Carton vert ou carton rouge : la réputation du PSG se fait tacler. Quelles solutions ?

Cela devait être une conférence de presse sportive entièrement dédiée à la prestigieuse affiche Paris Saint-Germain contre Juventus de Turin dans le cadre de la Ligue des Champions. Il n’en fut rien. Un journaliste trublion de LCI est venu glisser une question extra-sportive autour du fait que la formation parisienne n’effectuait jamais ses déplacements en train. Aussitôt s’emballe une véhémente polémique clouant au pilori le coach sportif du PSG, Christophe Galtier et l’attaquant vedette Kylian Mbappé pour les réponses à côté de la plaque. Analyse de cette séquence médiatique et des possibles sorties de crise pour la réputation du PSG.

Lundi 5 septembre. La conférence de presse du PSG à 24 heures de son match contre la Juve bat son plein. Soudain, Paul Larrouturou, journaliste à LCI et connu pour ses questions souvent espiègles, prend le micro et interpelle Christophe Galtier. Il lui demande alors si le train fera un jour partie des modes de transport des joueurs de la capitale. Long silence puis Kylian Mbappé s’esclaffe. Goguenard, il laisse son entraîneur répondre. Lequel reprend son sérieux et lâche ironique : « La société qui organise nos déplacements est en train de regarder si on ne peut pas se déplacer en char à voile » ! Gros blanc dans la salle où le journaliste relance le n°7 parisien sur l’usage des jets privés qui avoue ne rien en penser et se lève dans la foulée. La machine à claques et à buzz est aussitôt lancée sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue.

Un terreau médiatique inflammable et prévisible

Christophe Galtier a beau jeu de dire qu’il s’attendait précisément à cette question piégeuse. Il s’est trompé de tactique de communication. Sa saillie moqueuse a engendré une belle pagaille digitalo-médiatique. S’il pensait désarçonner le journaliste et couper court à la controverse, c’est totalement à côté du but. Or, une simple veille médiatique laissait déjà penser que le sujet soulevé par le reporter de LCI était de ceux qui s’enflamment à la moindre occasion. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer quelques escarmouches significatives récentes pour comprendre que la mobilité d’une équipe sportive n’est plus un épiphénomène négligeable mais un point crucial de son image globale.

Début juillet 2022, Karim Benzema, l’attaquant français du Real Madrid s’était ainsi fait démolir par les internautes à cause de sa vidéo bling-bling mettant en scène des voitures de luxe, un jet privé et un jet-ski sur fond ensoleillé de Dubaï, cité de tous les excès environnementaux en la matière. Fondateur du média Bon Pote très engagé sur la question de l’environnement, Thomas Wagner assène (1) : « Ce clip, c’est un best of de ce qu’il ne faudrait plus faire. Le simple aller-retour entre Miami et Madrid en jet privé, c’est beaucoup plus que ce qu’une personne devrait émettre par an pour limiter le réchauffement climatique ».

Rebelote quelques jours plus tard sur les réseaux sociaux avec la vidéo d’un journaliste qui attend la sortie du conseil des Ministres dans la cour officielle du palais de l’Elysée. Smartphone en main, il filme les rutilantes berlines stationnées dont le moteur tourne afin de maintenir une température agréable à l’intérieur de l’habitacle. Alors même que le gouvernement venait d’appeler les citoyens français à la sobriété énergétique, l’image fait tache. Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, désamorce habilement en reconnaissant la faute et invite les journalistes à ne pas baisser leur vigilance sur la question.

C’était sans compter le cliché embarrassant du président de la République chevauchant un puissant scooter des mers durant ses vacances estivales au fort de Brégançon. Publiée à la Une du magazine people Voici, la photo embrasse à nouveau les réseaux sociaux et le microcosme politique, notamment chez les élus écologistes qui voient, telle Sandrine Rousseau, une (2) « impression persistante qu’il ne comprend pas le réchauffement climatique. Et aujourd’hui il est criminel de ne pas le comprendre ». Enfin, pour parfaire ce décor chauffé à blanc, on peut ajouter fin août la polémique des jets privés (lire par ailleurs l’analyse du Blog du Communicant) où milliardaires, hommes d’affaires et célébrités sont sévèrement épinglés pour le recours permanent et dispendieux aux avions privés nettement plus polluants que des voitures et des trains.

PSG, un bouc émissaire idoine

Dans pareil contexte, il semblait assez évident que le PSG apparaissait de facto comme une potentielle cible controversée de choix. En effet, l’immense majorité des clubs de football privilégie depuis des lustres l’avion à tout autre moyen de transport pour effectuer les déplacements en terrain adverse. La Ligue française de football (LFP) a d’ailleurs fait état de statistiques significatives pour la saison 2019/2020 (3) : 65% des trajets des équipes de Ligue 1 et Ligue 2 ont été accomplis en avion. 31% sont assurés par bus et 4% par train. De fait, le PSG ne déroge pas aux comportements communément observés. Mais en termes de perception, il est différent des autres.

En effet, Paris Saint-Germain est un club à l’image assurément clivante. Pour les amateurs férus de ballon rond, il s’agit d’un club que l’on adule ou que l’on hait mais qui ne laisse jamais indifférent tant sa puissance actuellement exercée sur le football français est quasiment sans partage. A cela s’ajoute également le fait que le PSG incarne la capitale d’un pays encore tiraillé par son éternelle dichotomie entre Paris et la Province. Enfin, le club aux 10 titres de champion de France est détenu depuis 2011 par Qatar Sports Investments (QSI), une société financière émanant de l’émirat qatari. Lequel est particulièrement chahuté au sujet de la Coupe du Monde 2022 qui se tient sur son territoire en fin d’année et qui est vue comme une gabegie environnementale et sociale scandaleuse.

Malgré des dossiers et des réflexions déjà engagés en matière de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) par le club de la capitale et du fait de ces différents critères d’image, PSG s’impose plus volontiers dans l’opinion publique comme un ogre sportif ultra-riche et peu soucieux du reste (et donc de l’environnement) en dehors des compétitions sportives. La boulette de Christophe Galtier et le rire nerveux de Kylian Mbappé ont alors servi de gâchette à ce cocktail réputationnel explosif. Imaginons un instant la même petite phrase grinçante prononcée par Guy Roux, l’ex-entraîneur emblématique et très populaire de l’A.J Auxerre. Il est fort à parier que la polémique n’aurait jamais acquis une telle ampleur tant le madré coach incarne un bon petit club de terroir à la belle histoire sportive.

AFP / FRANCK FIFE

Un engrenage irréversible

A la lumière de ce contexte, il n’est donc guère surprenant que le tweet taquin d’Alain Krakovitch, directeur de SNCF-Intercités ait fait florès. Le twittos avait en effet choisi du newsjacking sur un précédent tweet du PSG montrant le défenseur parisien Marquinhos s’amusant comme un fou dans le jet le conduisant à Nantes pour une rencontre du championnat de France. Avec pratiquement 19000 cœurs et près de 2800 partages, la proposition de mettre des trains à disposition du PSG ne pouvait pas passer inaperçue.

Ensuite, la réponse sarcastique de Christophe Galtier a envenimé le débat et excité les ardeurs de tous les détracteurs. Sur les réseaux sociaux, le ton a oscillé entre effarement presque surjoué et humour vachard au point de voir des mèmes de Kylian Mbappé écroulé de rire circuler un peu partout. Côté politique en revanche, ce fut la curée depuis la ministre des Sports en titre, Amélie Oudéa-Castera jusqu’à la maire de Paris, Anne Hidalgo en passant bien évidemment par les incontournables politiciens écologistes qui ont trouvé là un grain à moudre bénit. A tel point que le groupe vert du Sénat envisage de déposer une proposition de loi « PSG » !

Redevenir audible et crédible

La direction du PSG a pourtant tenté d’atténuer le feu des critiques en incitant son coach à présenter ses regrets et en rappelant que l’avion n’était pas une règle d’airain puisque le match récemment joué à Lille avait été fait en autocar. Elle a même expliqué que l’équipe féminine recourait au train du fait des horaires et des calendriers de matchs plus compatibles avec ceux de la SNCF. Mais, rien n’y fait. Paris Saint-Germain est devenu inaudible tant il est pointé du doigt comme le symbole honni de l’inconséquence environnementale.

Comme bien souvent avec les buzz épileptiques des réseaux sociaux, l’agitation a commencé à vite retomber, notamment grâce à la victoire du PSG sur la Juventus 2 buts à 1. L’agenda médiatique a comme à son habitude embrayé sur les exploits de Mbappé durant la rencontre et oublié ses éclats de rire de la conférence de presse. Pour autant, il serait périlleux d’imaginer que tout va rentrer dans l’ordre comme auparavant. Même si le barnum digitalo-médiatique est passé à autre chose, Paris Saint-Germain va être de toute évidence scruté à la loupe lors de ses prochains déplacements à l’extérieur. Le 18 septembre prochain, l’équipe doit se rendre à Lyon pour y affronter l’Olympique Lyonnais. La capitale des Gaules étant à 2 heures de Paris en TGV, il n’est pas interdit de penser que les associations écologistes tenteront de rallumer la mèche si le club parisien préfère un jet à la SNCF.

Fred Porcu / Icon Sport

Du concret à court et moyen terme

Ensuite, le club doit se désembourber de l’ornière réputationnelle dans laquelle il est tombé. Une option possible passe par donner des premiers signes concrets que les choses bougent au sein du PSG. Cela peut être par exemple par la « mise sous pression » de la SNCF en l’exhortant à fournir des offres de services réellement adaptées et compatibles avec les contraintes d’horaires, de sécurité et de budget d’une équipe comme Paris Saint-Germain et pas seulement des effets de manche à la faveur d’un tweet. Ceci d’autant plus que la compagnie ferroviaire et le club de football avaient déjà pris langue avant le pataquès de la conférence de presse.

D’autres pistes peuvent être également activées comme celle suggérée par Valérie Masson-Delmotte, la coprésidente du groupe 1 du Giec et membre du Haut Conseil pour le Climat sur France. Dans une interview accordée à France Inter, elle estimait que Kylian Mbappé serait (4) « un excellent ambassadeur pour le climat […] Et il y a plein de scientifiques qui seraient ravis d’aller échanger avec les footballeurs au PSG et ailleurs pour susciter leurs actions et partager des connaissances ». Une hypothèse loin d’être farfelue d’autant que le footballeur dispose déjà d’une association.

Enfin, à moyen terme, il serait bénéfique que Paris Saint-Germain active une ambitieuse stratégie RSE qui engloberait par exemple une consommation vertueuse d’eau pour les pelouses, des usages énergétiques optimisés pour l’éclairage du stade et place son futur nouveau d’entraînement à Poissy comme vitrine concrète de ses actions. En y associant pourquoi pas des ONG écologistes. Le football n’est-il pas après tout un sport collectif ?

Sources

– (1) – Inès Denne – « Karim Benzema : le footballeur poste une vidéo et s’attire les foudres des internautes » – Voici.fr – 8 juillet 2022
– (2) – Jacques Pezet – « Macron conduisait-il un jet ski électrique cet été à Brégançon ? » – Libération – 24 août 2022
– (3) – Pascal Glo & Arnaud Hermant – « Un peu de boulot pour être plus écolo » – L’Equipe – 7 septembre 2022
– (4) – « Déplacements du PSG : « Kylian Mbappé serait un excellent ambassadeur » pour inciter à des gestes écologiques, selon une climatologue du Giec » – France TV info – 6 septembre 2022



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