Zidane : Le mythe du joueur peut-il perdurer sous la casquette d’entraîneur ?

De tous les héros de l’épopée de la victorieuse Coupe du Monde 1998, Zinedine Zidane est sans conteste le mythe absolu du football français à son zénith. Désormais entraîneur de l’équipe réserve du Real Madrid, l’ex-n°10 aux pieds magiques n’en continue pas moins d’alimenter la chronique médiatique sur fond de passé prestigieux. Zizou doit-il encore surfer sur le mythe ou bâtir sa propre histoire d’entraîneur ?

Pas facile de s’extirper du panthéon des footballeurs prodigieux ! A peine les crampons sont-ils rangés qu’on aimerait déjà les voir opérer avec autant de succès et de magie depuis le banc de l’entraîneur que certaines célébrités du carré vert ont choisi. Avant Zinedine Zidane, d’autres joueurs au talent hors normes se sont aussi essayés à endosser le costume du coach. Qu’il s’agisse de Michel Platini, Franz Beckenbauer ou Diego Maradona, tous ont globalement échoué à tutoyer les sommets qu’ils avaient connus en short. Seul, Johan Cruyff peut réellement se prévaloir d’avoir aussi bien réussi comme joueur que comme entraîneur. Fort de son aura footballistique, Zinedine Zidane peut-il marcher sur les traces du Batave ou doit-il se réinventer ?

Une attente collective irrationnelle

Zidane - Coupe du MondeC’est peu de dire que l’opinion publique est aux aguets dès que le nom de Zinedine Zidane est évoqué pour prendre les rênes d’une équipe de football. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir du feuilleton estival à rebondissements multiples concernant son arrivée possible aux Girondins de Bordeaux. De surcroît un club pour lequel il a écrit un des chapitres les plus marquants avec une finale en coupe de l’UEFA en 1996 et des buts en cascade. Autant dire que le retour du footballeur prodigue a eu le don d’électriser la formation girondine assoupie depuis plusieurs saisons. Comme si l’ex-n°10 des Bleus allait d’un seul coup transformer une équipe terne en un collectif invincible. Le rêve a finalement avorté et Zizou s’est rabattu sur l’équipe B du Real Madrid où il venait de faire ses classes auprès de Carlo Ancellotti en équipe première la saison d’avant.

Cet épisode bordelais est très révélateur de la pression médiatique qui règne autour du plus célèbre footballeur français de tous les temps. Chaque fait est décortiqué. Chaque geste est épié. Chaque parole est interprétée. Or à la différence du joueur Zidane plutôt rétif et introverti face aux micros de télévision, coach Zidane se montre plus enclin à surfer et alimenter la chronique, quitte à laisser les spéculations les plus folles circuler. Son entretien accordé à la Provence mardi dernier est typique des jalons communicants qu’il sème à intervalles réguliers. Dans cette interview, il a réactivé la perspective qu’il soit un jour sélectionneur de l’équipe de France. Sans que personne ne s’émeuve véritablement de cette ambition un poil trop précoce alors même qu’il vient à peine d’effectuer ses premiers pas de coach en 3ème division espagnole.

Attention à la spirale médiatique

Encore un peu de travail avant de rejoindre le palmarès de Carlo Ancelotti

Encore un peu de travail avant de rejoindre le palmarès de Carlo Ancelotti

Même si l’aventure du joueur Zidane s’est conclue sur un goût d’inachevé avec le coup de boule sur Materazzi au cœur d’une intense finale de Coupe du Monde, l’homme a conservé intact le mythe qui l’entoure. Les médias ne sont d’ailleurs pas les derniers à entretenir cette stature de commandeur en short capable de renverser le sort d’un match sur une frappe venue d’ailleurs ou un geste technique hallucinant. Zidane en joue d’ailleurs clairement pour quadriller le futur qu’il entend se forger en tant qu’entraîneur. A peine avait-il obtenu son brevet en France que la nouvelle fit autant de bruit sinon plus que les résultats du baccalauréat chaque année.

Pourtant, là réside toute la complexité du challenge réputationnel qu’amorce Zinedine Zidane. Aujourd’hui, il se situe délibérément sur le registre de l’équation « grand joueur = futur grand entraîneur ». Et les médias d’embrayer aussitôt en le propulsant déjà sur le banc de l’Olympique de Marseille ou tout autre équipe de renom. C’est pourtant oublier un peu vite qu’une image si phénoménale soit-elle n’est pas garantie de succès automatique. En inaugurant sa casquette de coach Zizou avec trois défaites d’affilée, le magicien des Bleus a sûrement pu toucher du doigt combien le mythe ne préserve pas des critiques. Commentaires qu’il a néanmoins balayés d’un revers de main au micro de RMC : « Des sceptiques, il y en aura toujours. Tant que je ne serai pas l’entraîneur d’une équipe de première division, et que je ne gagnerai pas des matches, ils ne changeront pas d’avis ».

Attention cependant à ne pas se laisser aspirer trop vite et trop fort par la spirale médiatique qui aime souvent écrire les histoires avant l’heure. Quitte à mieux les découdre ensuite. Aujourd’hui, Zidane se prête avec délice à ce jeu mais le retour de bâton peut être cruel si d’aventure les résultats tardent à convaincre. Le triple meilleur joueur mondial de l’année devrait se souvenir du ratage de Michel Platini propulsé comme un sauveur à la tête de l’équipe de France en 1988 sans jamais avoir conduit auparavant un onze en tant qu’entraîneur. L’échec fut patent et emmena alors Platini sur les chemins plus feutrés des instances du football. Un peu d’humilité et de diète médiatique aiderait probablement mieux Zinedine Zidane dans son nouveau défi plutôt qu’étirer en longueur son statut de joueur immense. C’est à cette condition que l’homme pourra écrire avec crédibilité son parcours d’entraîneur au lieu de se projeter déjà comme l’égal annoncé des Mourinho, Ancelotti, Wenger ou Guardiola.

 



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