouvertement homophobe téléchargeable depuis le magasin en ligne Google Play. Baptisée « Setting Captives Free », cette application à la coloration très douteuse émane d’une organisation religieuse américaine. Son but : « libérer » de leurs « addictions » les personnes attirées par le même sexe que le leur, en leur proposant un programme « thérapeutique » de 60 jours.
Aussitôt repérée par les associations homosexuelles, l’application a vite suscité un vif tollé. Egalement disponible sur l’AppStore, celle-ci sera alors exclue en l’espace de 24 heures par Apple. Assez étrangement, Google n’a toujours pas bougé d’un iota face aux nombreuses récriminations dont une pétition en ligne qui ne cesse de réclamer la suppression de ces programmes discriminatoires. Malgré plus de 172 000 signataires à ce jour, Google n’a pas opéré le moindre changement. Etonnant pour une société qui se targue de donner des leçons aux gouvernements les plus rétrogrades et ségrégationnistes mais qui s’avère bien léthargique lorsqu’il s’agit de mettre de l’ordre dans ses propres affaires.
Attend-on finalement Google sur ce sujet ?

Si l’on ne peut pas totalement exclure un petit penchant opportuniste de la part de Google en balançant un Doodle gay-friendly à la face de Poutine et ses sbires homophobes le jour de l’ouverture des J.O, l’entreprise peut être néanmoins considérée comme globalement sincère dans sa démarche.
Elle sera de surcroît ravie du buzz universel phénoménal que son initiative aura déclenchée et qui permettra ainsi aux communicants de Google de comptabiliser avec délice les milliers de retombées média positives pour leurs petits tableaux de reporting hebdomadaire. Par les temps qui courent pour le géant de Mountain View, ce n’est pas si fréquent de faire la Une dans la presse avec une tonalité unanimement positive.
En revanche, il serait très nettement plaisant de voir cette même société faire preuve d’autant d’entrain et de prosélytisme sur des sujets sociétaux autrement plus cruciaux encore comme la protection et l’usage des données personnelles des utilisateurs des services de Google. De même, la société serait avisée d’entrouvrir un peu plus la discussion et de cultiver l’ouverture d’esprit qu’elle se targue d’avoir sur son astucieuse (et légale au demeurant mais tellement peu citoyenne et éthique) tuyauterie fiscale qui lui permet de pomper des revenus pharaoniques sans quasiment bourse délier aux services fiscaux des pays où elle opère. Ce n’est pas un Doodle ponctuel sur un combat si fondé soit-il, qui doit absoudre Google de répondre aussi sur des dossiers où sa réputation a beaucoup à perdre à force de se calfeutrer derrière des déclarations stéréotypées. Alors à quand un Doodle pour le fisc français ? !
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2 commentaires sur “JO de Sotchi : Google est-il sincère ou opportuniste avec son Doodle gay-friendly ?”
Le Figaro m’a interviewé sur ce thème…
http://www.lefigaro.fr/culture/2014/02/07/03004-20140207ARTFIG00170-sotchi-un-expert-decrypte-le-doodle-gay-friendly-des-jo.php?pagination=1#nbcomments
Merci
C’est en effet un idéal complément au billet !
Les commentaires sont clos.