Que faire face à une rumeur en ligne ? Le cas Nagui et les chevaux mutilés

La rumeur n’est pas chose nouvelle. Mais lorsqu’elle est propulsée par l’emballement délirant des réseaux sociaux, elle devient terriblement violente et handicapante pour la réputation d’une personnalité publique. Le week-end dernier, l’animateur TV Nagui vient d’en faire la brutale expérience. Comment se prémunir et réagir ?

On ne saura probablement jamais qui sont les idiots à l’origine de la blague douteuse. Toujours est-il que l’affaire a rapidement pris des proportions sur Twitter en accusant l’homme de télévision de « mutiler des chevaux ».

Pourquoi le feu prend-il ?

Tous les ingrédients classiques d’une rumeur sont rassemblés. Il y a d’abord un contexte anxiogène et horrifiant avec cette effroyable série de sévices infligés à une trentaine de chevaux à travers toute la France. Lacérations, scarifications, oreilles coupées, yeux crevés, émasculations, les actes sont barbares et confinent au pire des scénarios d’un film d’horreur d’autant que le ou les coupable(s) n’ont toujours pas été clairement identifiés par la police et la gendarmerie. L’histoire macabre perdure depuis 2014 mais elle s’est nettement accélérée en août dernier avec plusieurs cas recensés sur une courte période et en divers lieux ainsi que de 200 enquêtes en cours. Ce qui ne manque d’exciter les conjectures les plus folles sur Facebook et consorts.

Dans ce maelstrom d’hypothèses délirantes, le célèbre animateur de France 2 Nagui s’est alors retrouvé soudainement et à son corps défendant désigné comme étant le triste sire qui massacrait des animaux. S’il est complexe de décrypter sans faillir le pourquoi du choix de Nagui comme « coupable », quelques éléments laissent néanmoins percer des explications. L’animateur de « N’oublions pas les paroles » est une figure télévisuelle qui a ses aficionados mais aussi ses détracteurs. En 2017 puis au début de cette année, il a dû faire des mises au point publiques tant il avait été trollé par des internautes pour quelques plaisanteries sur les végans. Ensuite, ses racines égyptiennes ne sont sûrement pas étrangères à ce ciblage d’autant qu’il est désigné régulièrement sous son patronyme entier de Nagui Fam par les haters.

Une mécanique implacable

Les figures publiques aux prises avec des rumeurs subissent toujours la même mécanique. Déjà avant l’avènement des réseaux sociaux, la machine à raconter n’importe quoi associait un fait sociétal global à une personnalité à laquelle elle imputait des choses à la lumière de ce fait. Souvenez-vous de l’année 1986 où l’actrice Isabelle Adjani est supposée être malade du Sida. La rumeur gonfle tellement que d’aucuns affirment l’avoir vue hospitalisée à Marseille, mais encore à Montpellier et Toulouse. Il faudra que la comédienne vienne sur le plateau du journal télévisé de 20 heures de TF1 pour démentir et tordre le cou à ces élucubrations sorties d’on ne sait où. Là aussi, la peur panique du Sida, maladie nouvellement découverte à l’époque, a contribué à véhiculer différents fantasmes devenus hypothèses et pour certains, vérités qu’il faut absolument dire.

Dans le cas de Nagui, la même mécanique a été à l’œuvre et même un peu plus « sophistiquée » du fait des réseaux sociaux. Sur Twitter, Instagram ou encore Facebook, des faux comptes anonymes prétendent tenir leur information de médias officiels pour accréditer leurs dires et renforcer la viralité de l’histoire. Certains sont même allés jusqu’à imiter des signatures comme celles de l’AFP, Libération, Sud-Ouest, Le Parisien, etc. et affirmer que Nagui avait été placé en détention en Charente-Maritime, un des départements où des chevaux ont été torturés.

Faut-il réagir d’emblée ?

Face à ces sornettes sordides, faut-il pour autant réagir lors qu’on est une personnalité publique (ou pas d’ailleurs) ? Pour Nagui, l’alerte a été donnée par une humoriste belge, Fanny Ruwet, qui travaille par ailleurs avec lui dans une émission de France Inter. Sur Twitter, elle publie même les échanges tenus avec Nagui sur Whatsapp et le « supplie » amicalement d’accepter de faire cette rumeur le sujet de sa future chronique dans l’émission. L’animateur se dit « dépassé et soulagé ». De son côté, ce dernier n’a jusqu’à présent fait aucun commentaire officiel. Sur son compte Twitter, il s’est contenté de partager un message d’un internaute interpelant le DG de Twitter France, Damien Viel sur le fait que la plateforme n’agisse pas.

La réaction de Nagui est à cet égard intéressante pour quiconque serait un jour confronté à pareille avanie hystérique (sportif, politique, intellectuel, entrepreneur, dirigeant, etc). Faut-il prendre la parole fortement et formellement via un média reconnu ? Si la tentation peut se comprendre, le risque d’en rajouter et de provoquer le fameux effet Streisand n’est pas anodin. Et pourrait paradoxalement exciter encore plus les trolls qui se sont échinés à diffuser la rumeur. Sauf cas vraiment exceptionnel ayant pris une ampleur inégalée, il est conseillé de s’en tenir à une ligne attentiste et minimaliste tout en engageant par ailleurs les procédures judiciaires applicables (dépôt de plaintes pour diffamation, racisme, diffusion de fausses nouvelles qui sont tous des motifs répréhensibles).

Vigilance en toutes circonstances

Ensuite, il convient de garder un œil vigilant pour détecter d’éventuels rebonds qui peuvent toujours se produire dans la foulée d’un premier buzz crapoteux. Soit en s’appuyant sur une agence de veille digitale, soit en recourant à son service communication si l’on est en entreprise ou dans une institution. Il convient aussi de faire pression auprès de la plateforme incriminée qui a la possibilité de suspendre ou annuler les comptes suspects et ceux qui se prêtent à relayer ce jeu malsain.

Pour certains profils de personnalités, informer sa communauté de fans peut s’avérer utile. Ceux-ci ne manqueront pas de monter au créneau pour défendre leur idole. Une chose est en revanche certaine : personne n’est immunisé contre ce genre de rumeurs scabreuses, dirigeants d’entreprise et figures politiques en premier lieu. Même si le scénario affublé est abracadabrant, il ne convient pas de prendre les choses à la légère. La crédulité sur les réseaux sociaux est la chose la mieux partagée et la plus mortifère pour une réputation.



6 commentaires sur “Que faire face à une rumeur en ligne ? Le cas Nagui et les chevaux mutilés

  1. david  - 

    Pardon mais je trouve cet article totalement à côté de la plaque. Il ne s’agit en aucun cas d’une rumeur comme vous sembler le prétendre, mais d’une blague tellement absurde que cela ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une blague. Les personnes qui sont derrière ont fait du shitposting, une pratique qui consiste à raconter n’importe quoi en ligne pour rigoler mais aussi pour faire dérailler les média classique qui se sont d’ailleurs bien fait avoir. Il faut vraiment ne rein connaitre à la culture web pour écrire des choses pareilles.

    1. Olivier Cimelière  - 

      Cher Monsieur
      Avant de prétendre donner des leçons, encore faudrait il avoir un peu plus de nuance dans le propos. Je ne doute pas de votre omniscience Web. Sachez néanmoins qu’une blague – shitposting pour faire genre mec qui en impose – peut se transformer rumeur et dans ce cas prendre d’autres proportions. Combien de blagues et de canulars ont été plus loin que l’intention initiale et ont muté en rumeurs et crises. Relisez les classiques du métier.

  2. Matthieu Lafaurie  - 

    Salut Olivier,
    Je me dis qu’une courte déclaration à l’AFP peut faire l’affaire dans ces cas-là.
    Du genre : « J’apprends par les réseaux sociaux que je suis coupable de l’épidémie de mutilation de chevaux. Ce n’est pas très drôle; ces actes sont tellement dégueulasses qu’ils ne prêtent pas à rire. J’ai engagé des procédures devant la justice. »
    La machine médiatique reprendra l’info sans effort. Pas la peine d’en faire trop.
    Tu en penses quoi ?

    1. Olivier Cimelière  - 

      Salut Matthieu

      C’était en effet une option possible mais à mes yeux plus risquée. Le bruit médiatique autour de cette rumeur s’est cantonné aux réseaux sociaux pendant 48h maximum. Sans déborder dans les médias classiques qui n’ont pas repris. Dès lors, un démenti AFP aurait pu relancer la machine alors même que la fake news s’estompait. A mon sens, Nagui a eu raison de ne pas bouger. Reste à surveiller si l’histoire repart !

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