Site de Carla Bruni : Ce que nous apprend l’affaire en termes de risque et réputation

Au-delà de la polémique sur l’origine exacte des 410 000 € dépensés pour le site Internet de la fondation de l’ex-première dame de France, l’affaire Carla Bruni-Sarkozy est également symptomatique d’une tendance de plus en plus avérée. Aujourd’hui, le Web social met à mal les réputations les plus intouchables en quelques clics. Dans le cas en question, il a suffi d’une pétition en ligne et des internautes tenaces pour faire vaciller l’image de l’ex-mannequin et chanteuse vedette.

Le feuilleton de l’été autour du coût extravagant du site Internet de la Fondation Carla Bruni-Sarkozy n’en finit plus de rebondir entre protestations sur la Toile et publication de démentis ampoulés par l’avocat de Carla Bruni-Sarkozy. Pourtant, il y a encore deux ou trois ans, ce genre de polémique aurait probablement uniquement fait les choux gras du Canard Enchaîné avec un article bien satirique à la clé comme le palmipède irrévérencieux sait les trousser, puis quelques brèves çà et là dans la presse nationale avant que l’histoire ne s’évapore dans la grande lessiveuse médiatique. Ce n’est plus le cas et il est fort à parier que d’autres avatars de ce type se reproduiront dans un avenir proche.

Quelqu’un m’a dit que ce site …

Pour la Cour des Comptes, le site a coûté 410000 €

Pour la Cour des Comptes, le site a coûté 410000 €

Ce n’est pas la première fois que la Cour des Comptes soulève un lièvre dans la gestion improbable des deniers de l’Etat. Lièvres qui agitent temporairement le microcosme médiatique avant de finir anesthésiés dans le silence prescripteur des archives de la vénérable institution. Aussi, lorsqu’un récent rapport a épinglé le 15 juillet dernier le financement quelque peu surévalué du site Web de la Fondation Bruni-Sarkozy, il y avait tout lieu de penser que ce dossier bifurquerait tôt ou tard vers l’identique trappe des « pertes et profits » en tout genre dont l’argent public est malheureusement coutumier.

L’affaire n’était certes pas négligeable. Dans le rapport sur la gestion de l’Elysée, il est explicitement mentionné que le dit site a reçu des subsides de l’Etat durant 2011 et 2012 pour un montant total de 410 000 €. Les éditorialistes se gaussent brièvement d’autant plus que le site en question est effectivement d’une frugalité déroutante en termes de contenus : quelques textes succincts assortis de témoignages vidéo et basta ! Mais pour les médias, l’histoire relève plus de l’anecdote passagère que d’un véritable sujet d’enquête. Sauf qu’à l’heure du Web 2.0, cette dernière connaît alors un étonnant rebond.

Carla contre 2.0

La pétition a franchi le cap des 100 000 signatures

La pétition a franchi le cap des 100 000 signatures

Si les médias classiques se détournent rapidement du sujet, il n’en est pas de même sur les réseaux sociaux. Ces derniers ne cessent de reprendre en boucle l’article publié par le site Politique.net au sujet de la somme astronomique consacrée au site de Carla Bruni. L’article retient notamment l’attention d’un contribuable particulièrement énervé d’apprendre qu’une partie de ses impôts ait pu servir à subventionner un site concernant une Fondation n’ayant rien à voir avec le fonctionnement de l’Elysée. Développeur de sites Internet, Nicolas Bousquet est d’autant plus remonté qu’il estime la conception technique et graphique du site à pas plus de 10 000 €. Un sacré différentiel par rapport au montant cité dans le rapport de la Cour des Comptes.

Séance tenante, il lance alors quelques jours plus tard une pétition en ligne sur Change.org où il appelle ouvertement Carla Bruni à rembourser l’argent indûment perçu à ses yeux et à le verser à des associations caritatives. Le succès est immédiat. Nourrie par l’écho des médias sociaux qui relaient abondamment le lien, la pétition rassemble à ce jour près de 103 000 personnes et continue de progresser.

Entretemps, un autre spécialiste d’Internet s’empare à son tour de l’affaire. Cofondateur du site Reflets.info, Olivier Laurelli (plus connu sur les réseaux avec son alias @bluetouff) décortique au lance-flamme l’architecture technique foutraque du site de l’ex-première dame. Ses conclusions sont sans appel et extrêmement cinglantes pour ce qu’il nomme être une cyber-catastrophe (1) : « Pour avoir vu un paquet de sites WordPress, du modeste blog à l’Intranet de la mort avec des tonnes de développements spécifiques, je dois dire que je reste sidéré par le coût pour le contribuable de ce site, si mal entretenu ». Son évaluation budgétaire du site est même encore plus drastique que celle de Nicolas Bousquet : 4000 € ! Et de continuer dans la foulée à passer au crible les arcanes du site afin de démontrer le lien existant entre celui-ci et l’Elysée dans un autre billet mis en ligne le 29 juillet.

Carla se fâche

Une réputation mise à mal par le Web 2.0 (photo A. Robert - SIPA)

Une réputation mise à mal par le Web 2.0 (photo A. Robert – SIPA)

Devant le vacarme opéré par les internautes, les médias ont alors rappliqué cette fois en masse, quitte à rapidement se mélanger les pinceaux dans les différents chiffres jetés en pâture comme le note ironiquement le site Politique.net par qui tout est initialement arrivé. Tous les grands titres couvrent l’affaire et amplifient de fait celle-ci. Ils sollicitent évidemment des réactions de l’épouse de Nicolas Sarkozy.

Laquelle se décide enfin à faire entendre sa voix ou plutôt celle de la menace de poursuites judiciaires à l’encontre de tous ceux qui entretiennent la controverse. Et de publier par l’intermédiaire de son avocat, un communiqué à l’Agence France Presse pour démentir avoir touché le moindre sou des caisses de la République.

En revanche, pas question de lever le voile sur les prestataires et les tarifs pratiqués comme le déplore le journaliste du Monde, Thomas Wieder dans un article qu’il consacre à la polémique. Une erreur selon lui (2) : « Il (NDLR : l’entourage de Carla Bruni) aurait tout intérêt à le faire. Le souvenir d’une autre affaire, celle des « sondages de l’Elysée » dans les années 2007-2009, est en effet de nature à alimenter les fantasmes sur d’autres prestations surfacturées à la présidence de la République sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ».

Conclusion – La réputation est dans l’œil du cyclone des internautes

Plus rien (ou presque) n'échappe à la vigilance des internautes

Plus rien (ou presque) n’échappe à la vigilance des internautes

Outre les erreurs de posture qui consistent à nier et à se murer dans le silence le plus strict, l’entourage de Carla Bruni-Sarkozy a largement sous-estimé la force des réseaux sociaux. Brandir la rétorsion judiciaire comme réponse unique à la mise en cause surgie par le biais d’une pétition en ligne et de quelques billets grinçants, n’a eu pour effet que d’accentuer la publicité faite à cette histoire.

Carla Bruni se retrouve aux prises avec une histoire poisseuse qui vient de surcroît s’ajouter à celle qui avait déjà suscité des remous plus ou moins offusqués début juillet. Un syndicat d’Air France avait en effet dénoncé le fait que Carla Bruni ait bénéficié d’un billet Paris-New York aller et retour gratuit en première classe.

Dans un contexte où l’œil scrutateur des citoyens a désormais atteint un niveau d’exigence jamais atteint auparavant, les personnalités publiques vont de moins en moins pouvoir faire l’impasse des risques réputationnels liés à leurs activités. A cet égard, l’affaire du site de Carla Bruni constitue un exemple emblématique du poids moral que le corps sociétal entend actuellement exercer envers ses élites et ses dirigeants. L’erreur d’appréciation de l’ex-première dame est d’autant plus patente qu’à refuser de livrer des explications convaincantes, elle risque à terme de flétrir également la réputation de sa propre fondation et par ricochet, sa capacité à attirer des donateurs. A moins que celle-ci n’ait été finalement qu’un hochet évanescent qui n’a plus lieu d’être maintenant que le couple Sarkozy n’exerce plus de responsabilités gouvernementales ?

Sources

(1) – Olivier Laurelli – « Le site de Carla Bruni-Sarkozy : anatomie d’une cyber-catastrophe » – Rue 89 – 22 juillet 2013
(2) – Thomas Wieder – « Le coût extravagant du site de Carla Bruni-Sarkozy fait polémique » – Le Monde – 31 juillet 2013

A lire par ailleurs

– Le site Politique.net qui est un site de décryptage de l’actualité politique en France à partir des différents médias : Presse, radio, télévision, Internet.

 



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