Médias sociaux : Comment se mettre à dos des internautes avec un concours ? Le cas Gandi

Connaissez-vous Gandi ? Très probablement pas. Rien à voir avec le célébrissime maître spirituel et libérateur de l’Inde. Gandi est une PME française fondée en 2000 qui propose de l’hébergement Internet et des dépôts de noms de domaine. Pour booster son activité commerciale, la société a lancé un concours sur Twitter, Facebook et Google + en demandant aux internautes de viraliser leur offre promotionnelle du moment. En échange, un tirage au sort fait gagner des crédits sur les services informatiques de Gandi. L’accueil a été pourtant plutôt mitigé ! Et si les médias sociaux étaient autre chose qu’un vulgaire concours de lessivier ?

Le 22 juillet dernier, la société Gandi a lancé sur son blog avec enthousiasme un concours estival à première vue plutôt alléchant pour les amateurs d’hébergement Web et d’enregistrement de noms de domaine. En jeu : un bonus de 10 millions de crédits estampillés Gandi à gagner pour s’offrir sans bourse délier, un serveur dédié, un serveur e-commerce, une plateforme applicative ou même un lot de 50 t-shirts siglés Gandi pour ceux que la technique rebuterait.

Une mécanique basée sur la viralité sociale

Gagnez des crédits Gandi en leur faisant de la pub sur les réseaux sociaux

Gagnez des crédits Gandi en leur faisant de la pub sur les réseaux sociaux

Histoire de convaincre les récalcitrants ou les dubitatifs, Gandi n’hésite pas à rendre plus concret la valeur de ces lots peu habituels pour un concours (1) : « Avec 10 millions de crédits, vous pourrez, par exemple : faire tourner un petit serveur perso (1 cœur, 512Mo de RAM, 10Go de disque) pendant plus de 6 ans, héberger votre serveur e-commerce (2 cœurs, 2Go de RAM, 50Go de disque avec un snapshot tous les jours) pendant plus de 2 ans, installer la plateforme applicative de votre entreprise (1 cache web qui répartit sur 2 serveurs web, un serveur de mail, un serveur de base de données) pendant plus de 6 mois ».

Pour les geeks désargentés, l’aubaine peut sembler effectivement valoir le coup d’autant que la mécanique du jeu est d’une grande simplicité. Il suffit d’utiliser ses propres espaces sociaux sur Twitter, Facebook et Google + pour viraliser le jeu initié par Gandi. Autrement dit, il s’agit de tweeter et partager régulièrement les messages promotionnels de la société auprès de tout son carnet d’adresses pour espérer ensuite figurer parmi les heureux tirés au sort jusqu’au 1er septembre. Pour être éligible, il faut toutefois au passage suivre le fil Twitter de Gandi et liker les pages Facebook et Google + de l’entreprise.

Ça grince des dents chez les internautes …

Un concours diversement apprécié chez les internautes

Un concours diversement apprécié chez les internautes

Même si à ce jour, deux heureux gagnants ont déjà empoché une cagnotte de crédits Gandi pour les options techniques de leur choix, le billet annonçant le concours a rapidement été submergé de commentaires à la tonalité critique, voire carrément agacée par l’aspect mercantile digne des jeux dont les marques de grande consommation sont souvent coutumières.

L’internaute « fh885 » est le premier à interpeler Nicolas, l’animateur du blog de Gandi avec circonspection (2) : « Je trouve vraiment dommage que vous en soyez arriver à demander à vos clients de vous faire de la pub par l’intermédiaire de ces réseaux (a)sociaux qui ne représentent pourtant pas vos valeurs ! Et ceux qui fuient ces entreprises commerciales mais qui vous font quand même de la pub auprès de leurs amis, familles, etc., ils ne peuvent pas participer ? Ils n’ont droit à aucun cadeau ? ». Nicolas rectifie aussitôt le tir en incluant le râleur de service dans le jeu concours.

Peine perdue ! UrielMyeline emboîte aussitôt le pas et en remet une couche (3) : « Cette mode de polluer les flux des réseaux sociaux pour faire de la pub gratuitement, tout ça en jouant sur l’appât du gain des gens… c’est vraiment tomber dans le pire du community management, c’est vraiment extrêmement dommage… Business is business, mais le « no bullshit » est plus vraiment de mise ». Lequel se fait alors reprendre de volée par un certain Stephan lui disant que cette action promo n’a rien de blâmable.

Et de s’engager alors un volubile fil de commentaires avec notamment la réponse du berger à la bergère par ce même UrielMyeline (3) : « Personnellement, si je suis sur un réseau social, c’est pour discuter, parler des choses que j’aime bien, parler de Gandi si j’ai envie de le conseiller à d’autre personne sans demander de contrepartie (bouche à oreille), mais surtout pas pour être envahi de post subventionnés « déguisés » ». Plus de 60 commentaires vont ainsi être publiés alternant les pros et les antis, avec même la remarque d’un procédurier de service estimant que le jeu de Gandi aurait dû être déposé chez un huissier comme la loi en la matière l’exige !

Quels enseignements tirer ?

Tenir compte des attentes spécifiques sur les médias sociaux

Tenir compte des attentes spécifiques sur les médias sociaux

Hormis les aficionados prêts en toutes circonstances à jouer à n’importe quel prix pour gagner un lot, les utilisateurs des médias sociaux ne se contentent pas uniquement de déclinaisons publicitaires numériques qu’ils ont tant l’habitude de voir et recevoir à travers les canaux traditionnels. Sur les réseaux sociaux, l’exigence est globalement montée d’un cran. Désormais, il ne s’agit plus de faire de la réclame d’antan en y apportant juste une touche de digital. Les contenus proposés doivent globalement aller plus loin que la simple démarche promotionnelle basée sur le gain.

Cette évolution des comportements et des attentes ressort d’ailleurs nettement des conclusions du dernier rapport Technorati (Lire la synthèse du Blog du Communicant) 2013. Les consommateurs ne rechignent absolument pas à s’abonner à des pages Facebook ou autres espaces sociaux de marques et d’entreprise. En revanche, ils attendent autre chose qu’un salmigondis marketing. Le partage d’informations pratiques, la possibilité d’effectuer des expériences en ligne ou d’avoir des conversations avec la marque sont autant de nouvelles exigences apparues avec les médias sociaux.

Dans le cas de Gandi, l’approche s’est bornée à l’organisation d’un petit concours basique, certes sympathique (au libellé pas toujours très clair au demeurant !) mais revêtant un air trop prononcé de spam qui a eu le don d’irriter et donc détourner nombre de personnes pourtant a priori intéressées par les services de Gandi puisqu’elles ont navigué sur le site, voire pris le temps de déposer des commentaires. L’affaire n’est pas catastrophique mais elle est très symptomatique du niveau d’exigence haussier des consommateurs sur les réseaux sociaux. Ceux-ci n’ont guère de bande passante pour des opérations marketing sommaires !

Sources

(1) – Nicolas – « Gagnez 10 000 000 avec Gandi.net » – Le Bar de Gandi – 22 juillet 2013
(2) – Ibid.
(3) – Ibid.

 



6 commentaires sur “Médias sociaux : Comment se mettre à dos des internautes avec un concours ? Le cas Gandi

  1. Stephan  - 

    Le seul que je vois spammer Twitter c’est vous, qui plus est en faisant du sensationnalisme. Trois ou quatre internautes nous disent qu’ils le percoivent d’une manière, le double (toujours des clients) leur réponds qu’ils ne le vivent pas de la même manière, mais vous vous ne voyez que ce que vous voulez voir. Je laisse vos lecteurs juger d’eux-mêmes.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Bonsoir !
      Je ne spamme rien du tout. Je comprends que mon billet puisse vous déplaire puisqu’il émet et reporte certaines critiques au sujet de votre opération marketing. Je note juste une chose. Si vous étiez une boîte purement mercantile, l’opération serait finalement logique. En revanche, au regard des valeurs que vous professez (et que plusieurs internautes vous ont véhément rappelé), votre concours est en effet surprenant. Je ne vois rien de ce que je veux voir d’autant que je n’ai pas d’opinion particulière à l’égard de votre société. Je me suis juste intéressé aux réactions épidermiques que vous avez suscitées auprès de plusieurs internautes et dont vous seriez bien inspiré de tenir compte. Règle n°1 des réseaux sociaux : Ecoutez !

    2. UrielMyeline  - 

      C’est sûr qu’on détient pas la parole absolue, certaines personnes n’ont aucun problème avec ce genre de pratique, comme beaucoup de personne ne savent pas ce qu’est « No Bullshit » ou certains aiment « liker » à la volé tout ce qu’ils voyent…

      La question que je me pose c’est donc la cible que vous visez, et les valeurs que vous voulez porter ?

      On peut très bien dire que c’est une opération marketing reconnu et très utilisés, ça je crois qu’on est tous d’accord…
      On peut même dire que la plupart des gens aiment ça, pourquoi ? parce qu’il y a un truc à gagner… combien ne vont pas plus loin ?

      Si vous voulez accepter les choses tel qu’elles sont, autant l’assumer jusqu’au bout :p
      Les posts subventionnées, participer aux spams qui noient les réseaux sociaux… soyons cohérents… et arrêtons les déguisements…

      Vous voulez plus de clients, vous voulez économiser dans la publicité, pourquoi pas, vous faites pas dans le bénévole… mais assumez les choses… pleins de sociétés font ce genre de pratique et assume entièrement…

      La plupart des gens en ont surement rien à faire de ces « valeurs », on le sait tous, mais dans ce cas, autant jouer les choses dans les règles de l’art…
      Si vous voulez croître loin de tout ça, alors abandonner le marché de niche, arrêter de faire croire des choses dont vous ne respectez plus… faut pas se voiler la face, les valeurs ne font pas gagner de l’argent malheureusement…

      Y’a des valeurs, qu’on aiment défendre, et soutenir, puis y’a le coté pratique, l’appât du gain d’un concours, la pub gratuite qu’on peut offrir, ne pas vouloir se poser de question…

      Personnellement je voulais juste partager un esprit critique, je n’ai rien contre Gandi, au contraire… mais êtes vous capable d’accepter les critiques et de vous remettre en question ?, vous nous avez prouver que non, c’est vraiment dommage…

      Bon après j’ai peut être eu tort, et je la joue peut être trop « barbus » extrémiste du libre (un truc que je supporte pas ^^ »), pourquoi pas, j’admet pouvoir avoir tort, c’est pas si mal, y’a que comme ça qu’on apprend des choses…

      1. Olivier Cimelière  - 

        Merci pour ce long et explicatif message que je vous conseille de transmettre de ce pas au patron de Gandi qui a effectivement un peu de mal à supporter la critique et le fait qu’on mette le doigt sur certaines de ses propres contradictions … Soit on assume effectivement totalement l’aspect marketing et on le dit ouvertement (après tout cela peut se concevoir). Soit on la joue « rebelle », « niche », discours geek autour du libre et alors on ne donne pas dans le mercantile lessivier. Mais le cul entre 2 chaises a toujours été la pire posture. C’est ce que M. Ramoin semble avoir du mal à admettre 🙂 !

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